Actualisé 02.07.2018 à 05:09

ChirurgieLa vulve «normale» n'existe pas

Les demandes d’interventions esthétiques au niveau du vagin explosent. Des chercheurs suisses ont voulu savoir s’il existait un modèle type auquel se référer.

par
Pascale Bieri
Les jeunes femmes ont tendance à s’épiler totalement, ce qui les amène à observer davantage leur sexe.

Les jeunes femmes ont tendance à s’épiler totalement, ce qui les amène à observer davantage leur sexe.

iStock

Si les hommes sont nombreux à être complexés sur la taille de leur pénis, ils ne sont pas les seuls à s’interroger sur les contours de leur sexe. De plus en plus de femmes s’inquiètent de l’aspect du leur. À tel point que les interventions chirurgicales au niveau du vagin ne cessent d’augmenter.

Mais y a-t-il une norme – voire un canon – en ce domaine? C’est ce qu’ont voulu savoir des chercheurs de l’Hôpital cantonal de Lucerne en se penchant sur la vulve de 657 femmes blanches. Sous la direction de la Dr Anne Kreklau, ils ont ainsi analysé les lèvres internes et externes, le clitoris, l’ouverture vaginale ou encore le périnée de toutes ces volontaires, âgées de 15 à 84 ans.

Clitoris de 0,5 à 34 mm

Il en ressort une multitude de chiffres d’une précision chirurgicale. Mais, alors que les scientifiques espéraient trouver une «base de référence pour définir la vulve caucasienne normale», ils en ont conclu qu’il ne serait absolument pas pertinent d’établir un modèle type auquel on pourrait comparer tous les autres. Bref, si des moyennes ont bien été établies au sujet du sexe féminin, elles ne signifient rien au vu des variations observées dans chaque catégorie. Exemple: le clitoris. Sur l’échantillon étudié, sa longueur moyenne est de 7 millimètres, avec des variations de 0,5 mm à 34 mm! Il en va de même, en matière de grand écart, pour les lèvres: 80 mm de moyenne pour les lèvres externes (la plus petite étant de 12 mm et la plus grande de 180 mm); et 43 mm en moyenne pour les lèvres internes (avec des variantes de 5 à 10 mm).

D’où la conclusion de l’équipe suisse: toutes les vulves sont différentes et aucune n’est plus normale qu’une autre. Un verdict qui ne surprend pas le Dr Pierre Quinodoz, chirurgien plasticien à Genève: «Chaque personne est différente, il y a des grands, des petits, des gros. Il en va logiquement de même pour les vulves, elles ont une morphologie globale identique, mais avec des variations.»

Cela étant, le médecin constate une importante augmentation des demandes pour les interventions de labiaplastie, consistant à modifier la taille ou la structure des grandes ou petites lèvres, ce repli de peau externe entourant la vulve. Surtout de la part des jeunes femmes. «Avec la mode du laser, une majorité d’entre elles ont le pubis totalement épilé. Ce qui les amène à observer davantage leur sexe. S’ajoute à cela que l’accès aux films pornos s’est banalisé avec Internet et que cela amène ces femmes à se comparer avec des filles qui ont 18 ans, voire moins… Or les lèvres se relâchent avec l’âge (dès 23-24 ans), et l’accouchement. À nous, professionnels, d’expliquer aux patientes qu’elles sont normales. Cela étant, pour certaines, il est important pour leur image, et leur bien-être, d’avoir recours à une telle intervention.» La labiaplastie consiste alors à injecter de la graisse, prise ailleurs dans le corps, dans les grandes lèvres. Il peut également s’agir de réduire la taille des petites lèvres.

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