Cryogénisation: «La Suisse est l’endroit idéal»
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Cryogénisation«La Suisse est l’endroit idéal»

Notre pays pourrait devenir le centre de l’Europe de la cryogénisation à en croire Patrick Burgermeister, président de l’association CryoSuisse. Notamment en y installant des frigos.

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Propos recueillis par Fabien Feissli
Président de l’assocation CryoSuisse, Patrick Burgermeister cherche à ouvrir un lieu de stockage dans les Alpes helvétiques.

Président de l’assocation CryoSuisse, Patrick Burgermeister cherche à ouvrir un lieu de stockage dans les Alpes helvétiques.

Maxime Schmid

Biologiste moléculaire passé par l’industrie pharmaceutique avant de devenir investisseur dans le domaine médical, Patrick Burgermeister est président de CryoSuisse depuis 2015. L’association helvétique cherche à promouvoir la cryogénisation, une technique consistant à congeler le corps d’un patient après son décès dans l’espoir de le ramener à la vie quand la médecine en sera capable. Et si le Bâlois de 48 ans a fondé CryoSuisse, c’est pour une raison toute simple. «Personne ne l’avait fait en Suisse et j’ai pensé que c’était important que quelqu’un le fasse.»

À quoi ressemble la cryogénisation en Suisse en 2017?

Pour l’instant, il y a encore beaucoup de travail. Notre association compte 22 membres et nous sommes un réseau de personnes réunies autour d’un même but. Mais nous avons des objectifs plus grands. Notamment nous travaillons sur un site de stockage des corps que nous aimerions voir apparaître dans les cinq ans à venir.

Comment imaginez-vous ce lieu?

Nous cherchons notamment un site dans les Alpes. L’idéal pour moi, ce serait un bunker de l’armée ou en tout cas quelque chose de souterrain. Pour commencer, il nous faudrait une surface de 500 m2 que nous pourrions agrandir par la suite. Il faut également une hauteur sous plafond de 6 mètres minimum pour avoir la place d’installer les cuves. Nous avons déjà un architecte et un entrepreneur qui travaillent sur ces questions.

Mais est-ce que cela serait vraiment utile en Suisse?

Bien sûr, c’est un tout petit marché, en Suisse cela ne toucherait peut-être que quelques personnes. Mais l’intérêt, c’est d’offrir ce service aux gens. Et cela concerne toute l’Europe. Nous discutons déjà avec les Anglais, les Allemands et les Français. Beaucoup ne veulent pas être envoyés aux États-Unis ou en Russie, les seuls endroits où il existe des lieux de stockage actuellement. Ils veulent rester en Europe et sont convaincus que la Suisse est l’endroit idéal. Nous sommes au centre de l’Europe, notre juridiction est plutôt favorable et nous sommes très stables économiquement et socialement.

Que vous manque-t-il pour mener ce projet à bien?

De l’argent. Nous estimons le coût total à plusieurs millions. Nous devons donc trouver des investisseurs et transformer l’association en fondation pour avoir une structure plus solide. Mais, une fois établie, la gestion ne coûtera pas très cher. C’est seulement un garde pour le bâtiment et de l’azote liquide pour les cuves.

Vous avez une idée du prix d’une place pour les patients?

Non, nous ne l’avons pas encore fixé, mais je pense que ce sera plus cher qu’aux États-Unis (ndlr: 29 000 francs pour un corps entier chez Cryonics Institute, par exemple).

Et à quelle réaction est-ce que vous vous attendez de la part du grand public?

Je ne sais pas vraiment. Mais si j’extrapole par rapport à quand j’en parle autour de moi, normalement les gens ignorent le sujet et passent à autre chose. Je ne vois pas pourquoi il y aurait des oppositions, c’est un sujet très privé, nous ne forçons personne, nous ne faisons qu’offrir un troisième choix pour disposer de son corps. Les deux autres possibilités (ndlr: l’ensevelissement et la crémation) ont une probabilité de zéro. Celle-ci, on peut espérer que ce soit un peu supérieur.

Justement, quels seraient vos arguments pour convaincre les Suisses de s’y intéresser?

Je ne suis pas un missionnaire, je ne cherche pas à convaincre. Mais si, de manière inconsciente, certains s’intéressent déjà à cette possibilité, je leur dis de nous rejoindre. C’est une occasion unique de voir le futur. Ne pas mourir est un instinct naturel. Ceux qui prétendent accepter de mourir à 80 ans, ce n’est pas la réalité, c’est purement philosophique.

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