05.08.2016 à 04:17

Royaume-UniLabour: premier débat entre Corbyn et Smith

Le député Owen Smith a reproché au chef du parti travailliste Jeremy Corbyn, de ne pas fournir une opposition «crédible» au gouvernement

Jeremy Corbyn et Owen Smith, prétendants à la direction du Labour, ont débattu à Cardiff. (Jeudi 4 août 2016)

Jeremy Corbyn et Owen Smith, prétendants à la direction du Labour, ont débattu à Cardiff. (Jeudi 4 août 2016)

Keystone

Le chef du parti travailliste britannique Jeremy Corbyn, confronté à une rébellion interne, s'est vu reprocher de ne pas fournir une opposition «crédible» au gouvernement conservateur par le député gallois Owen Smith, qui cherche à lui ravir sa place, au cours de leur premier débat, jeudi 4 août à Cardiff.

«Je vois très clairement que nous n'avons pas été ce que nous aurions dû être ces derniers mois, à savoir une opposition puissante et crédible au parti Tory», a ainsi lâché Owen Smith. «Quand nous travaillons ensemble, nous gagnons», lui a rétorqué Jeremy Corbyn.

Il a par ailleurs estimé que ce député, avec un certain nombre d'autres membres travaillistes du Parlement qui se sont rebellés contre lui, avaient sapé ses efforts pour remporter les prochaines élections législatives prévues pour 2020. «Vous vous êtes défilés», a-t-il dit.

Le Brexit au coeur du débat

Owen Smith a par ailleurs accusé le dirigeant du Labour de ne pas avoir fait une campagne assez musclée pour éviter le vote en faveur du Brexit au référendum organisé fin juin au Royaume-Uni.

C'était la première confrontation directe entre Jeremy Corbyn, un pacifiste de 67 ans élu triomphalement à la tête du Labour en septembre 2015 avec 59,5% des suffrages des militants, et Owen Smith, ancien journaliste de la BBC qui a fait partie de son équipe rapprochée avant d'en démissionner.

Les militants travaillistes doivent voter entre le 22 août et le 21 septembre pour les départager. Le résultat doit être annoncé le 24 septembre pendant un congrès extraordinaire du parti à Liverpool (nord-ouest de l'Angleterre).

Le parti au bord de l'éclatement

Alors que le parti semble au bord de l'éclatement, les deux hommes promettent tous deux de renforcer les droits des travailleurs, de s'attaquer aux inégalités, d'augmenter les bas revenus et d'investir dans les infrastructures publiques.

Mais Owen Smith, ancien lobbyiste de 46 ans, s'est aussi engagé à être à l'écoute des membres les plus centristes du parti que les prises de position plus à gauche de Jeremy Corbyn irritent.

Après le vote du 23 juin en faveur d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, 172 parlementaires sur 230 ont voté une motion de défiance contre Jeremy Corbyn, lui reprochant d'avoir trop mollement défendu le maintien de leur pays dans l'UE.

Corbyn refuse de céder la main

Malgré cette fronde, Jeremy Corbyn refuse de céder la main, se targuant du soutien persistant des militants et des syndicats.

«Les gens voient Corbyn comme un nouveau type d'homme politique qui se préoccupe des pauvres et des opprimés», a déclaré à l'AFP Philip John Rosser, un ancien professeur de 61 ans présent à Cardiff pour écouter les deux candidats. Il fait partie des nouveaux adhérents du Labour qui sont passés de 200'000 en février 2015 à 515'000 aujourd'hui.

Owen Smith, qui compte sur un soutien conséquent des députés travaillistes, a affirmé mercredi que le parti était «en équilibre au bord d'un précipice», des déclarations qu'un proche de Corbyn a assimilées à une forme de «chantage» pour que les membres le soutiennent.

Les conservateurs mènent dans les sondages

Un sondage ICM donne 16 points d'avance au parti conservateur face à son rival travailliste. Et une enquête d'opinion YouGov montre que 29% des électeurs travaillistes préfèrent l'actuelle Première ministre conservatrice Theresa May à leur leader Jeremy Corbyn.

Le Labour, fondé en 1900 par les syndicats, a évolué vers une idéologie centriste entre 1997 et 2007 sous la direction de l'ancien Premier ministre Tony Blair qui a remporté trois élections consécutives.

Depuis que les Conservateurs sont revenus au pouvoir en 2010, le parti travailliste cherche son identité, entre ligne centriste héritée de Tony Blair et tendance plus à gauche impulsée par Ed Miliband et Jeremy Corbyn.

Des millions d'électeurs travaillistes désenchantés du nord de l'Angleterre, fief traditionnel du Labour, ont défié leurs députés, partisans du maintien dans l'UE, en votant en faveur d'une sortie.

(AFP)

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