Football - Euro 2020: la Suisse s’égare en chemin
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FootballEuro 2020: la Suisse s’égare en chemin

Une domination nette, un but et vingt-cinq minutes de néant ou presque. Qui font le beurre des Gallois. Au lieu de commencer l’Euro par une victoire, la Suisse est déjà dos au mur. Elle a rendez-vous avec l’Italie mercredi soir à Rome.

par
Daniel Visentini, Bakou
(Bakou)
Tout ne s’est pas passé comme Xherdan Shaqiri et Vladimir Petkovic l’entendaient, samedi après-midi à Bakou.

Tout ne s’est pas passé comme Xherdan Shaqiri et Vladimir Petkovic l’entendaient, samedi après-midi à Bakou.

AFP

Dans ce stade trop grand et pas assez plein, le murmure diffus des tribunes clairsemées valait pour allégorie d’une compétition éparpillée aux quatre coins de l’Europe, jusqu’à ses confins. Il y a bien du public dans les gradins (5600, sur les 31’000 places disponibles), mais dans le gigantisme du Stade olympique de Bakou, il s’est perdu en cours de route. Comme l’équipe de Suisse.

Le programme du groupe A

Le classement du groupe A

Vertige de la suffisance. Il y avait là une Suisse dominatrice, qui maîtrisait son sujet (68% de possession en première période) et qui avait trouvé la récompense de sa supériorité à la 49e minute. C’est précisément là, après ces lumières et ce but d’un Embolo intenable, que tout a basculé dans la pénombre, assez en tout cas pour permettre au Pays de Galles de punir cette passivité crasse qui a collé aux basques suisses jusqu’à l’égalisation de Moore.

Réaction trop tardive

Il restait un quart d’heure et, comme s’ils sortaient d’un mauvais rêve, les Suisses ont alors écarquillé les yeux pour reprendre les choses en main. C’était trop tard, ils ne le savaient pas encore. On ne se réveille pas comme ça, pour empocher une victoire sur un simple claquement de doigts, ce serait trop facile.

Bien sûr, la Suisse a failli effacer sa léthargie à plus d’une reprise dans l’ultime quart d’heure. Avec Gavranovic (hors-jeu d’un centimètre sur son premier ballon qui avait fini au fond des filets), avec une autre tête ou un tir d’Embolo, avec une tentative contrée de Zakaria.

Bien sûr aussi, Petkovic et les siens pourront ruminer à l’envi ce penalty flagrant sur Embolo, ignoré à la fois par le Français Turpin et incroyablement par la VAR. Là aussi, ce serait trop facile. La Suisse ne peut s’en prendre qu’à elle-même. C’est elle qui a laissé les Gallois revenir dans la partie. Il faut voir pourquoi.

De quel mal la Suisse a-t-elle été frappée après avoir ouvert le score pour pareillement perdre le fil de ses intentions? Que s’est-il passé durant ces vingt-cinq minutes?

Le déni de Petkovic

«Rien du tout», a répondu Vladimir Petkovic, sans sourciller. Avant d’étayer un peu, du bout des lèvres: «Ça arrive, c’est le football, il y a un adversaire en face qui était mené au score et qui a pris plus de risques. Les Gallois ont des qualités, il ne faut pas l’oublier.»

La réponse relève au mieux de la mauvaise foi, au pire de l’aveuglement. Cette Suisse qui faisait tout juste disparaît d’un coup, recule, se fragilise, s’égare et il ne s’est rien passé? Soyons sérieux: il y a là un discours inaudible. On veut croire que Petkovic, fin tacticien et psychologue, ne souhaite tout simplement pas pointer du doigt les dysfonctionnements de son équipe, ou alors remettre en question ses propres choix. Il y a encore deux matches à disputer, le premier mercredi à Rome contre une Italie qui a déjà fait le plein de confiance, elle. Inutile de rajouter du désarroi à la déception. Pourquoi pas?

Le film du match

Penalty oublié

C’est la 45e minute de jeu. Breel Embolo, reçoit le ballon dans les 16 mètres. Mepham, son cerbère gallois, est accroché à lui et à son maillot qui s’étire pour faire trois fois sa taille, sous les yeux de l’arbitre Turpin et de la VAR. Ni l’un ni l’autre n’interviendront. Inique.

Le but d’Embolo

C’est la 49e minute de jeu. Embolo, l’homme du match, vient de perforer la défense plein axe et de buter sur le portier Ward. Corner. Shaqiri le botte (ce sera son seul fait d’armes). Conner Robert s’accroche à Embolo, en vain. Sa tête piquée trompe Ward.

L’égalisation

Passive et poussive depuis qu’elle a ouvert le score, la Suisse recule. Elle subit. Elle laisse Morrell seul à 18 mètres après un corner. Il ajuste la tête de Moore, celui dont il fallait se méfier sur les balles arrêtées. Ni Elvedi ni Schär n’y sont, c’est l’égalisation (74e).

Le but annulé

La Suisse a cru en sa bonne étoile à la 85e. Gavranovic venait d’entrer sur la pelouse pour remplacer un Seferovic fantomatique. Son premier ballon, sur une action d’école passant par Schär et Embolo, finit au fond. Mais pour peu il est hors-jeu.

Dernière chance

C’est la 90e minute de jeu. La Suisse pousse toujours. Corner. C’est Ricardo Rodriguez qui s’y colle. Il trouve la tête d’Embolo. Rebelote, comme à la 49e, pour un doublé? Non. Cette fois, Ward réussit la claquette qu’il faut pour préserver le nul des Gallois.

Il ne reste pas moins la réalité du couac de ces vingt-cinq minutes. Un Shaqiri physiquement si loin d’apporter quelques lumières; un Seferovic qui traîne son spleen et qui est toujours en mal de réussite, même à bout portant; un Freuler qui ne ressemble décidément pas à celui qui porte l’Atalanta; un Rodriguez si généreux en première période, si essoufflé après, parce qu’en manque cruel de rythme.

Le 3-4-1-2 de la Suisse au coup d’envoi avait fière allure et il a assis les volontés helvétiques. Mais il lui manquait des certitudes plus franches. Le 3-1-4-2 qui a suivi, quand Zakaria a remplacé Shaqiri, aurait dû permettre aux deux Nos 8 alors en place, Freuler et Zakaria, de porter plus haut les intentions. C’est dans le recul coupable qui s’imposait tout de même que tout s’est compliqué.

Gavranovic titulaire?

C’est dommage. Il y avait là un Embolo virevoltant, qui passait en puissance plein axe, qui prenait le meilleur de la tête face aux Gallois (comme lors de son but sur un corner). Tout ce que Seferovic ne faisait pas. Quand Gavranovic l’a remplacé, si tardivement (84e seulement), la différence a été flagrante. C’est vrai, la Suisse avait retrouvé un peu ses esprits et pressait de nouveau. Mais en quelques minutes, le buteur du Dinamo Zagreb aura fait tellement plus que celui du Benfica que l’éternelle question se repose: et si Vladimir Petkovic se trompait en titularisant Seferovic et pas Gavranovic?

Le «Mister» a quelques jours pour y penser. Mercredi soir, la Suisse joue le plus gros morceau du groupe, l’Italie, à Rome. On sait que cette équipe est capable de réagir quand elle est dos au mur. Après ce nul frustrant pour lancer son Euro, elle l’est déjà. Xhaka et les siens ont des ambitions? C’est le moment d’en faire la démonstration. Sans s’endormir en cours de route.

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