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Hockey sur glaceLa Suisse peut-elle se passer de Bezina et Sprunger?

Les deux étoiles du hockey romand n’ont pas été retenues par Sean Simpson pour participer aux JO de Sotchi. Ils livrent leurs sentiments.

par
Julien Caloz
Goran Bezina, comme Julien Sprunger, ne défendra pas les couleurs helvétiques à Sotchi.

Goran Bezina, comme Julien Sprunger, ne défendra pas les couleurs helvétiques à Sotchi.

Freschfocus

Dimanche soir, Goran Bezina et Julien Sprunger ont reçu un appel de Sean Simpson les informant qu’ils n’étaient pas retenus pour participer aux Jeux olympiques de Sotchi, du 7 au 23 février.

Les deux vedettes du hockey romand figurent certes dans le cadre élargi de l’équipe de Suisse, mais cela ne leur offre pas la moindre garantie de repêchage. Il faudrait en effet qu’un titulaire se blesse, et que Simpson préfère Bezina, ou Sprunger, aux 25 autres réservistes. Or «le coach n’a pas précisé si je figurais en première, deuxième ou dernière position de cette liste complémentaire», souffle Bezina.

«Ce n’est pas brillant»

Le défenseur de GE Servette et son compatriote de FR Gottéron doivent désormais faire le deuil du tournoi olympique. Et le public francophone de ses hockeyeurs les plus emblématiques. «Deux Romands en sélection, ce n’est pas brillant. Mais il ne faut pas tirer la sonnette d’alarme. C’est aussi une histoire de générations, rappelle Bezina, disponible et lucide malgré la déception. A un moment, nous étions 9 ou 10 Romands alors qu’auparavant, Montandon était presque tout seul. Avec le temps, il y aura davantage de francophones dans le vestiaire de la Suisse.»

GORAN BEZINA

Deux blessures lui coûtent deux Jeux olympiques

Goran Bezina n’est «pas fâché». N’a «aucun regret». Et le dit lui-même: «Ce n’est pas la fin du monde.» On ne peut pourtant s’empêcher de penser que ce monde-là n’a pas été très tendre avec le capitaine des Aigles ces dernières années. Et on ne parle même pas de la finale de championnat perdue contre Berne, lors du 7e et dernier match, en 2010.

On rappellera simplement ici que le défenseur de GE Servette manquera ses 2es Jeux olympiques consécutifs en raison d’une blessure. La première fois, c’était en 2010 lorsque sa microdéchirure abdominale se réveilla juste avant le tournoi; la seconde en février dernier lorsque son tendon d’Achille se brisa. Forfait en club, il le fut aussi en sélection et manqua donc les Mondiaux, et l’éclosion d’une Suisse héroïque, battue en finale par la Suède.

«Mon absence lors des championnats du monde a pesé dans la balance», constate aujourd’hui Bezina. La composition du groupe olympique lui donne raison: sur les 25 joueurs retenus, hormis les engagés en NHL (8), seuls Tobias Stephan, Roman Wick et Kevin Romy n’ont pas participé aux Mondiaux. Mais le premier ne sera que le 3e gardien en Russie et les deux autres (aussi blessés en mai) sont attaquants. Ils évoluent ainsi dans un secteur qui, contrairement à la défense, n’est pas occupé à 50% par des pensionnaires de NHL.

Si Hans Kossmann, coach de FR Gottéron, estime que le numéro 57 des Aigles était en concurrence directe avec le Bernois Philippe Furrer pour une place aux Jeux, on ne peut s’empêcher de penser que Yannick Weber (défenseur lent en manque de temps de jeu avec Vancouver) aurait tout aussi pu laisser sa place aux deux joueurs du championnat suisse. «Sean Simpson m’a dit que sa décision avait été difficile à prendre», se console Bezina, qui ne ferme pas la porte du vestiaire suisse: «Si on a besoin de moi aux Mondiaux, je répondrai présent.»

