Boutade: «La Suisse doit acheter le Liechtenstein, mais ce serait cher!»
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Boutade«La Suisse doit acheter le Liechtenstein, mais ce serait cher!»

Les élus helvétiques estiment que la proposition de Trump de racheter le Groenland est «ubuesque». Les territoires n'ont pas qu'une valeur marchande et ils ne sont pas à vendre. Même Montreux...

par
Eric Felley
A l'instar du président américain, le socialiste genevois Manuel Tornare (PS/GE) propose que la Suisse fasse une offre pour acquérir le Liechtenstein et son fameux château de Vaduz.

A l'instar du président américain, le socialiste genevois Manuel Tornare (PS/GE) propose que la Suisse fasse une offre pour acquérir le Liechtenstein et son fameux château de Vaduz.

Keystone

«J'ai toujours dit que la Suisse devait racheter le Liechtenstein...» A la proposition farfelue de Donald Trump de racheter le Groenland, le conseiller national Manuel Tornare, membre de la Commission de politique extérieur (CPE), propose que la Suisse mette le grappin sur la principauté voisine de 160 km2 et ses 38 000 habitants: «Mais ce serait trop cher et il faudrait trouver une solution pour le prince et sa monarchie», plaisante-t-il.

Pas une boutade

Les 160 millions de m2 de la Principauté à 100 francs le mètre en moyenne, cela ferait déjà 16 milliards de francs rien que pour le terrain. Il faudrait y ajouter le château de Vaduz du prince Hans-Adam II, dont la fortune est estimée à 2,8 milliards de francs, et tant d'autres richesses... Trop cher, effectivement. «Avec sa proposition, Trump agit comme dans une bande dessinée, ajoute le socialiste genevois. On n'achète pas un morceau de pays comme ça, même si c'est son sous-sol qu'il convoite. Il a été dit que c'était une boutade, mais il semble que non, finalement, puisqu'il renonce à son voyage au Danemark à cause de cela... On vit hélas une période où ce n'est que la visibilité qui compte pour bien des chefs d'Etat...»

13 ans français

La Suisse aussi pourrait avoir un intérêt pour le Groenland, qui procure un large accès aux mers: «Ce n'est pas nécessaire, poursuit-il, nous avons le Rhône et le Rhin!» Cependant, il constate que les frontières ne sont pas intangibles:« «A Genève, nous avons été français durant 13 ans sous Napoléon». Mais, en 1798, Napoléon n'avait pas acheté Genève, ni Vaud, ni Neuchâtel, ni le Valais. Il avait conquis ces territoires sans sortir un franc et y avait laissé des factures.

«Montreux n'est pas à vendre»

Si Donald Trump veut acquérir un territoire sur la Riviera vaudoise, il est averti: «Montreux n'est pas à vendre...» Autre membre de la CPE, le syndic de la capitale du jazz, Laurent Wherli (PLR/VD), est catégorique. Ses 33,3 km2 et ses 26 000 habitants n'ont pas l'intention de se laisser acheter par celui-ci ou celui-là. «Nous avons beaucoup d'étrangers, des Américains et des Chinois, mais pour l'instant nous n'avons pas reçu de proposition dans ce sens, et je douterai de la santé mentale de qui en ferait une», s'amuse le conseiller national.

Tout se vend, tout s'achète ?

Quant au rachat du Groenland par les Etats-Unis, il relève: «C'est typiquement révélateur du comportement du milliardaire et magnat de l'immobilier. Il part du principe que tout se vend et tout s'achète, mais en matière de territorialité, la valeur marchande n'est pas la seule. Les habitants du Groenland ont bien entendu leur mot à dire car il disposent d'une certaine autonomie. C'est complètement ubuesque, mais cela lui permet de faire des écrans de fumée pour masquer d'autres préoccupations.»

La Suisse devrait racheter la FED

Enfin, Claude Béglé (PDC/VD), membre aussi de la CPE, estime que ce n'est pas un territoire qu'il faudrait acheter aujourd'hui, mais une institution stratégique. Quitte à faire dans la boutade, autant y aller pour de bon: «Dans la situation actuelle, la Suisse devrait acheter la FED, la Banque centrale américaine, et on en ferait une succursale. Etant donné que le franc suisse demeure une valeur refuge qui ne cesse de monter, ce serait une bonne solution pour stabiliser son cours. Comme Trump veut s'approprier un très grand territoire, la Suisse peut voir grand aussi...»

Mais finalement, aucune frontière ne bougera pour l'instant. Et le franc suisse continue de s'apprécier ce mercredi face à l'euro et au dollar.

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