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UkraineLa Suisse ne s'associe pas aux sanctions contre la Russie

Marchant sur des oeufs, le président de la Confédération Didier Burkhalter a défendu mercredi la position du Conseil fédéral qui vise à favoriser les bons offices helvétiques dans le dossier ukrainien.

«La Suisse suit les mesures prises par l'Union européenne et les Etats-Unis qui touchent des personnes et leurs déplacements. Elle ne s'y associe pas pour l'heure», a déclaré Didier Burkhalter

«La Suisse suit les mesures prises par l'Union européenne et les Etats-Unis qui touchent des personnes et leurs déplacements. Elle ne s'y associe pas pour l'heure», a déclaré Didier Burkhalter

La Suisse ne s'associe pas pour l'instant aux sanctions contre la Russie. Mais elle devra indirectement les appliquer.

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Officiellement, le gouvernement n'a fait que prendre note des sanctions de l'UE et des Etats-Unis. Celles-ci n'ont aucun caractère obligatoire pour la Suisse vu qu'elles n'ont pas été décrétées par l'ONU, a souligné Didier Burkhalter, ministre des affaires étrangères devant la presse à Berne ce mercredi 26 mars.

Résolution de la crise

Berne doit trancher sur la base du droit international et de ses propres intérêts. Or l'intérêt majeur de la Suisse est de pouvoir proposer ses bons offices à une résolution de la crise entre la Russie et l'Ukraine.

Les échanges économiques avec la Russie n'ont pas joué de rôle. Ils ne représentent que quelques pour cents contre 60% avec l'Union européenne (UE), a rappelé Didier Burkhalter, tout en soulignant que le problème n'était pas fondamentalement économique mais politique.

Pas une île

Mais, martelant l'importance que la Suisse tranche en toute indépendance, il a reconnu qu'elle n'est pas une île et qu'elle est concernée par les sanctions déjà décidées.

Ainsi, en tant que membre de l'espace Schengen, elle est liée par les restrictions de déplacements imposées par l'UE à 20 ou 30 personnalités russes et ukrainiennes. Dans la pratique, il revenait au même que la Suisse s'associe ou non à ces sanctions, a expliqué le président de la Confédération.

Refusant d'entrer trop dans les détails, il a expliqué qu'il était théoriquement possible à Berne de délivrer un visa suisse à quelqu'un si c'était dans l'intérêt du pays.

Place financière

Concernant les sanctions économiques, le Conseil fédéral veut prendre des mesures pour éviter que la Suisse ne soit pas utilisée pour les contourner. Il reviendra au ministre de l'économie Johann Schneider-Ammann de prendre les dispositions nécessaires dans les délais utiles. Il s'agira essentiellement de mesures concernant le secteur financier.

A ce stade, on ne peut pas dire qu'il n'y aura aucun mouvement sur un compte en Suisse. Mais la place financière suisse ne devra pas être utilisée pour remplacer les transactions interdites ailleurs, selon Didier Burkhalter.

S'il n'a pas franchi le pas mercredi, le Conseil fédéral se réserve la possibilité, en fonction de l«évolution de la situation, de reprendre tout ou partie des sanctions édictées par l«UE, les Etats-Unis ou d'autres pays.

Visites

Concernant les visites de conseillers fédéraux en Russie cette année, le président de la Confédération a également marché sur des oeufs. Les contacts ne vont certes pas être intensifiés mais lorsqu'ils sont dans l'intérêt de la Suisse et de l'Organisation pour la sécurité et la coopération (OSCE), il ne faut pas les empêcher non plus.

«Il ne faut fermer aucune porte», a expliqué Didier Burkhalter soulignant le rôle particulier joué par la Suisse, pays non membre de l'OTAN et assumant la présidence de l'OSCE cette année. Et de préciser qu'aucune date n'avait encore été fixée pour sa visite officielle à Moscou pour les 200 ans des relations diplomatiques helvético-russes.

Pas le Kosovo

Didier Burkhalter s'est montré beaucoup plus direct pour souligner que la situation en Crimée n'avait rien à voir avec le Kosovo, dont la Suisse avait reconnu sans attendre l'indépendance. L'ex-province serbe affrontait depuis des années des violations répétées, terribles et durables des droits de l'homme.

Quand tout est bloqué, il n'y a pas d'autres solutions que d'intervenir, a expliqué le ministre des affaires étrangères. Cette situation n'était pas comparable avec celle qui prévaut en Crimée.

Condamnation

Le Conseil fédéral a condamné l'annexion de cette région par la Russie, un geste «contraire au droit international public». Exprimant son inquiétude face à l«aggravation du conflit, il condamne les violations du droit national et international commises dans ce contexte.

Le référendum du 16 mars a été organisé en violation de la constitution ukrainienne, ce qui le rend illicite. Plusieurs mesures ont déjà été prises en réaction par la Suisse. Les éventuels fonds appartenant à l«ancien président ukrainien et à son entourage seront bloqués. Aucun matériel de guerre ne sera exporté vers Moscou.

Les négociations entre l' AELE et la Russie en vue d'un accord de libre-échange sont gelées. Et les militaires russes ne peuvent plus venir se former dans les Alpes.

Diaporama - Ukraine: l'impossible sortie de crise

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Après avoir annoncé un cessez-le-feu «sous peu», Petro Porochenko a également promis mercredi l'amnistie «à ceux qui déposeront les armes et à ceux qui n'auront pas commis de crimes graves». (18 juin 2014)

Après avoir annoncé un cessez-le-feu «sous peu», Petro Porochenko a également promis mercredi l'amnistie «à ceux qui déposeront les armes et à ceux qui n'auront pas commis de crimes graves». (18 juin 2014)

AFP
Didier Burkhalter: «Nous avons besoin d'un cessez-le-feu pour les élections», a déclaré le président de l'OSCE à l'aéroport de Vienne, où se tenait une conférence des ministres des affaires étrangères du Conseil de l'Europe. (6 mai 2014)

Didier Burkhalter: «Nous avons besoin d'un cessez-le-feu pour les élections», a déclaré le président de l'OSCE à l'aéroport de Vienne, où se tenait une conférence des ministres des affaires étrangères du Conseil de l'Europe. (6 mai 2014)

Keystone
A la tête de l'OSCE, Didier Burkhalter va rencontrer Vladimir Poutine mercredi à Morscou par parler de la crise ukrainienne. (6 mai 2014)

A la tête de l'OSCE, Didier Burkhalter va rencontrer Vladimir Poutine mercredi à Morscou par parler de la crise ukrainienne. (6 mai 2014)

Keystone
(ats)

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