Éditorial - Covid-19, la Suisse peut-elle supporter 30 000 cas par jour?
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ÉditorialCovid-19, la Suisse peut-elle supporter 30 000 cas par jour?

Alors que la situation se dégrade encore, à deux jours des annonces du Conseil fédéral, le président de l’Union patronale suisse pense qu’on pourrait supporter dix fois plus de cas. Et provoque un tollé.

par
Eric Felley
Les propos du président de l’Union patronale suisse, Valentin Vogt, ont causé une réaction en chaîne contre lui en Suisse alémanique.

Les propos du président de l’Union patronale suisse, Valentin Vogt, ont causé une réaction en chaîne contre lui en Suisse alémanique.

UPS

Vendredi dernier, lors d’une interview à la SRF, le président de l’Union patronale suisse (UPS), Valentin Vogt, a déclaré que la Suisse pourrait supporter économiquement entre 20 000 à 30 000 cas de Covid-19 par jour. Selon lui, avec les avancées de la vaccination, on pourrait assouplir les mesures et gérer cette avalanche de cas au quotidien. Les réactions outrées n’ont pas tardé contre lui sur les réseaux sociaux. Et certains ont même appelé à sa démission.

Valentin Vogt part du principe que, lorsque les groupes à risque seront vaccinés, il y aura beaucoup moins d’hospitalisations. Sa proposition n’est pas isolée, elle émane d’un document de travail du mois de février auquel ont collaboré EconomieSuisse et diverses entreprises. La semaine dernière, la Suisse comptait entre 2000 et 2500 cas par jour et plus de 100 hospitalisations quotidiennes. Avec 20 000 cas, on prendrait le risque d’avoir 1000 hospitalisations par jour, ce qui ferait vite saturer le système hospitalier…

À deux jours des annonces promises par le Conseil fédéral le 14 avril, cette affirmation sonne comme une nouvelle provocation de la droite de l’économie contre la politique du Gouvernement. Depuis les annonces du 19 mars, les fronts n’ont guère changé. L’opposition à la politique du Conseil fédéral et de son chef de la Santé, Alain Berset, est toujours menée principalement par l’UDC et l’Union suisse des arts et métiers qui demandent une réouverture complète de l’économie.

Trois critères dégradés

Sur le plan sanitaire, depuis le 19 mars dernier, les quatre critères définis par le Conseil fédéral se sont plutôt dégradés, à l’exception d’un seul. Le taux d’incidence sur 14 jours a continué d’augmenter pour se situer à 284 cas vendredi dernier. Le taux de positivité des tests PCR reste au-dessus de 5% avec 6,3% vendredi (l’OFSP a toutefois annoncé que ce critère n’était plus considéré comme une valeur de référence). Le nombre d’hospitalisations, après une certaine stabilité, est reparti à la hausse la semaine dernière avec plus de 100 cas par jour (134 vendredi). Seul le taux de reproduction a baissé de 1,14 à 0,96.

La situation reste donc, dans l’ensemble, préoccupante, du point de vue sanitaire. Mais sur les plans sociaux et politiques, les signes de fatigue et d’énervement sont aussi de plus en plus tangibles. Les manifestations de Saint-Gall ou la chasse aux restaurants clandestins en sont l’illustration. Le sentiment que l’on n’avance pas assez vite dans la vaccination, la perspective encore floue d’un passeport vaccinal et le retard de livraison des autotests accentuent également le mécontentement.

Dans ces conditions, mercredi 14 avril, le Conseil fédéral ne semble guère plus avancé que le 19 mars dernier pour décider dans quel sens aller, si ce n’est continuer dans sa politique de prudence, tout en lâchant quelque chose. L’ouverture des terrasses peut-être? En tout cas, il ne va pas se laisser convaincre par la perspective de devoir gérer entre 20 000 et 30 000 cas par jour. Les espoirs du président de la Confédération, Guy Parmelin, de retrouver une «certaine normalité» durant l’été n’y survivraient pas!

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