Elections: La tension monte en Colombie à une semaine de la présidentielle
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ÉlectionsLa tension monte en Colombie à une semaine de la présidentielle

Le premier tour de l’élection présidentielle aura lieu dimanche prochain en Colombie, où la gauche pourrait arriver au pouvoir pour la première fois.

Des supporters de Gustavo Petro, dimanche 22 mai 2022, à Bogotá.

Des supporters de Gustavo Petro, dimanche 22 mai 2022, à Bogotá.

AFP

À une semaine du premier tour, les ultimes réunions publiques de la campagne présidentielle se sont tenues dimanche en Colombie dans un climat de grande nervosité et toujours plus polarisé. «Avec les nerfs à vif», résumait un hebdomadaire à propos de ce scrutin, qui s’annonce comme un des «plus imprévisibles de ces dernières décennies en Colombie», selon le média en ligne Cambio.

L’opposant et sénateur de gauche Gustavo Petro, un ex-guérillero et ancien maire de Bogotá converti à la social-démocratie, continue de faire la course en tête dans les sondages (41%), laissant croire pour la première fois à l’arrivée de la gauche au pouvoir, dans un pays historiquement dirigé par les conservateurs. «À ce jour, les sondages laissent cependant à penser qu’un triomphe (de Gustavo Petro) dès le premier tour ne sera pas possible», pronostique le quotidien «El Tiempo».

«Si rien d’extraordinaire n’arrive d’ici au 29 mai», il devrait donc affronter lors du 2e tour prévu le 19 juin le candidat de droite Federico Gutierrez,  ancien maire de Medellín, qui tourne autour de 27% des intentions de vote mais est désormais sérieusement talonné par un candidat indépendant, l’outsider Rodolfo Hernández, qui se voit déjà au second tour. La candidate franco-colombienne Ingrid Betancourt s’est ralliée, vendredi, à ce dernier.

Promesse de «changement»

À la tête de la coalition du Pacte historique, Gustavo Petro clôture sa campagne de terrain, commencée très tôt et menée partout dans le pays, par un grand meeting dans le centre de Bogotá.

Ce sera là son «100e discours électoral», l’occasion de relayer, au côté de sa charismatique colistière afro-colombienne à la vice-présidence Francia Márquez, sa promesse de «changement» et d’un gouvernement «pour tous les Colombiens» qui veut «mettre fin à la haine politique au sein de la société», selon l’équipe du candidat.

Federico Gutierrez, dit «Fico» pour ses partisans, tiendra meeting le même jour sur ses terres de Medellín. Après avoir longtemps appelé à faire barrage «aux communistes» qui veulent «exproprier» et «en finir avec les institutions», le leader de la coalition Équipe pour la Colombie appelle désormais ses concitoyens à «s’unir», promettant de «travailler pour toutes les familles colombiennes» et de lutter contre «l’insécurité».

«Semaine d’enfer»

«Une semaine d’enfer s’annonce, où les candidats vont brûler leurs dernières cartouches», alors que «la nervosité dans la campagne est généralisée», résumait la presse dimanche. Cette campagne aura été marquée notamment par des menaces contre Gustavo Petro, qui ne s’exprime plus en public que derrière une haie de boucliers blindés, mais également contre «Fico».

Menaces qui ont ravivé le spectre d’un assassinat, dans un pays encore marqué par des décennies de violences politiques durant lesquelles cinq candidats à la présidence ont été assassinés au XXe siècle. Samedi soir, un laser a visé Francia Márquez alors qu’elle tenait meeting à Bogotá, forçant ses gardes du corps à mettre fin à son discours. La police a ouvert une enquête sur l’incident.

Une autre polémique alimente depuis quelques jours la fébrilité ambiante, avec les doutes autour de la fiabilité du processus électoral. Après diverses déclarations sur le logiciel qui sera utilisé pour le décompte du scrutin et des incohérences dans le précomptage lors des législatives de mars dernier (remportées par la gauche), les rumeurs vont bon train sur une possible suspension ou démission du patron du Registre civil national, chargé de l’organisation des élections, voire un report in extremis du scrutin.

«Fiable et transparente»

Samedi soir, Gustavo Petro, criant au loup, a lancé une «alerte» et affirmé lors d’un meeting «qu’ils ont l’intention de porter un coup aux élections (…), ils prévoient de suspendre les élections, ils prévoient de suspendre les organes qui gèrent le système électoral en Colombie». Et d’appeler deux autres candidats à se réunir en urgence dès lundi sur ce sujet, dont l’un au moins, Rodolfo Hernández, a déjà sèchement rejeté cet appel.

«Les allégations de report ou de suspension des élections sont absolument fausses», a rétorqué sur Twitter le ministre de l’Intérieur Daniel Palacios, demandant aux candidats de ne pas faire de «désinformation». Le patron du Registre national, Alexander Vega, a affirmé dimanche être en mesure de garantir une élection présidentielle «fiable et transparente». Il a dénoncé «les attaques contre (son) institution afin d’accréditer un narratif sur la fraude qui est absolument faux et injustifié». Mais «la méfiance à l’égard du processus électoral a été semée», juge la revue «Cambio».

«Cette histoire est dans l’air depuis quelques jours. Il est possible que Petro cherche à prévenir le coup en le rendant public», commente une source diplomatique. «Un report des élections est presque inconcevable dans un pays aussi légaliste et attaché à la démocratie que la Colombie. La machine électorale est fiable et elle est prête pour dimanche prochain. Mais cela fait beaucoup de tensions tout de même…»

(AFP)

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