Jura - «La Tuile» acquittée: une première en un demi-siècle!
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Jura«La Tuile» acquittée: une première en un demi-siècle!

Régulièrement accusé de diffamation, de calomnie ou d’injure, le pamphlétaire Pierre-André Marchand a été acquitté pour la première fois.

par
Vincent Donzé
Pierre-André Marchand édite «La Tuile» depuis 50 ans.

Pierre-André Marchand édite «La Tuile» depuis 50 ans.

Lematin.ch/Vincent Donzé


C’est une première en 50 ans: rédacteur et éditeur du journal «La Tuile», Pierre-André Marchand a été acquitté en première instance. Un juge jurassien a reconnu au mensuel son caractère satirique: «Il faut accepter dans certains articles la vivacité du ton, y compris parfois l’absence de tact», a estimé David Cuenat, juge pénal du Tribunal de première instance.

La plainte émanait du supérieur hiérarchique d’un employé CFF qui avait contacté le pamphlétaire en le priant de ne pas utiliser de nom d’oiseau. Le plaignant s’était retrouvé placé dans la catégorie des «zézets», traité de «flic surexcité», de «méchant virus». Dans «Le Quotidien Jurassien», le rédacteur de 78 ans a salué un juge «intelligent».

À la peinture

Sa dernière condamnation remonte à la semaine dernière: Pierre-André Marchand a perdu un recours déposé au Tribunal fédéral, notamment au sujet d’une citation reproduite le 29 octobre 2017 dans le journal «Le Matin», la façade de sa ferme et la voiture de sa compagne ayant été vandalisées à la peinture.

«Je pense aux chasseurs mais je ne vise personne», avait déclaré Pierre-André Marchand. Résultat: 3000 francs de frais judiciaires ajoutés à 8500 francs d’amende. «Mes lecteurs me soutiennent. Et j’ai toujours eu la chance de bénéficier d’avocats gratuits», a-t-il indiqué au «QJ».

Pain mensuel

Depuis qu’il édite «La Tuile» à Soulce, les procès en diffamation sont son pain mensuel. L’ardoise judiciaire coûte cher au pamphlétaire. Ainsi, il y a quatre ans, Pierre-André Marchand a été condamné à des amendes, des indemnités et des frais pour un total de 67 000 francs. Une lourde ardoise pour un homme qui édite son journal à 2000 exemplaires, dont un disponible à la Bibliothèque cantonale.

Régulièrement, la justice jurassienne estime que Pierre-André Marchand dépasse «ce qui est socialement acceptable, même pour un journal satirique». Les qualificatifs du pamphlétaire sont jugés «inutilement blessants». Par le passé, la justice lui a conseillé une «plume plus subtile et fine», mais le pamphlétaire assume sa vulgarité, comme «sale gros con».

Dettes judiciaires

«La Tuile se trompe mais ne ment pas», aime répéter l’éditeur qui va parfois en prison pour s’acquitter de ses dettes judiciaires consécutives à de l’injure, de la diffamation ou de la calomnie. «La liberté d’expression n’admet pas le mensonge, mais elle tolère l’erreur», plaide celui qui s’autorise à dénoncer toutes les injustices selon ses propres critères.

Le premier numéro de «La Tuile» a été imprimé en 1971 par ses confrères du journal «Jura Libre». Pierre-André Marchand y fusillait un élu radical de Porrentruy. Il a récolté son premier procès sur fond de scandale immobilier.

La veuve et l’orphelin

«Mon journal se voulait chevaleresque», assure Pierre-André Marchand. L’intention, c’est de «défendre la veuve et l’orphelin». Le premier numéro valait 1 franc et l’abonnement annuel 10 francs. «La Tuile» coûte désormais 8 francs au numéro ou 65 francs pour un abonnement d’un an.

La Tuile fait trembler chaque mois les ministres et autres élus. «On a brisé les carrières de malhonnêtes», admet le rédacteur. Des félicitations lui sont parvenues du «Canard enchaîné». Ses amis sont là, «des pasteurs, des journalistes, des flics», au premier rang desquels le dessinateur Martial Leiter.

Dans le Jura, son fonds de commerce reste l’Église catholique. Pierre-André Marchand n’a pas de relais dans l’officialité: il aime être «haï par l’autorité». «Les procès assurent ma publicité», confie-t-il.

La voiture de sa compagne a été maculée de peinture en 2017.

La voiture de sa compagne a été maculée de peinture en 2017.

DR

Ceux qui attaquent «La Tuile» ont rarement le dernier mot. Les réclamations sont généralement suivies d’une nouvelle publication, elle-même suivie d’une nouvelle plainte… «Ils ne me fermeront pas la gueule avant les yeux», conclut le pamphlétaire qui ne fait pas rire tout le monde dans le Jura.

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