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WebLa suprématie du dièse

De l'émission «The Voice» à la course à l'Elysée, le dièse est devenu l'arme absolue sur le site Twitter. Portrait du symbole typographique le plus influent de la Toile en 2012.

par
Fred Valet
Dièse (n. m.): Symbole typographique utilisé sur Twitter pour rassembler les sujets de discussion sous un même mot-clé (hashtag en anglais).

Dièse (n. m.): Symbole typographique utilisé sur Twitter pour rassembler les sujets de discussion sous un même mot-clé (hashtag en anglais).

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Taper dièse pour être tendance. Si le croisillon s'est longtemps contenté de jouer les seconds rôles sur les claviers de téléphone, il vit aujourd'hui son heure de gloire. Merci Twitter. Jamais un symbole typographique n'avait excité à ce point internautes, politiciens, personnalités et chaînes de télé. Aujourd'hui, plus moyen de naviguer sur Internet sans trébucher sur ses quatre branches. Techniquement, le dièse colle au train des mots qu'on estime significatifs, rassembleurs, représentatifs, vendeurs. Comme ça: #mot. Et on l'appelle mot-clé ou mot-clic. Hashtag pour les intimes.

Un exemple? «The Voice» sur TF1. Tous les samedis soir, pendant que les candidats s'époumonent sur Johnny Hallyday, les téléspectateurs risquent la tendinite en partageant leurs appréciations sur le réseau social bleu clair: «Machin chante vraiment comme un pied ce soir dans #thevoice.» Le dièse, marié au nom du télé-crochet, permet à l'internaute passif de suivre l'émission en direct, sans allumer sa télé, mais en dégustant tous les commentaires réunis dans une même liste. Magique? Malin, plutôt. Car le succès du symbole dépasse depuis peu la cage de l'oisillon de Twitter. «The Voice», comme d'autres programmes depuis, affiche son hashtag sur l'écran de télé. En 2012, taper dièse plutôt que «1» ou «2» pour soutenir son chouchou.

Surprise, ce succès, ce n'est pas à Twitter qu'on le doit mais à un certain Chris Messina qui a tapé son premier dièse en 2007, soit une année après la naissance du site. Voyant en lui l'outil idéal pour arbitrer les débats, ce designer de Google a, sans le vouloir, créé une arme de communication massive. Pensées comprimées, slogans marketing ou politiques, le dièse a défloré sa réputation en levant le poing pendant la révolution égyptienne. Le hashtag #janv25, qualifié de «prise de la Bastille numérique», a popularisé ce qu'on appelle désormais le cyberactivisme. Taper dièse pour appeler un peuple à se soulever.

Depuis, les personnalités assènent du dièse en rafales pour gonfler leur réputation. Des réputations parfois salies, comme lorsque Mathilde #Seigner s'est fait remarquer lors des derniers César. Tous les coups sont permis. C'est à celui qui créera le hashtag le plus populaire. Dans la course à l'Elysée, aussi, l'enjeu est de taille. Lors de la dernière émission «Paroles de candidat» sur TF1, deux hashtags s'affrontaient sur le ring virtuel alors que le président s'exprimait en direct. L'anti-Sarkozy #sarkopipo et celui de l'UMP #NS2012. Taper dièse pour offrir la victoire au clan Hollande ce soir-là.

Enfin, à voir l'intérêt des concurrents — Google?+?et Instagram l'utilisent aussi aujourd'hui —, le «#» est décidément né sous une (bonne) étoile. Dans son parcours surprenant comme sur la touche «3» du clavier d'ordinateur.

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