Rarissime: La vie n'est pas simple quand on s'appelle «O»
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RarissimeLa vie n'est pas simple quand on s'appelle «O»

Comme le nouveau ministre, quelques dizaines de Français ont un nom de famille d’une seule lettre. En Suisse? Les données manquent.

par
Renaud Michiels
Cédric O doit son nom de famille à son père, d'origine coréenne.

Cédric O doit son nom de famille à son père, d'origine coréenne.

Keystone

Cédric O. Constitué d’une seule lettre, le nom de famille du tout nouveau secrétaire d’État français au Numérique a de quoi surprendre. Il lui vient de son père, Coréen d’origine. Une rareté? Oui, mais ce n’est pas unique non plus. En France, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) propose un fichier patronymique qui recense «les noms attribués au moins 30 fois de 1891 à 2000». On y trouve 147 madame ou monsieur O, 101 X et 57 B.

Selon le site Geopatronyme, il existe aussi en France une poignée de L, M et Y. Et de rarissimes A ou C. Certains de ces micropatronymes auraient été à l’origine attribués à des bébés abandonnés.

Prénom du président? «S»

En Suisse? On ne trouve pas de traces de noms de famille constitués d’une seule lettre dans le «Répertoire des noms de famille suisses». Ni dans le bottin électronique search.ch. Quant à l’Office fédéral de la statistique, il nous indique n’avoir pas de données sur le sujet. Reste qu’il n’y a aucune raison qui empêcherait une Madame O ou un Monsieur B de venir un jour s’établir dans le pays.

Pour les prénoms, c’est une autre affaire. En France, le célèbre designer Philippe Stark a prénommé une de ses filles K. George W. Bush, son père George H. W. Bush, Lyndon B. Johnson: à l’image de ces présidents, l’usage d’une initiale est fréquente aux États-Unis. Et parfois ce n’en est pas une. L’exemple le plus connu concerne un autre président, Harry S. Truman. Il faudrait écrire «S» et non «S.» car il ne renvoie à rien. Incapables de trancher entre Solomon et Ship, ses parents s’étaient contentés du S… Plus fort encore, le célèbre chanteur Johnny Cash était né J R Cash. Deux lettres qui, là aussi, ne renvoyaient à aucun prénom. Il a dû inventer John et Ray pour entrer dans l’armée.

«J» interdit en Suisse

Mais pas de ça ici. En Suisse, les officiers de l’état civil n’ont qu’une obligation, qui laisse une grande place à l’interprétation: refuser «les prénoms manifestement préjudiciables aux intérêts de l’enfant». C’est arrivé il y a deux ans à Zurich pour J. Le cas s’est retrouvé devant la justice et les juges ont entériné l’interdiction, même si c’était pour un quatrième prénom. Ils avaient estimé que ce J revenait à attribuer un matricule au bébé.

Quoi qu’il en soit, posséder un nom ou prénom d’une seule lettre a l’avantage de marquer les esprits. Mais engendre aussi son lot de galères. Des galères administratives ou bancaires qui, en 1991, étaient venues à bout de la patience de l’Américain Stephen O, lui aussi d’origine coréenne. Face à la montagne de tracas il avait fini par changer son patronyme en Oh.

Gros souci numériques

Aujourd’hui, les soucis sont plutôt numériques. Le nouveau secrétaire d’État Cédric O, note BFMTV, ne peut par exemple pas se réserver un vol à bord d’Air France en ligne: il faut deux caractères pour s’inscrire. Idem pour la SNCF. Lui vient d’être nommé. Mais pour d’autres madame ou monsieur M, X ou O français, impossible aussi… de s’inscrire à Pôle emploi!

Chacun ses problèmes. En 2013 une Hawaïenne défrayait la chronique par son combat pour que son nom complet puisse être inscrit sur ses pièces d’identité. Elle se nommait Janice Keihanaikukauakahihuliheekahaunaele.

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