La voix de maman atténue la douleur chez les prématurés
Publié

MédecineLa voix de maman atténue la douleur chez les prématurés

Une équipe de l’Université de Genève a constaté que lorsque les bébés nés trop tôt doivent subir des interventions médicales, entendre leur mère les aide beaucoup.

par
Michel Pralong/comm/
Parler à son enfant est plus apaisant que lui chanter une chanson, constate l’étude.

Parler à son enfant est plus apaisant que lui chanter une chanson, constate l’étude.

UNIGE-Craig Cutler

Tout bébé qui naît avant 37 semaines de gestation est séparé de ses parents et placé en couveuse, souvent aux soins intensifs. Il doit subir des interventions médicales quotidiennes, intubation, prises de sang, sondes alimentaires, nécessaires pour le maintenir en vie. C’est souvent douloureux et la répétition de la douleur peut avoir un impact négatif sur le développement de l’enfant. Il n’est pas toujours possible de soulager le prématuré par des analgésiques pharmaceutiques, car les effets secondaires à court et long termes sur son développement neurologique peuvent être importants. D’autres moyens existent, comme l’enveloppement, les solutions sucrées ou lui faire sucer une tétine.

Depuis plusieurs années, des études ont également montré que la présence du père ou de la mère avait un vrai pouvoir apaisant sur l’enfant, notamment grâce aux modulations émotionnelles de la voix. Des chercheurs de l’Université de Genève ont voulu vérifier si cela se confirmait avec un bébé prématuré lors de traitements douloureux. L’équipe de Didier Grandjean, professeur à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (FPSE) et au Centre interfacultaire en sciences affectives (CISA), s’est donc intéressée au contact vocal précoce entre la mère et le bébé prématuré. Quel est l’impact de la voix maternelle sur la gestion de la douleur lors des soins quotidiens? Quels sont les mécanismes psychologiques et cérébraux qui seraient impliqués dans ce réconfort?

Parler ou chanter lors d’une piqûre

Pour leurs recherches, les scientifiques ont suivi 20 bébés prématurés de l’Hôpital Parini en Italie et ont demandé à la mère d’être présente lors de la prise de sang quotidienne. Celle-ci se fait via l’extraction de quelques gouttes de sang sur le talon. «Nous avons axé cette étude sur la voix maternelle, car lors des premiers jours de vie, il est plus difficile pour le père d’être présent, en raison des conditions de travail qui n’accordent pas toujours des jours de congé», précise Manuela Filippa, chercheuse dans le groupe de Didier Grandjean et première auteure de l’étude.

L’étude s’est faite en trois phases réparties sur trois jours: une première piqûre était prise sans la présence de la mère, une seconde avec la mère qui parlait au bébé et une troisième avec la mère qui chantait. L’ordre de ces conditions changeait aléatoirement. «Pour l’étude, la mère commençait à parler ou chanter cinq minutes avant la piqûre, pendant cette dernière et après l’intervention, précise la chercheuse genevoise. Nous avons également mesuré l’intensité de la voix, afin que celle-ci couvre les bruits environnants, les soins intensifs étant souvent bruyants.»

Observer les réactions du visage

Pour savoir si la douleur du bébé diminuait, les chercheurs se sont fondés sur une échelle appelée PIPP (Preterm Infant Pain Profile, profil de la douleur chez l’enfant prématuré). Celle-ci établit une grille de codage entre 0 et 21 des expressions du visage et des paramètres physiologiques (battement du cœur, oxygénation) attestant un ressenti douloureux du bébé.

«Afin de coder les comportements des prématurés, nous avons filmé chaque prise de sang et fait juger «en aveugle», par des personnes formées, les vidéos sans le son, afin de ne pas savoir si la mère était présente ou non», relève Didier Grandjean. Les résultats, publiés ce 27 août dans la revue «Scientific Reports» sont significatifs: le PIPP se situe à 4,5 lorsque la mère est absente et chute à 3 lorsque la mère parle à son bébé. Lorsque la mère chante, le PIPP est à 3,8. «Cette différence nous a surpris, car nous pensions que la chanson pouvait avoir un effet encore plus apaisant», nous dit Manuela Filippa. Mais cela s’expliquerait notamment par le fait que la mère adapte moins ses intonations vocales, et donc ses émotions, «à ce qu’elle perçoit chez son bébé lorsqu’elle chante, car elle est en quelque sorte contrainte par le cadre de la mélodie, ce qui n’est pas le cas lorsqu’elle parle», souligne Didier Grandjean.

Le rôle de l’hormone de l’attachement

Les scientifiques ont ensuite cherché à savoir ce qui changeait chez le bébé lorsqu’il entendait sa mère parler. «Nous nous sommes tournés rapidement vers l’ocytocine, dite hormone de l’attachement, et que des études précédentes ont déjà liée au stress, à la séparation des figures d’attachement et à la douleur», explique Manuela Filippa. Grâce à un prélèvement indolore salivaire avant que la mère ne parle ou chante et après la piqûre au talon, l’équipe de recherche a constaté que le taux d’ocytocine est passé de 0,8 picogramme par millilitre à 1,4 lorsque la mère parlait. «Il s’agit d’une augmentation significative!» et cela prouve que la présence de la mère a un impact notable lorsque l’enfant subit des pratiques médicales douloureuses.

«Nous démontrons ainsi l’importance de réunir les parents et l’enfant, surtout dans le contexte délicat des soins intensifs», insiste Manuela Filippa. «De plus, les parents jouent ici un rôle protecteur et peuvent agir et se sentir impliqués pour aider leur enfant à aller le mieux possible, ce qui renforce les liens primordiaux de l’attachement, des liens qui vont de soi lors d’une naissance à terme», où l’enfant n’est pas séparé de ses parents, conclut Didier Grandjean.

D’autres recherches vont maintenant être effectuées, notamment des mesures cérébrales de la douleur chez les bébés prématurés, avec ou sans la voix de leur mère. Une étude va également être menée sur la lecture précoce partagée: des parents vont faire la lecture à des bébés de 6 mois, tant prématurés que nés à terme, pour une fois encore analyser l’importance de la voix dans leur développement et celui des liens affectifs.

Votre opinion