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ArgentLa Suisse peine à restituer les avoirs étrangers

Didier Burkhalter a réaffirmé la volonté du pays à rendre les fonds illicites notamment à l'Egypte et la Tunisie. Les ministres étrangers regrettent que rien n'ait été encore fait.

Le Forum arabe sur le recouvrement des avoirs va se poursuivre sur trois jours.

Le Forum arabe sur le recouvrement des avoirs va se poursuivre sur trois jours.

Keystone

Le président de la Confédération Didier Burkhalter a affirmé ce samedi 1er novembre à Genève la «volonté politique inébranlable» du gouvernement suisse de restituer les avoirs illicites aux pays étrangers. Les ministres tunisien et égyptien ont regretté de leur côté que les efforts n'aient pas abouti jusqu'ici.

Forum de trois jours

«La volonté politique du gouvernement suisse est inébranlable. Que cela soit avec l'Egypte, la Tunisie, la Libye mais également l'Ukraine ou Haïti, la Suisse continue à travailler sans relâche et en collaboration étroite avec les pays d'origine des fonds pour apporter des solutions satisfaisantes aux cas en suspens», a déclaré le président de la Confédération.

Didier Burkhalter a ouvert une réunion de trois jours du Forum arabe sur le recouvrement des avoirs, à laquelle participent près de 250 experts de 40 pays pour accélérer les procédures en la matière. Il a souligné que la Suisse a restitué jusqu'ici 1,8 milliard de francs aux pays d'origine des fonds, soit près du tiers des avoirs restitués dans le monde.

Coprésidents de la conférence, les ministres tunisien et égyptien de la justice ont remercié la Suisse pour ses efforts, tout en regrettant qu'ils n'aient pas encore abouti.

Résultats en deçà des attentes

«Les résultats sont bien en deçà des attentes de la population tunisienne. Des Etats ont refusé de coopérer. Mais l'espoir est toujours là», a déclaré le ministre tunisien de la justice Hafedh Ben Salah.

«Le processus n'a pas abouti jusqu'à aujourd'hui. Les progrès sont lents», lui a fait écho le ministre égyptien de la justice Mahfous Saber Abdelkader.

La Suisse a bloqué en 2011 650 millions de francs des fonds de l'ex-dictateur Hosni Moubarak et 60 millions du clan de l'ex-dirigeant tunisien Ben Ali.

En avril dernier, le Ministère public de la Confédération a décidé le remboursement anticipé de 35 millions de francs à la Tunisie, mais un recours a été déposé devant le Tribunal pénal fédéral (TPF) à Bellinzone.

Le président de la Confédération a insisté sur le fait que la restitution des fonds illicites renforce la crédibilité et la réputation de la place financière suisse. Devant la presse, il a toutefois relevé qu'il faut respecter les principes de l'Etat de droit et que les procédures prennent du temps.

Long et décevant

«Il faut être réaliste, c'est long, c'est décevant, mais nous sommes résolus à aller au plus vite», a affirmé M. Burkhalter. Il a précisé que dans le cas égyptien, les changements de régime ont refroidi l'ardeur des tribunaux dans les procédures d'entraide judiciaire.

«Il est envisageable que les choses se remettent en marche», a dit le chef du Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE). Concernant la Tunisie, son ministre de la justice a précisé qu'il espère trouver «des solutions pratiques» lors de la réunion de Genève.

Il a évoqué la possibilité d'un échange de magistrats entre la Tunisie et la Suisse pour qu'ils puissent étudier les législations respectives et «éviter que le dossier soit rejeté après plusieurs mois pour des questions de forme».

Un écart énorme

En ouverture du Forum, le président américain Barack Obama a adressé un message vidéo aux participants dans lequel il leur a exprimé son soutien. Le procureur général du Qatar Ali Bin Fetais Al Marri, lui, n'a pas manqué de «blâmer les Etats européens, américains, arabes qui accueillent les fonds, les cachent, qui connaissent les chiffres, mais ne les déclarent pas».

Selon la Banque mondiale, l'écart est «énorme» entre les fonds restitués et les 20 à 40 milliards de dollars volés chaque année à leur pays par les élites corrompues des pays en développement.

D'après une étude de l'Initiative pour le recouvrement des avoirs volés (StAR), pilotée par la Banque mondiale et l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), 2,6 milliards de dollars ont été gelés entre 2006 et 2012. Pendant la même période, les pays membres de l'OCDE ont rendu 423,5 millions.

Le Forum arabe sur le recouvrement des avoirs (AFAR) a été créé en 2012 par la présidence américaine du G8. La première édition a eu lieu à Doha et la seconde à Marrakech, en octobre 2013.

(ats)

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