Publié

États-UnisL'accident qui doit justifier la conduite autonome

En traversant, de nuit, une voie rapide, une cycliste poussant son vélo a été mortellement percutée par une voiture expérimentale. Que faut-il en conclure?

par
Philippe Clément
Tempe, États-Unis. Lancée à près de 65 km/h, de nuit, la voiture autonome n'avait aucune chance de s'arrêter avant la collision

Tempe, États-Unis. Lancée à près de 65 km/h, de nuit, la voiture autonome n'avait aucune chance de s'arrêter avant la collision

On a vu et revu la vidéo de l'accident qui a coûté la vie à une cycliste poussant son vélo, fauché par une voiture autonome. Diffusées par la police de Tempe, aux États-Unis, les images ont fait le tour des réseaux sociaux. On assiste, comme en direct, aux quelques secondes qui ont précédé la mort d'Elaine Herzberg. Ce que l'on voit? Des baskets blanches, surgissant dans la lumière des phares, une vingtaine de mètres devant la voiture lancée à 60 km/h. Trop tard pour effectuer une manœuvre d'évitement, même désespérée, en deux secondes.

Quelles observations en tirer? Deux choses: d'abord, à moins d'un temps de réaction exceptionnel et d'une réaction inouïe, inutile de croire qu'un conducteur s'en serait mieux tiré. Ensuite, si l'on se fie à la vidéo montrant le «copilote» à l'intérieur de la voiture, aucun signal ne semble le prévenir de la présence d'un danger.

1 / 6
Tempe, États-Unis. Lancée à près de 65 km/h, de nuit, la voiture autonome n'avait aucune chance de s'arrêter avant la collision avec la victime.

Tempe, États-Unis. Lancée à près de 65 km/h, de nuit, la voiture autonome n'avait aucune chance de s'arrêter avant la collision avec la victime.

abc/DR
Ce que le «copilote» Uber a vu, moins de deux secondes avant l'impact avec la malheureuse cycliste. Aucune chance de réagir?

Ce que le «copilote» Uber a vu, moins de deux secondes avant l'impact avec la malheureuse cycliste. Aucune chance de réagir?

abc/DR
Ce qu'une caméra à vision infrarouge permet de détecter: un cycliste, de face, de nuit?

Ce qu'une caméra à vision infrarouge permet de détecter: un cycliste, de face, de nuit?

abc/DR

De très nombreux capteurs

En ce qui concerne la réaction d'un pilote humain, deux facteurs entrent en ligne de compte: le temps de réaction du conducteur et la vitesse du véhicule au moment de l'apparition du danger. Côté temps de réaction, on compte environ une seconde pour un conducteur moyen en forme. Ce temps double en cas de fatigue et peut tripler, voire quadrupler, en cas de consommation d'alcool ou de stupéfiants. Durant tout ce temps, la voiture continue à rouler, allongeant d'autant la distance nécessaire à l'arrêt, dont l'importance est proportionnelle à la vitesse initiale du véhicule. Les lois de la physique étant ce qu'elles sont, inutile d'espérer un miracle.

«La voie vers la conduite autonome est encore longue. Je comparerais cela à une mission vers Mars»

Klaus Frölich, responsable recherche et développement chez BMW

En ce qui concerne la non-détection par le véhicule, en revanche, on peut s'interroger. Les véhicules autonomes étant truffés de capteurs, comment est-il possible qu'ils n'aient pas détecté le danger? Simplement parce que la plupart de ces capteurs sont dédiés à la détection d'obstacles en mouvement et à l'orientation du véhicule sur sa trajectoire. Lidars, lasers et autres caméras sont programmés pour scanner l'environnement, identifier les obstacles et diriger le véhicule sur une trajectoire exempte de danger.

Pour en savoir plus, consultez le site du Matin Dimanche, www.lematindimanche.ch, sur votre ordinateur personnel, votre tablette ou votre smartphone. L'application Le Matin Dimanche est toujours disponible sur iPad.

Ton opinion