Boxe - La Ville de Genève lui demande 3500 francs pour installer un ring
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BoxeLa Ville de Genève lui demande 3500 francs pour installer un ring

Pour Patrick Kinigamazi, qui a mis sur pied un meeting au Palladium le 24 juin, c’est moins compliqué de combattre que d’organiser un meeting.

par
Christian Maillard
Patrick Kinigamazi a du travail plein les bras.

Patrick Kinigamazi a du travail plein les bras.

©Tribune de Genève/Pierre Albouy

Champion romand, champion de Suisse, champion d’Afrique, champion du monde: durant sa carrière, il a enchaîné les bons coups, victoires et les consécrations. Comme sur un ring, Patrick Kinigamazi est toujours aussi convaincant. Quand il parle de sa passion, qu’il avance ses arguments, il ne mâche pas forcément ses mots. Il n’a pas besoin de mettre des gants pour frapper juste et atteindre sa cible.

Devenu organisateur de combats, il y a cinq ans, le Carougeois de 38 ans se bat désormais pour permettre à des jeunes boxeurs prometteurs de se révéler. Après avoir jeté l’éponge, le 27 novembre dernier, dans la banlieue de Rome, sur un crochet du droit fulgurant de l’Italien Magnesi, le jeune retraité, ex-champion du monde, découvre aujourd’hui les difficultés de ficeler un événement comme ce meeting qui aura lieu le 24 juin au Palladium de Genève.

Patrick, est-ce plus facile de monter sur un ring que d’organiser un meeting?

Vous savez, cela fait cinq ans que j’organise des combats, dont mes championnats du monde, mais là c’est encore plus compliqué. Le plus difficile, ce sont, par exemple, les demandes de la Ville de Genève.

Les demandes de la Ville sont-elles liées aux mesures sanitaires?

Oui, mais pas seulement. Vous n’allez pas me croire…

Qu’est-ce qui est incroyable?

Comme je ne combats plus, la Ville de Genève me demande 3500 francs de location pour un ring qui n’a pas été changé depuis 20 ans et qui n’est pas homologué.

3500 francs pour un seul soir?

Oui, du coup, j’ai opté pour celui d’un privé à Thoune, qui est aux normes et que je peux avoir pour 1500 francs. Comme vous pouvez le constater, on ne facilite pas les choses alors que les sponsors ont arrêté en même temps que moi.

‹‹Il est vrai que si j’avais eu le budget d’avant, je n’aurais pas commandé un ring à Thoune››

Patrick Kinigamazi, ancien champion de boxe

Et sans gros sponsors, c’est plus compliqué, évidemment…

Il est vrai que si j’avais eu le budget d’avant, je n’aurais pas commandé un ring à Thoune. Maintenant avec 50% en moins, j’ai essayé de serrer partout pour nouer les deux bouts. 300 francs par-ci, 300 francs par-là, on a économisé un peu partout pour pouvoir organiser cette réunion. On a même trouvé des gens sympas qui nous ont offert les affiches pour annoncer la manifestation. Je pense que ça va aller. Vous savez, je suis quelqu’un d’optimiste.

Vous n’avez pas pu trouver un arrangement avec les autorités?

Je m’attendais quand même à ce quils soient plus compréhensibles avec cette période de Covid, mais bon, comme j’ai mille choses à faire, je n’ai pas insisté. Je suis surtout content d’aller de l’avant et de pouvoir offrir aux boxeurs de Carouge la possibilité de boxer, eux qui sont à l’arrêt depuis pratiquement deux ans. C’est long pour un sportif de haut niveau. Dans d’autres pays, ils ont pu combattre à huis clos et bénéficier du soutien de leur gouvernement, mais pas en Suisse.

Avez-vous rencontré d’autres soucis?

Comme les adversaires de nos boxeurs viennent pour la plupart de l’étranger, il y a forcément des problèmes avec certains pays liés au Covid. Il faut effectuer des tests, faire ci, faire ça. Chaque pays a sa manière de faire et on est obligés de s’adapter à leurs directives. Mais aussi à celles de la Suisse, du canton et de Swiss Boxing qui a aussi ses contraintes. Ce n’est vraiment pas simple de mettre au point un meeting. Mais je commence à voir le bout…

Combien de spectateurs pourront-ils assister à votre meeting?

On a le droit à 100 personnes. Maintenant, avec les sponsors, des gens de la fédération, des journalistes, le staff, la sécurité, l’entourage des boxeurs où pour six combats, il faut compter 60 personnes, on devait être un peu plus…

Sachant que vous aurez très peu d’entrées, avez-vous demandé le soutien de l’Aide sportive suisse?

