Procès: L’accusation étrille les «mensonges» des accusés des attentats de 2015
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ProcèsL’accusation étrille les «mensonges» des accusés des attentats de 2015

Le Parquet national antiterroriste a commencé mercredi son réquisitoire, qui doit durer trois jours, au procès des attentats du 13 novembre 2015.

Dessin de l’avocate générale Camille Hennetier, mercredi 8 juin 2022, au procès des attentats de novembre 2015 à Paris.

Dessin de l’avocate générale Camille Hennetier, mercredi 8 juin 2022, au procès des attentats de novembre 2015 à Paris.

AFP

Neuf mois jour pour jour après l’ouverture d’un procès inédit, le Parquet national antiterroriste (PNAT) a débuté mercredi à Paris ses réquisitions dans l’affaire des attentats djihadistes du 13 novembre 2015, reconstituant pièce par pièce «le puzzle» des attaques et étrillant les «mensonges» des accusés.

Ce réquisitoire à trois voix, prévu pour s’étaler sur une quinzaine d’heures et trois jours, s’est ouvert sur un propos liminaire rappelant le fracas «dans la vie de tous les Français» des pires attaques commises sur le territoire, et la «sidération» suscitée au-delà des 130 morts à Paris et Saint-Denis, en proche banlieue.

Face à ce «drame hors norme» et des faits qui «s’inscrivent dans l’histoire», c’est un «procès normal» qui se tient depuis le 8 septembre devant la Cour d’assises spéciale de Paris, a tenu toutefois à rappeler l’avocate générale Camille Hennetier.

Les longs mois de débats auront-ils permis de comprendre «pourquoi de jeunes Français, Belges, des Irakiens» ont semé la mort au Stade de France, sur des terrasses de cafés et dans la salle de concert du Bataclan? «Du procès ne jaillit pas toujours la vérité, mais une vérité judiciaire», a prévenu la magistrate. Ce dossier titanesque n’est pas exempt de «zones d’ombre», a concédé la représentante du PNAT.

Mais «toutes ces questions qui nous taraudent ont une réponse et cette réponse se trouve dans le box» des accusés. Le ton, solennel dans les premières minutes du réquisitoire, s’est rapidement fait méthodique, parfois aride, pour démontrer les responsabilités dans ces attentats des 20 accusés, dont six sont jugés en leur absence, et repousser point par point les pions avancés par les accusés et leur défense.

«Numéro d’équilibriste»

À commencer par le principal d’entre eux, Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos djihadistes qui ont semé la terreur le 13 novembre 2015. Il «savait» plusieurs mois avant les attaques «que le sang allait couler», a tonné Nicolas Le Bris, l’un des trois avocats généraux portant la voix de l’accusation.

Le magistrat a taclé le «numéro d’équilibriste» auquel s’est livré le Français de 32 ans lorsqu’il était mis face à ses contradictions au cours des débats. Il a rappelé que Salah Abdeslam avait d’abord affirmé n’avoir jamais eu de réelle «volonté» de partir en Syrie en guerre, avant de dire le contraire quelques semaines plus tard. Quant à ses allers-retours pour récupérer en Europe les membres des commandos que Salah Abdeslam a présentés comme une «mission humanitaire», «nous ne croyons pas à cette fable», a pointé l’avocat général.

Lors de cette première journée de réquisitions, l’accusation s’est concentrée sur la genèse des attentats projetés depuis la Syrie par l’organisation État islamique (EI) et sur les liens unissant «les 33 terroristes identifiés» de la cellule djihadiste qui a également frappé Bruxelles le 22 mars 2016.

«Trip État islamique»

Le Ministère public s’est notamment attardé sur l’ambiance qui régnait il y a sept ans dans le quartier bruxellois de Molenbeek, «vivier historique de recrues pour le djihad» où ont grandi de nombreux accusés. Et plus spécifiquement au Café des Béguines tenu par les frères Abdeslam. Pour le PNAT, malgré leurs dénégations, les accusés ne pouvaient ignorer le «trip État islamique» qui s’y était progressivement installé.

L’autre représentant du PNAT, Nicolas Braconnay, est revenu sur le parcours du commanditaire des attaques, Oussama Atar. Ce «vétéran du djihad», présumé mort en zone irako-syrienne et jugé par défaut, est «le seul qui fait le lien» entre tous les membres de la cellule dont il était «le chef».

C’est lui qui était «chargé du recrutement, de la sélection des cibles et de la projection des commandos en Europe», a souligné l’avocat général. Quant à son petit frère, Yassine Atar, qui s’est fait remarquer par «l’énergie» déployée dans le box pour se dégager d’un aîné «encombrant», il n’est pas qu’un simple «coupable de substitution», a relevé Nicolas Braconnay.

L’accusation doit revenir jeudi sur l’organisation des attentats, «le cauchemar du 13 novembre» et ses suites. Les avocats généraux réclameront ensuite vendredi les peines à l’encontre des 20 accusés. Douze d’entre eux encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Les plaidoiries de la défense commenceront lundi. Les accusés auront la parole en dernier le 27 juin, avant le verdict attendu deux jours plus tard.

(AFP)

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