21.09.2020 à 08:49

CriminalitéLa Suisse en retard en matière de blanchiment

L’ancien chef du Bureau suisse de communication en matière de blanchiment d’argent (MROS) met en avant le plan technologique de la Suisse, qui se trouve selon lui «encore au XIXe siècle».

«Des milliards continuent d’affluer de pays qui connaissent d’immenses problèmes de corruption», accuse l’ex-chef du MROS.

«Des milliards continuent d’affluer de pays qui connaissent d’immenses problèmes de corruption», accuse l’ex-chef du MROS.

KEYSTONE

Les mécanismes de défense mis en place par la Suisse contre le blanchiment d’argent ne sont pas efficaces. Seule une infime fraction de l’argent blanchi est interceptée, malgré la multiplication des dénonciations de cas suspects de la part des établissements financiers.

«Vu la pression politique, de nombreuses banques sont devenues plus prudentes (et) signalent les cas suspects plus tôt», explique Daniel Thelesklaf, l’ancien chef du Bureau suisse de communication en matière de blanchiment d’argent (MROS) dans un entretien paru lundi dans «24 Heures».

Paradoxalement, la multiplication des annonces se traduit par une surcharge pour l’autorité chargée de faire suivre les cas à la justice et au régulateur. «Fin 2019, plus de 6000 dénonciations émises par les banques n’étaient pas encore traitées», déplore l’ex-responsable, qui a brusquement quitté ses fonctions fin juin après moins d’une année en poste.

«Cela correspond à des avoirs potentiellement illégaux de plusieurs milliards de francs», poursuit-il, mettant en exergue le retard sur le plan technologique de la Suisse, qui se trouve selon lui «encore au XIXe siècle».

Que des cas mineurs

Alors qu’en Europe, les données sont communiquées par voie électronique, les analystes helvétiques se retrouvent à saisir «des boîtes entières de documents» à la main dans un système informatique, avec pour résultat la perte d’une «grande partie des données» et la surcharge du système.

«Lorsqu’une grande partie de la soixantaine d’employés très qualifiés du MROS doit faire du nettoyage de données, ils ne peuvent pas se consacrer à leur véritable tâche: analyser les déclarations des banques et défendre la Suisse contre le blanchiment d’argent», signale Daniel Thelesklaf.

Selon lui, l’augmentation du nombre de condamnations pour blanchiment en Suisse ne concerne que des cas mineurs. «Les grands blanchisseurs d’argent sont souvent épargnés», lance-t-il, rappelant qu’en 2015, sur les 4,8 milliards de francs d’avoirs suspects signalés par les banques, seuls 190 millions ont été confisqués.

«L’un des deux grands piliers de notre défense contre le blanchiment d’argent – la répression – n’est pas efficace», estime l’ex-dirigeant. Il déplore également le manque de progrès réalisés en matière de prévention: «des milliards continuent d’affluer de pays qui connaissent d’immenses problèmes de corruption».

(ATS/NXP)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!
19 commentaires
L'espace commentaires a été desactivé

Gros bless switzerland

22.09.2020 à 12:47

Oui, mais en matière d'optimisation fiscale, nous sommes largement devant.

Etasseur

21.09.2020 à 12:33

La Suisse a surtout pris du retard sur les autres à force d'être trop docile face à l'hypocrisie générale et trop soumise face aux pressions américaines. De deux choses l'une ou les règles sont les mêmes pour tout le monde et la Suisse doit s'y conformer ou elles ne servent qu'à favoriser de manière déloyale les Anglo-saxons et il n'y avait aucune raison de baisser son froc

Vivke

21.09.2020 à 11:09

Que chacun balaie devant sa porte ! City London, Paris, Monaco, Delaware, Luxembourg, etc....la liste est longue !