Athlétisme: La Suisse au centre du réseau de dopage d'Alberto Salazar
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AthlétismeLa Suisse au centre du réseau de dopage d'Alberto Salazar

Une enquête de la BBC a levé une partie du voile sur les procédés utilisés par l'Américain, suspendu quatre ans pour incitation au dopage.

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Sport-Center
Alberto Salazar (à dr.), lors d'une séance d'entraînement avec Mo Farah (à g.), lors des Mondiaux de Pékin 2015.

Alberto Salazar (à dr.), lors d'une séance d'entraînement avec Mo Farah (à g.), lors des Mondiaux de Pékin 2015.

AFP

Le 1er octobre dernier, l'Américano-Cubain Alberto Salazar (61 ans), entraîneur controversé du Britannique Mo Farah jusqu'en 2017 (notamment), a été suspendu quatre ans pour «incitation» au dopage.

Salazar était le maître à penser de l'Oregon Project, un groupe d'entraînement de très haut niveau basé dans le nord-ouest des États-Unis et financé par l'équipementier Nike, qui a cumulé les succès pendant plusieurs années en fond et demi-fond, notamment grâce à Mo Farah, quadruple champion olympique et sextuple champion du monde (5000 et 10'000 m).

Alberto Salazar a été suspendu pour «organisation et incitation à une conduite dopante interdite». Il était accusé par l'Usada, l'Agence antidopage américaine, lors de trafic de testostérone, d'avoir injecté à ses athlètes de l'acide aminé L-carnitine au-delà des doses autorisées et d'avoir tenté de s'opposer à la collecte d'informations par l'Usada.

«Une décision commune»

La L-carnitine? C'est un produit qui se consomme en gélules ou en liquides, qui favorise une production d'énergie plus efficace à partir des réserves de graisse du corps. Cela signifie moins d'épuisement et plus d'efficacité à l'entraînement. La récupération est également renforcée par l'apport complémentaire de L-carnitine, que l'on peut trouver en vente libre sur Internet (moins de 30 francs pour un flacon de 60 tablettes).

Or, c'est justement via la Suisse que le trafic de Salazar a été opéré, selon une enquête réalisée par l'équipe de «Panorama», l'émission d'enquête et d'investigation de la BBC. Celle-ci a réussi à se procurer des échanges de mails entre des officiels de la Fédération britannique d'athlétisme (UK Athletics) durant les jours précédant le marathon de Londres 2014, que Farah avait terminé à la huitième place.

Le Dr Robin Chakraverty, alors médecin-chef de l'UKA, avait confirmé qu'une «injection de L-carnitine avait bien été effectuée» (sur Mo Farah), et qu'il s'agissait d'une «décision commune» entre lui et Barry Fudge, entraîneur des coureurs de fond anglais, après avoir pris en compte les éventuels effets collatéraux du produit.

Le 6 avril 2014, Fudge écrivait: «Bien que ce processus soit complètement dans le code WADA (l'agence mondiale antidopage), il existe un argument philosophique pour savoir si cela est dans l'esprit du sport.» Il ajoutait: «Bien qu'Alberto (Salazar) et Mo (Farah) aient des attentes à ce sujet, nous n'en sommes pas au point où nous ne pouvons plus nous retirer.»

Un contact en Suisse

Décision a donc été prise d'aller de l'avant. Le problème, c'est que la forme concentrée de L-carnitine désirée n'a pas pu être trouvée en Grande-Bretagne. Et c'est là que Salazar est intervenu: il a aiguillé l'entraîneur Barry Fudge sur un de ses contacts en Suisse.

Ce dernier a pu commander des lots de L-carnitine selon la forme requise. Fudge a pris l'avion pour la Suisse et a rencontré le contact de Salazar, qui lui a remis les doses de L-carnitine injectables. Fudge n'avait plus qu'à les ramener à Londres.

Comme il n'y avait plus assez de temps pour tester le produit sur quelqu'un, histoire de s'assurer qu'il ne provoquait pas d'effets secondaires, la dose a été administrée par le Dr Chakraverty à Mo Farah le 11 avril 2014, deux jours avant la course, dans sa chambre de l'hôtel «Tower», l'hôtel officiel du Marathon de Londres...

Et voilà comment la Suisse s'est trouvée au centre du réseau de dopage d'Alberto Salazar.

R. Ty

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