Neutralité: La Suisse doit «pouvoir livrer des armes à des démocraties attaquées»
Publié

NeutralitéLa Suisse doit «pouvoir livrer des armes à des démocraties attaquées»

Berne devrait à l’avenir être autorisée à livrer des armes à des démocraties cibles d’une attaque. C’est ce que demandent des Verts libéraux, brisant ainsi un tabou.

Le conseiller national, Beat Flach, brise un tabou.

Le conseiller national, Beat Flach, brise un tabou.

20min/Simon Glauser

Irène Kälin, la présidente du Conseil national, l’a clairement signifié lors de sa visite à Kiev la semaine passée: la Suisse ne peut et ne veut pas livrer d’armes à l’Ukraine à cause de sa neutralité. Cela alors que, quelques jours plus tôt, on avait appris que la Suisse avait refusé deux demandes de l’Allemagne de transmettre des munitions à l’Ukraine. Un fait choquant pour le conseiller national vert’libéral Beat Flach (AG): «Je ne peux pas comprendre que nous ne fournissions pas d’armes à une démocratie émergente en Europe qui doit se défendre sur son territoire, alors que nous le faisons sans cesse avec des pays qui ne partagent en aucune manière nos valeurs», dit-il à la «NZZ am Sonntag».

Livrer des armes qu’aux États respectueux des droits de l’homme

Beat Flach, brisant un tabou, demande ainsi un changement de système fondamental: la Suisse ne devrait à l’avenir livrer des armes qu’à des démocraties qui respectent les droits de l’homme. Il va plus loin encore et demande une réinterprétation radicale de la neutralité, avec la possibilité de livrer du matériel d’armement lorsqu’une démocratie est victime d’une guerre d’agression.

Le Parti vert’libéral n’a pas encore pris position, mais des discussions intensives ont lieu au sein du groupe parlementaire fédéral. Tant le président du parti Jürg Grossen (BE) que la cheffe du groupe des Vert’libéraux Tiana Angelina Moser (ZH) demandent une nouvelle interprétation de la neutralité, y compris la question de l’exportation de biens d’armement dans des conditions-cadres strictes à des démocraties qui se défendent. «Mais il faudrait traiter en priorité les équipements de protection ou la libération de munitions de pays tiers, comme dans le cas de l’Allemagne», explique la Zurichoise.

Convention de La Haye, une «pièce de musée»

La cheffe du Groupe des Vert’libéraux Tiana Angelina Moser (ZH) estime que «la conception de la neutralité basée sur la Convention de La Haye de 1907 n’est plus d’actualité». À l’époque, la guerre d’agression était encore considérée comme un moyen légitime de défendre les intérêts du pays, argumente-t-elle. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Pour son camarade de parti bernois Jürg Grossen il s’agit également d’un accord dépassé et l’Argovien Beat Flach le qualifie de «pièce de musée» qui doit être réinterprétée après plus de 100 ans.

Complexe définition de la démocratie

Comme le rappelle la «NZZ am Sonntag», en tant que pays neutre, la Suisse s’est engagée, selon la Convention de La Haye de 1907, à ne pas participer à des conflits armés internationaux, ni à favoriser militairement les belligérants, que ce soit en fournissant des troupes ou des armes. Selon Laurent Goetschel, politologue, «en tant qu’État neutre, on ne peut pas livrer d’armes à un parti belligérant, qu’il s’agisse d’une dictature ou d’une démocratie.». Il ajoute que la définition d’une démocratie n’est pas toujours simple, en donnant comme exemple la Hongrie, la Turquie et la Russie. Et conclut:  Cette proposition est non seulement en contradiction avec la neutralité, mais elle semble également très peu élaborée.»

(ewe)

Votre opinion

71 commentaires