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tismeLa Verticale: à l'assaut de la Tour Eiffel (PAPIER GENERAL)

Par Maxime MAMET Paris, 20 mars 2015 (AFP) - Il a fallu deux ans, deux mois et cinq jours pour construire la Tour Eiffel, il fallu seulement 7 min 50 sec au vainqueur de la Verticale, un concurrent polonais, pour grimper les 1665 marches du monument le plus connu de Paris.

Au programme de la première édition: 324 mètres de souffrance du pilier sud jusqu'à l'arrivée, jugée au troisième étage de la Dame de fer. Gustave Eiffel n'avait certainement pas prévu qu'en 2015, 57 forçats des escaliers issus de seize pays différents, de la Nouvelle-Zélande aux Etats-Unis, en passant l'Allemagne et le Brésil, se jetteraient à l'assaut de sa tour. Pour souffrir, à la différence des près de 7 millions de visiteurs annuels. Parce qu'il y a plus que les marches: il faut combattre le vent, le froid, la nuit, l'étroitesse du mikado en acier... et le vertige, car à partir du deuxième étage, les marches sont ajourées. Bref, il faut "tout donner et le reste" comme le souligne avec malice l'organisateur de la course, Jean-Charles Perrin. Il faut vaincre aussi la pollution qui embrume depuis mercredi le ciel parisien. Mais, venir dans la capitale, même pour souffrir, est une réelle motivation pour le Haut-Savoyard Adrien Perret, âgé de 24 ans. "C'est un grand monument français, ce sera un bel honneur de monter au dernier étage", sourit cet amateur de course de montagne avant son ascension. "Avec l'Empire State Building, c'est la tour la plus iconique. Tout le monde connaît la Tour Eiffel. Ca c'est une motivation", renchérit le plus vieux compétiteur, Napoléon Woo, 58 ans, restaurateur à Québec. La Dame de fer, debout depuis 1889, a beau être remarquable, pendant la course, "pas le temps d'admirer" ou de laisser son regard divaguer sur le Paris by Night, insiste Adrien Perret. Parce que l'effort est "violent", raconte Guy Amalfitano, 51 ans. L'aventurier unijambiste court avec des béquilles. "La course se complique dès le premier étage", ironise un autre participant, l'amateur parisien Franck Ferrari, qui a tout de même pu jeter un oeil sur le Panthéon. "On verra le paysage une fois en haut, pendant la montée je vais penser à ma souffrance", renchérit Cédric Fleureton, l'un des coureurs élite, 41 ans. L'ancien vice-champion d'Europe de triathlon n'a vu "que du métal" en 8 min 25 sec. Mais, "on aime un peu ça", plaisante-t-il. On peut en douter à voir les premiers athlètes arriver. Certains ont les mains sur les genoux. D'autres marchent, épuisés, littéralement à bout de souffle. Pas Piotr Lobodzinski, vainqueur en 7 min 50 sec, toujours fringant à l'arrivée. Le Polonais admet tout de même avoir été perturbé par "le vent tournant" dans les étages supérieurs... "J'ai passé un mauvais quart d'heure", explique en revanche Guy Amalfitano."C'est vraiment hors normes, il y a des cassures, c'est étroit. J'ai fait seize minutes et des poussières, mais l'essentiel c'est d'être au bout." Les premières participantes terminent prostrées, à peine capable de se réhydrater. C'est le cas de Madeleine Fontillas-Ronk, 46 ans. Cette mère de quatre enfant originaire de Los Angeles, a vaincu un cancer du sein diagnostiqué en octobre 2013. Elle évoque sa course avec émotion, les larmes dans les yeux. "J'ai couru aujourd'hui pour toutes les femmes qui ne peuvent pas courir." "Le froid, le vent, l'obscurité, les rambardes qui vous coupent jusqu'à l'os, mais vous pensez au sommet où il fait chaud", explique la Californienne. "On n'a plus de souffle, mais vous regardez autour de vous, il y a la Ville Lumière, et vous pensez à ce par quoi vous êtes passée (...) et vous continuez", sourit-elle. "C'est pire qu'un sprint, pire qu'un marathon, et même pire que de donner naissance", raconte cette habituée des courses comme le Run Up organisé dans l'Empire State Building. "Vous sentez vos poumons, votre gorge, votre cerveau vous dit d'arrêter... C'est entre moi et la tour. Mais, je reste debout, car elle est toujours debout." Ca M. Eiffel l'avait prévu. mam/fbx

(AFP)

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