Myanmar: La tension monte en Birmanie: huit manifestants tués

Publié

MyanmarLa tension monte en Birmanie: huit manifestants tués

De nouveaux rassemblements de protestation contre le putsch militaire ont été violemment dispersés ce dimanche par les forces de sécurité birmanes.

Des manifestants construisaient ce dimanche des barricades à Rangoun pour faire face aux forces de sécurité.

Des manifestants construisaient ce dimanche des barricades à Rangoun pour faire face aux forces de sécurité.

AFP

Au moins huit manifestants ont été tués ce dimanche en Birmanie par les forces de sécurité venues disperser violemment des rassemblements pro-démocratie, la répression la plus meurtrière depuis le coup d’État, a-t-on appris auprès des secouristes et d’un ancien député.

Un manifestant de 23 ans a été tué à Rangoun, d’après Nyi Nyi, ex-député du parti d’Aung San Suu Kyi. «Sa femme est enceinte de trois mois. Elle a le coeur brisé», a déclaré Win Ko, un travailleur social venu rendre visite à la veuve.

À Dawei (sud), trois personnes ont péri et une vingtaine d’autres ont été blessées, selon un secouriste et des médias locaux. Les trois victimes ont été «touchées par des tirs à balles réelles», a relevé le secouriste Pyae Zaw Hein, craignant un bilan plus lourd car «les blessés continuent d’arriver».

Deux garçons de 18 ans ont été tués à Bago, près de Rangoun, d’après d’autres secouristes. Enfin, à Mandalay (centre), deux hommes ont été tués par balles, a déclaré un docteur à l’AFP.

Vague de désobéissance civile

Le pays est secoué par une vague de manifestations pro-démocratie et une campagne de désobéissance civile depuis le putsch qui a renversé la dirigeante civile Aung San Suu Kyi le 1er février. Les autorités ont graduellement intensifié l’usage de la force pour les disperser, avec des gaz lacrymogènes, canons à eau, balles en caoutchouc et parfois des balles réelles.

Dimanche matin, les forces de sécurité étaient mobilisées en nombre pour disperser très vite les foules qui se rassemblaient en réponse à un appel à de nouvelles manifestations. Trois personnes ont péri et une vingtaine d’autres ont été blessées quand les autorités sont intervenues contre un rassemblement dans la ville côtière de Dawei, dans le sud du pays, selon un travailleur de santé et des médias locaux.

Pyae Zaw Hein, volontaire auprès des secouristes, a expliqué que les trois avaient été «touchés par des tirs à balles réelles», alors que les blessés avaient été atteints par des tirs de balles en caoutchouc. «Il pourrait y avoir beaucoup plus de victimes car nous continuons de recevoir des blessés», a-t-il ajouté.

«Il n’y a pas eu un mot d’avertissement. Certains ont été blessés et certains sont toujours en train de se cacher dans les maisons du quartier.» Des retransmissions en direct sur les réseaux sociaux montraient les forces de sécurité utilisant des gaz lacrymogènes contre la foule à Rangoun ainsi que des canons à eau dans la ville de Mandalay, plus au nord.

Samedi déjà, les rassemblements globalement pacifiques avaient été accueillis de façon très ferme par les autorités. Au moins trois journalistes ont été arrêtés, dont un photographe de l’agence américaine Associated Press, ainsi qu’un vidéaste et un photographe de deux agences birmanes, respectivement Myanmar Now et Myanmar Pressphoto.

Audience lundi

Plus de 850 personnes ont été arrêtées, inculpées ou condamnées pour leur implication dans les manifestations, selon une ONG d’aide aux prisonniers politiques (AAPP). Cette répression a été condamnée par de nombreuses capitales étrangères. Les États-Unis et l’Union européenne notamment ont dénoncé la violence utilisée par les forces de sécurité et demandé à la junte de se retirer.

Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix 1991, n’a pas été vue en public depuis son arrestation. Assignée à résidence dans la capitale Naypyidaw, elle a été inculpée pour l’importation illégale de talkies-walkies puis pour violation des restrictions liées au coronavirus, des chefs d’accusation pour lesquels elle est censée comparaître lundi.

Malgré plusieurs demandes, son avocat Khin Maung Zaw n’a pas été autorisé à voir sa cliente. «En tant qu’avocat, j’ai toute confiance dans le tribunal et dans le principe du procès équitable», a-t-il dit à l’AFP. «Mais en cette période, tout peut arriver.» La junte a démis samedi de ses fonctions son ambassadeur aux Nations Unies, Kyaw Moe Tun, au lendemain de sa rupture spectaculaire avec le pouvoir militaire qui a intensifié la répression des manifestants dans le pays.

«Nous avons besoin de l’action la plus forte de la communauté internationale pour immédiatement mettre fin au coup d’État militaire, mettre fin à l’oppression du peuple innocent et rendre le pouvoir de l’État au peuple», a déclaré Kyaw Moe Tun lors d’une session spéciale de l’Assemblée générale consacrée à la Birmanie.

Le porte-parole de l’ONU Stephane Dujarric a indiqué que l’organisation n’avait pas été formellement informée du renvoi du diplomate.

L’ONU condamne la répression

Les Nations Unies ont condamné fermement la répression meurtrière, par les militaires au pouvoir, des manifestations en Birmanie. «Nous condamnons fermement la répression violente des manifestations en Birmanie, et appelons les militaires à cesser immédiatement d’utiliser la force contre des manifestants pacifiques», a déclaré, dans un communiqué, Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU.

()

Ton opinion