14.08.2020 à 18:11

Moyen-OrientL’accord «secoue» une diplomatie fatiguée, selon les Émirats

Le ministre adjoint émirati des Affaires étrangères Omar Saif Ghobash s’est félicité de l’accord historique trouvé entre Israël et son pays.

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait annoncé hier une normalisation des rapports entre son pays et les Émirats arabes unis.

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait annoncé hier une normalisation des rapports entre son pays et les Émirats arabes unis.

AFP

Les Émirats arabes unis ont fermement défendu vendredi l’accord historique conclu avec Israël pour normaliser leurs relations, affirmant avoir agi avec leurs «propres intérêts en tête», sans consulter l'Arabie saoudite.

L’accord de normalisation des relations entre les deux pays est le premier de ce genre avec un pays du Golfe. Il prévoit un arrêt du projet d’annexion de territoires en Cisjordanie occupée par Israël, mais il a été rejeté par les Palestiniens qui l’ont qualifié de «trahison».

Une accusation rejetée par Omar Saif Ghobash, ministre adjoint émirati des Affaires étrangères chargé de la culture et de la diplomatie. Selon lui, l’accord constitue un progrès considérable au vu de l’absence d’alternative tenable.

«Nous avons démontré que nous sommes capables de secouer une situation figée et fatiguée», explique-t-il à l’AFP.

Annoncé jeudi par le président américain Donald Trump, l’accord est le troisième conclu par Israël avec un pays arabe, après l’Égypte et la Jordanie, et laisse espérer des relations futures avec d’autres pays du Golfe.

L'Arabie saoudite, alliée de longue date des Émirats, n’a toutefois pas réagi, l’initiative émiratie faisant de l’ombre à la stratégie saoudienne qui vise à forcer Israël à se retirer des territoires palestiniens occupés avant la mise en place de relations diplomatiques.

«Nous n’avons consulté et informé personne» a confirmé Omar Saif Gobash, conscient que l’accord, conclu sous l’égide des États-Unis «ne sera pas applaudi ou commenté par tout le monde».

«Nous avons pris cette décision avec nos intérêts propres en tête», a-t-il expliqué.

«Considérations pragmatiques»

La normalisation des relations intervient après des années de rapprochement discret entre les deux pays. Au-delà de la portée diplomatique de l’accord, les retombées économiques sont évidentes.

Les Émirats, pays riche en pétrole et avec de grandes ambitions technologiques et spatiales, va pouvoir avoir des échanges commerciaux avec Israël, et l’État hébreu aura accès aux villes de Dubaï et d'Abou Dhabi qui attirent talents et investissements.

«Ces connections nous sont extrêmement lucratives et contribuent à notre produit intérieur brut», a expliqué Omar Saif Gobash. «Ce sont des considérations pragmatiques qui nous guident.»

Les Émirats, qui ont récemment lancé une sonde vers Mars et démarré leur première centrale nucléaire, deviennent une puissance montante dans le monde.

Pour Omar Saif Ghobash, ancien ambassadeur en Russie et en France, l’accord avec Israël est une preuve de l’indépendance diplomatique des Émirats. «Nous ne sommes pas un cadeau à être offert aux Israéliens s’ils satisfont les exigences palestiniennes. Nous sommes très clairs, c’est de notre intérêt souverain qu’il s’agit.»

Pas de trahison

Le sultanat d’Oman et Bahreïn ont apporté leur soutien à l’accord comme une perspective nouvelle de paix au Moyen-Orient.

Le premier ministre israélien a toutefois précisé que l’accord avec les Émirats ne signifiait pas un abandon du projet d’annexion de la vallée du Jourdin et des colonies juives en Cisjordanie occupée.

«L’objectif primaire est d’écarter le projet d’annexion pour le moment», a dit Omar Saif Gobash à l’AFP. Le ministre émirati a rejeté les critiques des Palestiniens, qui crient à la trahison de leur cause et qui ont ordonné de rappeler leur ambassadeur à Abou Dhabi.

«J’essaie de comprendre dans quel sens c’est une trahison alors que nous ouvrons une porte pour qu’Israël repense son projet d’annexion», a réagi Omar Saif Gobash.

«Nous croyons fermement à la cause et aux droits des Palestiniens. Cet accord va dans le sens de nos convictions mais prend en compte le nouveau paysage régional.»

En 2002, l'Arabie saoudite a parrainé l’initiative de paix arabe, qui exigeait un retrait complet d’Israël des territoires palestiniens en échange du normalisation des relations.

«Nous sommes maintenant en 2020. Donc 18 ans se sont écoulés et nous n’avons pas vu de résultat de l’initiative arabe de paix. «Nous croyons que la façon dont nous devrions aborder ces questions est par le dialogue et la communication», a souligné Omar Saif Ghobash.

(AFP/NXP)

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