Actualisé 13.10.2020 à 18:11

Arménie-AzerbaïdjanLa trêve n’est toujours pas respectée au Nagorny Karabakh

Les forces séparatistes arméniennes du Nagorny Karabakh et l’armée azerbaïdjanaise combattent toujours ce mardi sur plusieurs secteurs du front malgré la trêve humanitaire décrétée samedi à Moscou.

De nombreux bâtiments ont été détruits à Stepanakert, la capitale autoproclamée du Nagorny Karabakh, après des jours de bombardements.

AFP

D’intenses combats opposaient mardi forces séparatistes arméniennes du Nagorny Karabakh et armée azerbaïdjanaise. Les deux camps ignorent toujours une trêve humanitaire, au grand dam du CICR qui estime que des «centaines de milliers» de personnes sont affectées par le conflit.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a appelé les belligérants à «respecter leur engagement d’un cessez-le-feu» et à «cesser de cibler des zones peuplées de civils». Le groupe de Minsk de l’OSCE – médiateur historique du conflit coprésidé par la Russie, la France et les États-Unis – a aussi exhorté Bakou et Erevan, parrain politique et militaire des séparatistes, à respecter l’accord de trêve pour «éviter des conséquences catastrophiques» pour la région.

Comme depuis le début des affrontements le 27 septembre, les belligérants se rejetaient la responsabilité des hostilités qui ont fait plus de 600 morts, dont 73 civils, selon des bilans partiels, l’Azerbaïdjan ne communiquant pas les décès parmi ses troupes. Et pour le quatrième jour consécutif, le cessez-le-feu censé être en vigueur depuis samedi est resté lettre morte.

«Discussions continues»

«Après deux semaines de combats intenses, et s’intensifiant malheureusement (…) nous voyons que des centaines de milliers de personnes sont déjà affectées dans la région», a regretté le directeur Eurasien du CICR, Martin Schuepp.

Selon lui, des «discussions continues» sont néanmoins en cours pour des échanges de corps et de prisonniers, un objectif de la trêve négociée à Moscou.

Impasse

Du côté du front, les séparatistes du Nagorny Karabakh accusent l’armée adverse d’avoir lancé une triple offensive au sud, au nord et au nord-est de la république autoproclamée. Bakou de son côté affirme «respecter le cessez-le-feu», mais accuse l’adversaire arménien de tirer sur les districts azerbaïdjanais de Goranboy, Terter et Agdam.

L’Azerbaïdjan semble avoir conquis quelques territoires, sans avoir gagné un avantage significatif sur les séparatistes qui tiennent les montagnes.

«L’Azerbaïdjan a enregistré certains succès militaires, mais rien de spectaculaire. Bakou est loin d’être prêt à prendre le contrôle du Karabakh», relève Guela Vassadze, expert au Centre géorgien d’analyse stratégique, évoquant une «impasse diplomatique et militaire».

Retranchés dans les caves

Dans le district de Terter (front nord), une équipe de l’AFP a vu au loin les forces azerbaïdjanaises pilonner les montagnes où se trouvent les positions arméniennes tirant sur la zone.

Dans une cave sombre, une vingtaine d’Azerbaïdjanais s’abritent. «On est là depuis seize jours. Tous les jours ils nous bombardent, malgré le cessez-le-feu. Hier et aujourd’hui, c’est sans arrêt», raconte Akiif Aslamiv, 62 ans.

Une scène similaire à celles dont les journalistes de l’AFP ont été témoins les deux semaines précédentes du côté arménien du front, où les civils se terrent aussi dans les abris. Depuis Stepanakert, la capitale de la région séparatiste, on pouvait aussi entendre les tirs d’artillerie provenant du front sud.

Les belligérants s’accusent par ailleurs de viser délibérément des zones civiles peuplées, de perpétrer des crimes de guerre et d’user de bombes à sous-munitions, une arme interdite.

À Gandja, deuxième ville d’Azerbaïdjan où un immeuble a été détruit faisant dix morts dimanche, des habitants déposaient des oeillets rouges et des peluches aux abords des ruines.

Internationalisation du conflit

Outre une potentielle crise humanitaire, la crainte de la communauté internationale est de voir ce conflit s’internationaliser, Ankara encourageant Bakou à l’offensive et Moscou étant lié par un traité militaire à Erevan.

La Turquie est en outre accusée d’avoir envoyé des combattants pro-turcs de Syrie se battre aux côtés des Azerbaïdjanais, ce que Bakou dément. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), 119 d’entre eux ont déjà été tués depuis le début des combats.

Enfin, l’évolution dans la région de l’épidémie de nouveau coronavirus inquiète l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a constaté des cas en forte augmentation.

(ATS/NXP)

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