EnergieLa Suisse n'est pas près de sortir du nucléaire
Le National veut prolonger de dix ans en dix ans l'exploitation des centrales actuelles. L'effet Fukushima est retombé.
- par
- Eric Felley

La conseillère fédérale Doris Leuthard a pu fêter hier une première victoire dans son dossier sur la Stratégie énergétique 2050. Le Conseil national a suivi, avec une bonne majorité (105 à 75), la volonté du Conseil fédéral de booster les énergies renouvelables en portant à 2,30 ct./kW/h le plafond de la RPC (rétribution à prix coûtant du courant injecté). Les énergies renouvelables peuvent compter à terme sur un subventionnement trois fois plus important qu'aujourd'hui, soit 1,5 milliard par année. Mais cela ne signifie pas pour autant un abandon rapide de l'énergie nucléaire (40% de l'électricité produite en Suisse), qui resterait incontournable pour l'approvisionnement du pays. Quatre ans après Fukushima, la Suisse n'est pas près d'en finir avec le nucléaire, pourquoi?
La droite veut gagner du temps
Le PDC avait donné l'impulsion en 2011 avec la motion Schmid pour interdire la construction de nouvelles centrales. Aujourd'hui, il est plus frileux et soutient la solution de prolonger par tranches de dix ans les exploitations existantes. Pour Yannick Buttet (PDC/VS), cette solution devrait l'emporter: «Cela permet de mettre un terme au nucléaire peu à peu, assurer un atterrissage en douceur, sans devoir payer des indemnités.»
Pour son collègue Hugues Hiltpold (PLR/GE), «il faudra fermer les centrales quand elles poseront véritablement un problème. N'oublions pas qu'à Fukushima c'est un tsunami qui a provoqué l'accident. Nous n'avons pas ce risque, ni de danger similaire du point de vue sismique.»
Le Conseil fédéral laisse faire
En mai 2011, Doris Leuthard avait parlé de 2034 comme date boutoir (50 ans après la construction de Leibstadt (AG), la centrale la plus récente). Mais en réalité, le Conseil fédéral a toujours laissé la porte ouverte aux prolongations souhaitées par la droite. Pour Yves Nidegger (UDC/GE), «nous devons vivre avec ces centrales et ces investissements jusqu'à leurs fins et ainsi assumer notre histoire comme des gens responsables».
Assurer l'approvisionnement
La droite s'accroche aussi aux centrales existantes pour des questions économiques. Pour Guy Parmelin (UDC/VD), «quitter le nucléaire, c'est mettre en danger un approvisionnement en énergie sûr pour notre pays et à un prix compétitif tant pour les entreprises que pour les citoyens». Hugues Hiltpold estime aussi qu'il faut éviter d'avoir recours dans une trop grande mesure à l'énergie provenant de l'étranger: «Nous ne devons pas être dépendants du gaz qui vient de pays qui peuvent fermer leur robinet à tout moment comme mesure de rétorsion.»
Bref, toutes les raisons sont bonnes pour continuer avec les centrales. Sauf celles avancées par la gauche et les écologistes qui estiment que la Suisse vit avec «une épée de Damoclès sur la tête», selon les termes du conseiller national Christian van Singer (Verts/VD).