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Jeu vidéoLa Switch à tête reposée

Retour après notre découverte de la prochaine console de Mario à Francfort. Ce qui nous a plu et le reste.

par
Jean-Charles Canet
«The Legend of Zelda - Breath on the Wild» sur Nintendo Switch.

«The Legend of Zelda - Breath on the Wild» sur Nintendo Switch.

DR

Le vendredi 13 janvier dernier, Nintendo organisait pas moins de trois grands rendez-vous de présentation de la Switch en Europe, l’un un Paris, l’autre à Londres et le troisième à Francfort où nous avons pu découvrir, observer et toucher la nouvelle console de salon de Mario. Si nous avons retrouvé intact l’habileté de Nintendo de lancer des concepts ludiques qui sortent des sentiers battus, la Switch n’en soulève pas moins un certain nombre de questions quant à sa capacité de trouver sa place entre les PC pour gamers et les consoles de jeux dernière génération (la PS4 et la PS4 Pro, la Xbox One S et le futur project Scorpio).

Sans plus attendre voici, après réflexion et divers essais, ce que nous avons pensé de la Nintendo Switch.

La console

Dans le paquet, vous trouverez dès le 3 mars prochain, la console Switch, un berceau reliés au téléviseur par un câble HDMI destiné à accueillir le bloc console, une manette modulaire composée d’un bloc central sur lequel sont glissés de part et d’autre un Joy-Con, soit les parties de la manettes pourvues d’un stick analogique et de divers boutons, deux dragonnes qui protègent les Joy-Con lorsqu’ils sont désolidarisés. C’est à peu près tout. En sortie de boîte, l’objet peut ainsi être utilisée de trois façons: au salon avec les deux Joy-Con assemblés en joypad, n’importe où avec la console dans les mains et les deux Joy-Con glissés de part et d’autre de l’écran, et encore n’importe où mais avec la console posée sur une table et un Joy-Con en main.

La Switch en mode nomade avec chacun des deux Joy-Con qui forment le gamepad séparés en une manette autonome.

La Switch en mode nomade avec chacun des deux Joy-Con qui forment le gamepad séparés en une manette autonome.

Cette modularité démontre que Nintendo a retenu les leçons du passé puisqu’on retrouve au travers de ces Joy-Con, toutes les manières possibles d’interagir avec un jeu vidéo. Soit par la reconnaissance de mouvement, soit en pressant des boutons. C’est cet aspect en particulier qui nous a fait penser que Nintendo reste une compagnie très maline. Pour le reste, il s’agira d’évaluer sur la durée si les Joy-Con montés en Joypad sont aussi ergonomiques qu’un Joypad standard ou que les Joy-Con utilisés isolément ne sont pas trop petits. Nous partons sans aucun préjugé sur la question mais difficile de se faire une idée sur une seule période d’essai. Au moins sommes-nous convaincus par la qualité de la reconnaissance de mouvements.

L’interface

Les présentations, avec des consoles sous plexiglas et les jeux préchargés, ne nous ont pas laissé voir ni deviner ce que sera l’interface de la Switch. Nintendo ne révélait en outre aucune information pratique sur le nouveau service de jeu en ligne qui va accompagner la nouvelle machine. Tout au plus avons nous appris que ce service serait gratuit à son lancement mais deviendrait payant quelques semaines plus tard, comme pour les services similaires de la PlayStation 4 et de la Xbox One. Nintendo s’étend cependant longuement sur le contrôle parental intégré dans le système. Mario aime les familles, la cause est entendue.

La Switch en mode nomade avec les deux Joy-Con glissé de part et d'autre de l'écran.

La Switch en mode nomade avec les deux Joy-Con glissé de part et d'autre de l'écran.

Les jeux

Lors de la matinées d’essai nous avons testé de nombreux titres qui feront partie de la fournée de lancement du 3 mars. En particulier «The Legend of Zelda - Breath of the Wild», le plus ambitieux. Nous ne pouvons hélas que constater que ce titre, conçu à l’origine pour la Wii U, n’est sans doute pas le meilleur avocat des capacités techniques de la Switch. Avec son aliasing (sorte de scintillements sur l’image) et ses textures assez pauvres, ce Zelda ne rivalise graphiquement pas avec les gros jeux ouverts sur les consoles concurrentes (et on ne parle même pas du PC). On espérait que la version Switch soit bien plus impressionnante que la version Wii U. En fait, elles se ressemblent beaucoup.

Zelda avec le gamepad "Pro" en main.

