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EnquêteLa traque de la fortune des Ianoukovitch passe par la Suisse

La passion de l’ancien président ukrainien pour l’horlogerie helvétique et les yachts pourrait conduire les enquêteurs vers sa fortune cachée à l’étranger. La justice genevoise veut examiner un versement chez Credit Suisse.

par
Dimitri Procofieff
Catherine Boss et Titus Plattner
Des achats en Suisse mèneraient à la fortune du président déchu.

Des achats en Suisse mèneraient à la fortune du président déchu.

Gleb Garanich /Reuters

Au cinquième étage de la résidence que le président ukrainien déchu Viktor Ianoukovitch a abandonnée dans la nuit du 21 au 22 janvier, une porte dérobée semble avoir échappé aux visiteurs et aux pillards. Tout au fond du grenier, il y a une curieuse étagère, longue de 4 ou 5 mètres. Sur ses rayons, on découvre plus d’une cinquantaine de boîtes de toutes tailles de marques de luxe, dont de nombreuses maisons suisses: Cartier, Rolex, Franck Muller… vides. Ces montres et ces bijoux évaporés témoignent de la frénésie d’achats du président.

Ce sont toutes des acquisitions récentes. Parmi elles, une Vacheron Constantin pour homme des plus tapageuses, sertie de 1207 diamants, bracelet compris. Son prix atteindrait les 130 000 francs. Dans un autre écrin, une garantie délivrée le 31 janvier 2013 pour la Rolex Oyster Perpetual pointe vers une horlogerie de Gstaad: «Deux Ukrainiens sont venus acheter cette montre à 44 000 francs en quelques minutes», se souvient aujourd’hui le directeur du magasin. La case réservée au nom de l’acheteur est restée vide. Mais ils ont payé avec une carte de crédit et la banque a accepté.

Le président déchu adorait les montres suisses. Et la carte de crédit utilisée à Gstaad ainsi que d’autres achats plus importants encore intéressent désormais les enquêteurs: ces transactions pourraient les conduire vers une partie de la fortune de Viktor Ianoukovitch cachée à l’étranger.

Un autre document, portant sur l’achat d’un yacht, est plus prometteur encore. Il a miraculeusement échappé à la broyeuse. Il s’agit d'un acte de vente d’un yacht Princess P72 pour 2 050 000 euros. Daté du 13 janvier 2013, le contrat indique que 20% du prix d’achat doivent être versés sur un compte chez Credit Suisse à Zurich, au moins trois jours avant la livraison, prévue le 18 mars. Ce compte appartient au vendeur, la société-écran Mriya Marine Ltd, fondée il y a huit ans sur l’atoll de Majuro aux îles Marshall. L’acheteur agissant au profit du clan Ianoukovitch, lui, se cache derrière une société basée à Londres nommée Fineberg Limited. Elle-même est détenue par une autre firme offshore, Vewir SA, apparemment basée à Vanuatu… autre paradis fiscal du Pacifique.

Les enquêteurs suisses espèrent malgré tout remonter par ce biais jusqu’à des avoirs de Viktor Ianoukovitch et de ses proches.

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