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NeuchâtelL’acteur porno dénonce les violences conjugales avant d’être arrêté

Magistrat devenu rockeur, Nick le Juge voit la réalité dépasser sa fiction: auteur d’un féminicide dans son clip tourné à Hollywood, l’icône Ron Jeremy est accusé d’agressions sexuelles.

par
Vincent Donzé
La fiction: la star du porno Ron Jeremy face à Nick le Juge.

La fiction: la star du porno Ron Jeremy face à Nick le Juge.

DR

Juge devenu rockeur, Nicolas Marthe a fait très fort avec son dernier clip: «Pour une démarche consacrée à la violence faite aux femmes, j’ai donné le rôle du méchant à Ron Jeremy, star du porno», jubile-t-il. Et alors? «Une fois le tournage terminé, la police a procédé à son arrestation sous l’inculpation d’agressions sexuelles!» Montant de la caution: 6,6 millions de dollars.

«Dans ma fiction et dans la réalité: la séquence de l’arrestation se confond. Il n’y a que le t-shirt qui change…», s’esclaffe Nicolas Marthe. Pour les paroles, c’est pareil: «Dans le clip, il dit: «Vous n’avez rien contre moi, pas la moindre preuve». Dans la réalité, il écrit les mêmes mots dans un tweet», rapporte le rockeur resté avocat.

Guns N’ Roses

Un acteur accusé d’agressions sexuelles après avoir milité pour la cause des femmes, le temps d’un clip? «Je suis tombé des nues: rien n’a filtré quand je lui ai confié le rôle», répond l’avocat. Au contraire: «Habitué à jouer au rigolo dans les clips, par exemple pour Guns N’ Roses, il était motivé en disant à propos de la violence conjugale: «Ah ouais, ces salauds! C’est dégueulasse!» Je reste scotché», commente le rockeur.

Comment Ron Jeremy s’est-il comporté sur le plateau? «Il n’a pas eu de geste déplacé», assure Viki, qui tient dans le clip le rôle de la victime. «On l’a pris pour un grand-père, avec ses 67 ans. Ses blagues étaient salaces, au-dessous de la ceinture, mais c’était de l’humour», rapporte Nicolas Marthe.

Un détail du tournage de «The Devil in Me» lui revient en mémoire: «Pendant la scène de l’arrestation tournée à Sunset Boulevard, il flippait grave, craignant de voir les passants tenir la scène pour vraie», rapporte l’avocat neuchâtelois.

Nick le Juge fait la promo de clip en comparant la fiction et la réalité.

Nick le Juge fait la promo de clip en comparant la fiction et la réalité.

DR

À Hollywood, Nick le Juge et Viki ont suivi Ron Jérémy au «Rainbow Bar & Grill», où l’homme aux 2 216 films a ses habitudes: «Les filles lui demandaient une dédicace sur un sein», rapporte le couple neuchâtelois, surpris par l’annonce de son arrestation le 23 juin dernier.

Le contact avec l’icône était décontracté, mais Nicolas Marthe a hésité avant de publier un clip qui sera visionné 80 000 fois. Un argument l’a emporté: «J’ai choisi la star mondiale du porno à contre-emploi dans la mesure où cette industrie peut être perçue comme une forme d’atteinte à la personnalité des femmes souvent réduites à de simples objets sexuels», explique-t-il.

Échec du système

Dans son clip, Nick le Juge campe un flic qui finit par rendre justice lui-même «face à l’échec du système judiciaire». Pendant le tournage de cette scène, Ron Jeremy a posé des débris de verre sur son bas-ventre en suggérant à Viki à les ramasser, une invitation qu’elle a déclinée sans s’offusquer.

Dans la réalité. Nicolas Marthe est un avocat souvent impliqué dans des accusations de violences conjugales, du côté de la victime quand il n’est pas commis d’office.

«Je suis sensible à ce thème et je vois la violence domestique augmenter pendant le confinement», rapporte Nicolas Marthe, qui n’a jamais croisé dans sa carrière un homme violenté. «Les agressions conjugales et familiales sont un fléau inacceptable», assène l’avocat neuchâtelois.

En 2008, le Grand Conseil neuchâtelois ne l’avait pas reconduit dans sa fonction de président de tribunal, le côté rebelle du rocker étant jugé «en inadéquation» avec sa fonction.

Nicolas Marthe et sa compagne biélorusse Viki, rencontrés mercredi à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Nicolas Marthe et sa compagne biélorusse Viki, rencontrés mercredi à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Lematin.ch/Vincent Donzé

L’an dernier, Nick le Juge a étranglé un curé américain, le temps d’un clip. Le rockeur mettait à l’affiche Michael Madsen, chouchou du réalisateur Quentin Tarantino. Le personnage incarné par Nick le Juge personnage a étranglé le prêtre pas très catholique avec son chapelet. Le scénario en faisait un maquereau trafiquant de la drogue dans son confessionnal. Nick le Juge a de la suite dans les idées…

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7 commentaires
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fauxnaifquijubile

26.11.2020 à 09:10

Ces graves accusations sont connues depuis des années. N. Marthes pouvait difficilement ne pas le savoir en l'engageant..

Amiral Ackbar

26.11.2020 à 08:34

Si l'avocat n'a jamais croisé, dans sa carrière, d'homme violentés… c'est uniquement parce-que la société n'est pas prête à écouter leurs plaintes. Ou alors c'est un troll.

Team deuxième degré

26.11.2020 à 07:55

Quel BG ce Ron Jeremy.