Zelda avec le gamepad "Pro" en main.

«Super Mario Odyssey», par l’intermédiaire de sa très impressionnante bande-annonce, laisse en revanche espérer que la Switch pourra créer l’illusion qu’elle se chauffe presque du même bois que ses rivales. Mais le jeu sort à la fin de l’année 2017 et aucune séquence jouable n’était proposée le 13 janvier.

Une autre catégorie de jeux présentés l’étaient sous le label «1-2 Switch», un collection de mini jeux spécifiquement conçus pour exploiter les Joy-Con en mode autonome, en particulier leur reconnaissance de mouvement dans l’espace (duel de cow-boys) et la subtilité des vibreurs (pour deviner le nombre de billes dans une boîte). Ces jeux rappellent les très bons moments de la Wii et confirment que le spectre ludique de la Switch est très large.

Un duel entre deux «cow-boys». Les Joy-Con font office de pistolet et l'écran ne sert qu'à afficher le résultat.

Un duel entre deux «cow-boys». Les Joy-Con font office de pistolet et l'écran ne sert qu'à afficher le résultat.

En résumé, nous avons découvert un assortiment de lancement varié et de qualité mais qui, à notre sens, manquait d’une grosse production supplémentaire, Zelda restant très seul en ce jardin.

Puissance

Aucune donnée technique n’a été révélée par Nintendo. Mais au vu des jeux présentés à Francfort, l’hypothèse que la Switch est moins puissante que la Xbox One ou la PlayStation 4 reste très probable. Si cela n’est pas très grave pour les jeux maisons, ce différentiel risque de rendre délicat voir très difficile des adaptations de titres triple A multi plateformes. Le destin de la Switch est loin d’être scellé à ce stade et certains éditeurs tiers ont déjà fait part de leur soutien enthousiaste, mais l’inquiétude reste de mise.

Autonomie

En mode nomade, la Switch fonctionne sur batterie. L’autonomie officielle est de moins de trois heures pour un gros titre gourmand et jusqu’à 6 heures pour un titre moins demandeur. Cette prestation est décevante. Ceci explique certainement pourquoi Nintendo positionne la Switch d’abord au salon et dans nos pognes, ensuite.

Prix

La console Switch sera proposée nue (sans jeux donc) au prix de 299 dollars. En Suisse, les premières précommandes positionne la machine du côté des 349 francs. On a même vu une étiquette à 369 francs. Le phénomène est similaire dans la zone euros. Particulièrement pour une machine qui ne participe pas à la course à la puissance, il est regrettable qu’un prix de 299 francs / euros ne soit pas tenté sur le Vieux Continent. Surtout qu’aucun jeu n’est compris, pas même «1-2 Switch» qui apparaissait le complément idéal. En l’état, il nous semble à côté de la plaque car largement supérieur aux prix d’une PS4 et d’une Xbox One S.

Une partie multijoueur avec «Mario Kart 8 Deluxe». Les consoles sont en réseau via Wi-Fi.

Une partie multijoueur avec «Mario Kart 8 Deluxe». Les consoles sont en réseau via Wi-Fi.

Mémoire

Les jeux sont stockés sur cartouche (nostalgie). Le système propose en outre une mémoire de 32 Go. Comparé aux disques dur de minimum 500 Go de la PS4 et de la Xbox, cette mémoire est ridicule et ne manquera pas d’handicaper ceux ou celles qui voudront télécharger des jeux sur le magasin dématérialisé de Mario. Nintendo tente de limiter les dégâts en évoquant l’existence d’un lecteur de carte micro SDXC compatible avec des cartes mémoire allant jusqu’à 2 To, cartes qui n’existent pas encore sur le marché et dont le prix ne pourra être que stratosphérique (vous pouvez compter à cette heure sur des cartes de 256 Go entre 150 et 200 francs). Un autre aspect qui nous fait penser qu’un prix supérieur à 340 francs pour la Switch est une erreur de positionnement.

Conclusion

Au final, cette première rencontre avec le nouveau bébé de Nintendo nous laisse une impression mitigée. L’ingéniosité de Mario nous paraît intacte, ainsi que sa capacité à surprendre et à séduire les familles et, cette fois, sans oublier les gamers. Mais son prix, ses manques en mémoire interne et les craintes, non dissipées, que la Switch ne sera pas assez puissante pour faire tourner correctement tous les prochains gros jeux des éditeurs tiers sont à mettre à son passif.

Il reste quelques semaines à Nintendo pour relativiser ces doutes.

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