JULIEN SPRUNGER

Une sanction sportive

Comme Goran Bezina, Julien Sprunger paie son absence aux derniers championnats du monde. Mais contrairement au capitaine «grenat», le Fribourgeois n’est plus aussi dominant avec son club par le passé. Et, surtout, il possède un rendement insuffisant en championnat (26 points en 36 matches) pour revendiquer une place dans la sélection nationale actuelle. «Il n’est pas assez convaincant cette saison, tranche Hans Kossman, son entraîneur. Julien savait qu’il lui serait difficile d’être convoqué pour les Jeux. Mais il y a encore pas mal de temps avant la fin de saison et s’il termine fort en play-off, il aura une chance de participer aux Mondiaux.»

On ne sait pas si la perspective consolera Julien Sprunger, qui paie sans doute aussi une décision prise en août 2012 et révélée il y a une année, après un match de championnat contre Zoug.

Le 25 janvier 2013, dans les couloirs de la Bossard Arena, Sprunger annonçait aux médias sa décision de ne pas participer aux Mondiaux en Suède. «A la suite de ma commotion, j’étais au plus mal. J’avais aussi quelques soucis personnels et j’ai pensé qu’il serait plus raisonnable de me consacrer à 100% pour le club», motivait-il alors, loin de se douter que, sans lui, la Suisse décrochera la médaille d’argent.

Il avouait tout de même l’inquiétude légitime du joueur de haut niveau: «L’an prochain, il y a les Jeux olympiques de Sotchi et je sais que je prends un risque en renonçant cette saison à l’équipe nationale. On verra bien.»

Le risque pris était-il trop grand? Peut-être. Car Sean Simpson a profité de la formidable épopée scandinave pour forger ses certitudes. «Depuis cette 2e place aux championnats du monde, le sélectionneur connaît bien son équipe et la façon dont elle fonctionne», livre Hans Kossmann, dont aucun des joueurs ne figure dans la sélection convoquée par Simpson, Benjamin Conz, Andreï Bykov, Thibaut Monnet et Benjamin Plüss faisant, eux aussi, partie des réservistes.

Bezina peut crier à l'injustice

Sean Simpson, le sélectionneur de l’équipe de Suisse de hockey, a levé le voile sur l’un des thèmes de débat de la nouvelle année: on connaît désormais l’identité des 25 Suisses qui grifferont la glace olympique de Sotchi en février.

Et le chef a réservé une mauvaise surprise à Goran Bezina. Le défenseur valaisan de GE Servette, qui avait déjà dû renoncer aux Jeux de Vancouver pour des raisons médicales, ne figure pas sur la liste.

Comme en témoigne son palmarès (quêtes de la Ligue des champions avec les Zurich Lions et de la médaille d’argent aux derniers Mondiaux notamment), Sean Simpson est un entraîneur compétent, qui opère des choix réfléchis.

Mais, là, franchement, on ne le comprend pas. Pourquoi abandonner Goran Bezina face à sa télévision et retenir le mystérieux Yannick Weber, qui joue les itinérants du spectacle avec les Canucks de Vancouver en NHL? Parfois cloué dans la tribune, parfois titularisé en attaque, parfois critiqué par son entraîneur, le défenseur ne constitue pas une assurance tous risques pour l’équipe de Suisse. En 2010 d’ailleurs, aux JO de Vancouver, Ralph Krueger en avait fait rapidement un hockeyeur surnuméraire. La raison: cela allait beaucoup trop vite pour lui.

Une certitude: le jeu qui sera produit à Sotchi ne sera pas moins rapide qu’à Vancouver. Une autre certitude: en quatre ans, Weber n’est pas devenu un arrière plus véloce.

Bezina a donc des raisons objectives de trouver la pilule amère. Etre éliminé par un adversaire de moins bonne qualité ne peut générer que des frustrations bien légitimes.

Emmanuel Favre

Ce qui attend les Suisses

Lors du premier tour (trois groupes de quatre équipes), la Suisse se mesurera à la Lettonie, à la République tchèque et à la Suède.

Au terme de cette phase, le premier de chaque groupe et le meilleur deuxième seront qualifiés pour les quarts de finale. Les huit autres nations livreront un huitième de finale en fonction de leur classement (5e contre 12e, 6e contre 11e, etc.)

D’ici au match d’ouverture, Sean Simpson pourra procéder à des changements dans son effectif si des joueurs sélectionnés devaient se blesser. La présentation de certificats médicaux est obligatoire.

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