15.06.2017 à 00:03

RoumanieLâché par la gauche, le Premier ministre résiste

Le Premier ministre roumain, lâché par les sociaux-démocrates au pouvoir, refuse de démissionner. Une nouvelle crise politique est possible.

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Les sociaux-démocrates au pouvoir ont lâché leur Premier ministre Sorin Grindeanu, qui a refusé de démissionner, au risque d'une nouvelle crise politique. (Mercredi 14 juin 2017)

Les sociaux-démocrates au pouvoir ont lâché leur Premier ministre Sorin Grindeanu, qui a refusé de démissionner, au risque d'une nouvelle crise politique. (Mercredi 14 juin 2017)

AFP
Des centaines de manifestants ont défilé à Bucarest devant le siège du gouvernement, contre un projet de grâce visant des personnes condamnées pour corruption. (Mercredi 3 mai 2017)

Des centaines de manifestants ont défilé à Bucarest devant le siège du gouvernement, contre un projet de grâce visant des personnes condamnées pour corruption. (Mercredi 3 mai 2017)

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Le Parlement roumain a donné lundi son feu vert à un référendum sur la lutte contre la corruption. Le texte a été proposé par le président Klaus Iohannis (photo). (13 février 2017)

Le Parlement roumain a donné lundi son feu vert à un référendum sur la lutte contre la corruption. Le texte a été proposé par le président Klaus Iohannis (photo). (13 février 2017)

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Les sociaux-démocrates au pouvoir en Roumanie ont lâché mercredi leur Premier ministre Sorin Grindeanu, qui a refusé de démissionner, au risque d'une nouvelle crise politique quatre mois après des manifestations sans précédent contre la corruption.

«Un Premier ministre est légitime tant qu'il dispose du soutien des partis qui l'ont nommé, or nous avons retiré ce soutien», a déclaré le chef du Parti social-démocrate (PSD) Liviu Dragnea à l'issue d'une réunion de son parti. «Les ministres ont démissionné, Sorin Grindeanu n'a plus de gouvernement».

Sorin Grindeanu a toutefois immédiatement indiqué qu'il refusait de remettre son mandat. «Je ne démissionne pas. ll s'agit du gouvernement de la Roumanie (...) nous avons tous une responsabilité envers cela», a-t-il répliqué lors d'une conférence de presse. S'il campe sur cette position, le PSD semble condamné à devoir déposer une motion de censure contre son propre gouvernement.

Coup de froid

Selon Sorin Grindeanu, cette crise à une seule explication: le souhait du chef du PSD «de concentrer tout le pouvoir entre ses mains». Liviu Dragnea, qui avait mené les sociaux-démocrates vers une écrasante victoire aux législatives fin 2016, avait dû renoncer à briguer le poste de Premier ministre en raison d'une condamnation à deux ans de prison avec sursis pour fraude électorale. Il avait proposé Sorin Grindeanu, 43 ans, pour le poste.

Selon plusieurs analystes, un coup de froid intervenu récemment entre Liviu Dragnea et son ancien protégé serait lié aux réticences de celui-ci vis-à-vis d'amendements au code pénal voulus par le chef du PSD.

Une tentative d'assouplir la législation anti-corruption avait provoqué l'hiver dernier une vague de protestation d'une ampleur sans précédent depuis la chute du régime communiste, contraignant le PSD à revoir sa copie.

Les ambitions de Dragnea

«Liviu Dragnea veut une seule chose: la modification des lois anticorruption» qui l'empêchent d'accéder à la fonction de Premier ministre, a indiqué le sociologue et ancien membre du PSD Alin Teodorescu, selon qui Sorin Grindeanu n'était pas prêt à obtempérer.

Le chef du PSD a assuré avoir «rigoureusement analysé» l'activité du gouvernement, avant de soumettre le sort de Sorin Grindeanu au vote des responsables du PSD. Mais selon le politologue Ioan Stanomir, un seul critère compte aux yeux de Liviu Dragnea: «la servilité». Le chef du PSD n'a d'ailleurs pas fait un secret de son intention d'être le vrai maître du jeu.

Or, Sorin Grindeanu, un ancien ministre des Communications jusque là très discret, a donné des signes d'«affranchissement» ces dernières semaines, soulignent les analystes. Des proches de Liviu Dragnea lui ont ainsi reproché de «ne plus consulter le chef du PSD» aussi souvent qu'il le faisait au début de son mandat.

Forte croissance économique

La décision du PSD intervient alors que la Roumanie a enregistré la plus forte croissance économique de l'UE au premier trimestre 2017, à 5,6%. Mais là encore Liviu Dragnea a trouvé une explication inédite: cette bonne performance s'explique par «la confiance dans le programme du PSD et n'a rien à voir avec le gouvernement».

Début juin, le Parlement dominé par la gauche a adopté un projet de loi qui majorera de jusqu'à 100% les traitements de la fonction publique, faisant fi des craintes de l'UE et du Fonds monétaire international (FMI) quant à un dérapage du déficit.

L'entrée en vigueur de ce texte, prévue initialement pour juillet, a été reportée à janvier, les recettes publiques pour les premiers mois de 2017 ayant été moindres qu'espérées. «Le gouvernement Grindeanu a été amené à improviser sans cesse pour réconcilier le programme du PSD avec les mathématiques», a commenté l'analyste économique Cristian Grosu.

(AFP)

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