Asile: La Suisse actrice dans le Processus de Khartoum
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AsileLa Suisse actrice dans le Processus de Khartoum

Berne participe en toute discrétion au programme de l'Union européenne, qui inclut des pays peu regardants des droits de l'homme.

par
Pascal Schmuck
Zurich
L'Union Européenne essaie de juguler la vague migratoire avec le Processus de Khartoum.

L'Union Européenne essaie de juguler la vague migratoire avec le Processus de Khartoum.

L'Union européenne négocie et rétribue les régimes africains pour qu'ils gardent, dissuadent ou reprennent leurs réfugiés. Ces accords s'inscrivent dans le Processus de Khartoum, qui inclut l'Union africaine et doit traiter les migrations en provenance de la Corne de l'Afrique, comme l'Erythrée.

La Suisse fait partie de ce processus, avec droit de vote et de décision. Ce que Berne a soigneusement caché jusqu'à présent, comme le révèle la Berner Zeitungdans son édition du 26 janvier.

Le site du Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) affirme en effet que la Suisse ne bénéficie que d'un statut d'observateur. Un porte-parole a finalement confirmé que la Suisse avait rejoint le processus le 16 décembre 2016.

Voix au chapitre

Cet accord met en effet à mal la ligne de Simonetta Sommaruga, qui privilégie le dialogue et la collaboration avec les états d'origine des migrants ainsi que l'aide sur place et la lutte contre les filières.

Le SEM justifie son engagement au sein du Processus de Karthoum en expliquant que la Suisse a ainsi voix au chapitre, qu'elle peut prendre part aux discussions techniques et politiques et offrir son expertise. Il espère aussi «renforcer la collaboration du retour avec certains pays africains».

Interrogé sur les projets concrets dont il a connaissance et sur une participation de la Suisse, le SEM n'a pas voulu répondre. Tout juste a-t-il expliqué que le Processus de Khartoum n'était qu'un forum de dialogue» et qu'il ne finançait lui-même aucun projet.

Déjà financé par la Suisse

L'organisation est financée par le Fonds fiduciaire d'urgence de l'Union européenne pour l'Afrique, auquel participe la Suisse. Berne a décidé à la fin août de verser cinq millions de francs «afin de participer activement à l'effort commun européen pour répondre aux causes profondes de la migration en Afrique et mieux protéger les migrantes et les migrants.» Mais aucune référence au Processus de Khartoum.

Ce dernier vise officiellement à mettre en place une coopération entre les pays d’origine, de transit et de destination afin de lutter contre l’immigration irrégulière et contre les filières criminelles. Mais il fait aussi l'objet de vives critiques car il inclut des pays coupables d'atteintes aux libertés, de violation des droits fondamentaux et de violence à l’égard des populations.

«Immense dégât d'image»

Bruxelles se montre discret à ce sujet, craignant un «risque conséquent pour sa réputation» et un «immense dégât d'image», comme l'ont fait ressortir des documents qui ont fuité. L'Union Européenne coopère en effet avec des états qui font l'objet de sanctions de la part de l'ONU et d'embargos.

Dans les papiers que s'est procurée la Berner Zeitung, le Processus de Khartoum doit servir en Erythrée à «renforcer les institutions du gouvernement», «étendre les capacités de l'appareil judiciaire» et à «améliorer la gestion des frontières» afin de lutter contre les filières.

Toutes ces intentions font dire à Reto Rufer, expert pour l'Afrique au sein d' Amnesty International (AI) que «dans les faits, la surveillance des frontières est délocalisée en Afrique».

L'UDC veut faire un exemple

Le cas d'Ousman Sonko, l'ex-ministre de l'intérieur de Gambie qui a déposé une demande d'asile en Suisse, est vu par l'UDC comme un abus du système d'asile par des ministres africains.

Le parti exige donc que l'ex-ministre «soit immédiatement arrêté et renvoyé en Suède conformément à l'accord de Dublin ou expulsé dans son pays». Et demande que Simonetta Sommaruga publie immédiatement les noms de personnes de ce genre se trouvant dans la procédure d'asile (ministres, hauts fonctionnaires, officiers supérieurs, etc.).

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