Si j’avais une association, j’y aurais droit, mais vu que ma société est privée, ce n’est pas possible. Pourtant, depuis 2019, ce n’est pas comme si ma société avait gagné de l’argent. Je suis considéré comme un gros promoteur en Suisse et comme mes entrées sont payantes, on ne peut pas m’aider. Mais cet argent ne me permet pas de m’enrichir, bien au contraire, c’est juste pour payer les boxeurs, leur voyage, les hôtels, le ring et les tests Covid. Je ferais mieux de faire entrée libre pour bénéficier des aides…

‹‹Dans d’autres pays, ce sont les télévisions qui paient pour ton meeting, ici c’est le contraire››

Patrick Kinigamazi, organisateur de meeting

Une télévision locale sera aussi présente sur YouTube et les réseaux sociaux, c’est un bon apport pour vous?

Jusqu’à maintenant, je travaillais avec Léman Bleu, mais là aussi cela nous aurait coûté trop cher, si on avait continué avec cette chaîne. Dans d’autres pays, ce sont les télévisions qui paient pour ton meeting, ici c’est le contraire. Comme j’ai dû serrer partout, on a mis au point une co-promotion avec une petite télé de Versoix très motivée pour collaborer avec nous.

Au niveau sportif, vous avez de bons boxeurs qui seront à l’affiche, dont les deux grands espoirs Anaïs Kistler et Bryan Fanga

Je ne m’occupe plus des entraînements, ce n’est pas mon rôle, mais je les vois à lœuvre à la salle et ils travaillent durement pour y arriver. Anaïs cogne fort, elle en veut, c’est une athlète prometteuse. Alors oui, même si on ne me facilite pas les choses, même si cest compliqué, même si je risque de perdre de l’argent, si je le fais, c’est pour eux, pour que les boxeurs puissent boxer. Je me dis que grâce à Anaïs et Bryan cela en vaut la peine. À mon époque aussi, mes anciens entraîneurs, Philippe Brélaz et Georgio Constantino ont mis de l’argent de leur poche pour que je puisse boxer. Je me dis que s’ils ont pu le faire, je dois aussi aider ces jeunes car il y a de très bons éléments en Suisse romande.

Bryan Fanga est l’un des grands espoirs de Patrick Kinigamazi.

Bryan Fanga est l’un des grands espoirs de Patrick Kinigamazi.

Tribune de Genève/Pierre Albouy

‹‹J’aimerais que d’ici huit ans on envoie un boxeur suisse aux Jeux olympiques. Ce n’est jamais arrivé, ce n’est pas normal››

Patrick Kinigamazi, ancien champion de boxe

Votre société s’appelle Next step, cest quoi votre prochaine étape?

Que les gens comprennent qu’on n’est pas forcément meilleurs ailleurs. J’aimerais que d’ici huit ans on envoie un boxeur suisse aux Jeux olympiques. Ce n’est jamais arrivé, ce n’est pas normal. Mais je suis confiant. Il y a d’autres promoteurs en Suisse et nous sommes trois, à Lausanne, à Berne et à Genève, à vouloir, dès l’an prochain, travailler ensemble. En organisant chacun deux meetings on pourrait faire boxer nos boxeurs tous les deux mois. Je pense qu’il y a de belles choses qui se préparent à moins qu’un truc pire que le Covid n’arrive, mais j’ai envie de rester optimiste. Les jeunes sont hypermotivés.

C’est la première fois que vous organisez un meeting sans que vous ne montiez sur le ring: qu’est-ce qui change?

J’espère que je ne vais pas trop boire de bières avant que le meeting ne commence. C’est la première fois que je vais pouvoir trinquer avec les entraîneurs et des sponsors le jour de la pesée par exemple. Mais aussi lors du meeting où je vais devoir gérer pour tenir debout jusqu’à 5 heures du matin. C’est nouveau pour moi et j’ai hâte de voir comment cela va se passer. Ce n’est plus moi qui vais monter sur le ring, place aux jeunes. Bryan Fonga est meilleur que moi à mes débuts. Cela fait 6 à 7 mois que Georgio le prépare, il est en forme et prêt pour son premier gros combat. Avec lui et Anaïs Kistler, on va bientôt pouvoir reparler de championnat d’Europe dans moins de deux ans

Le programme

Meeting de boxe. Jeudi 24 juin. Palladium de Genève, 3/bis rue du Stand. Début des combats à 19 heures.

Professionnels pressentis:4x2 poids légers: Anaïs Kistler (CP Carouge) contre une adversaire à confirmer.6x3, poids légers: Bryan Venant Fanga (CP Carouge) contre un adversaire à confirmer.6x3 poids welters: Liridon Koxka (Fight District Lausanne) contre un adversaire à confirmer.6x3 super-moyens: Khalid Graidia (CP Carouge) contre un adversaire à confirmer.6x3 welters: Cédric Kassongo (CP Carouge) contre un adversaire à confirmer.6x3 lourds: Stefan Rumpold (BC Brugg) contre un adversaire à confirmer.

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