L'action des activistes chez Porsche tourne au calvaire

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ClimatL’action des activistes chez Porsche tourne au calvaire

Alors qu’ils ne pensaient rester collés que brièvement à l’Autostadt de Wolfsburg, les militants ont passé 42 heures englués, dans le froid, pour braver le directeur.

par
Michel Pralong
Les manifestants, dont le professeur Gianluca Grimalda, tout à droite, se sont collés dans ce lieu d’exposition situé à côté de l’usine VW.

Les manifestants, dont le professeur Gianluca Grimalda, tout à droite, se sont collés dans ce lieu d’exposition situé à côté de l’usine VW.

Twitter/Scientist Rebellion

Mercredi 19 octobre, des militants du climat du mouvement «Scientist Rebellion» ont occupé l’Autostadt, à Wolfsburg, en Allemagne, un parc dédié à l’automobile situé à côté de l’usine VW. Sur les 12 universitaires, neuf se sont collés au sol.

Selon «Blick», qui a rapporté cette info, l’occupation du secteur Porsche s’est mal passée pour les activistes. Le directeur des lieux ne se serait pas occupé outre mesure d’eux, allant même jusqu’à leur couper le chauffage et la lumière en partant le soir. Les militants, dont la demande d’avoir au moins une cuvette pour se soulager n’a pas été acceptée, sont au final restés 42 heures sur place. Certains «collés» ont vu leur état de santé se dégrader, avec des caillots se formant dans leurs mains. Au final, la police a été appelée et a évacué les manifestants, certains étant amenés à l’hôpital.

Bon nombre d’articles qui ont suivi ont mentionné que l’un des manifestants, le professeur Gianluca Grimalda, avait entamé une grève de la faim pour protester contre les mauvais traitements que lui et ses collègues subissaient. Geste qui a suscité énormément de moqueries sur internet, la majorité des intervenants félicitant l’attitude du directeur envers des manifestants qui ne pouvaient s’en prendre qu’à eux-mêmes.

«Vous ne pouvez pas vous attendre à être traité gentiment»

Mais Gianluca Grimalda a tenu toutefois à clarifier les choses. «Beaucoup d’articles de presse ont dit que je me plaignais des conditions de traitement que nous avons subies durant l’occupation. C’est faux», écrit-il dans un communiqué. «Il est totalement évident que vous ne pouvez pas vous attendre à être traité gentiment quand vous occupez le bâtiment de quelqu’un d’autre». Et il donne sa version des faits.

Selon lui, les actions d’occupation ne durent généralement pas longtemps, les militants partant une fois qu’il est évident que la cible de leur protestation refuse tout dialogue. Sauf que, selon le professeur, le directeur d’Autostadt a d’abord dit qu’il était intéressé par leurs revendications et était même d’accord avec celle demandant d’abaisser la vitesse sur les autoroutes allemandes à 100 km/h. Il a même commandé des pizzas et des boissons pour les manifestants. Mais le professeur a estimé qu’il s’agissait là d’une pure action de façade visant à apaiser les militants, donc lui, et lui seul, a refusé la nourriture et entamé une grève de la faim.

Comprenant, selon eux, l’hypocrisie de leur interlocuteur, les militants ont alors décidé de rester jusqu’à ce qu’ils puissent parler avec un directeur de VW. C’est alors que l’attitude du directeur de l’Autostadt a changé, leur refusant toute nourriture, tournant la climatisation sur froid et, la nuit, les veilleurs venant les aveugler avec leur torche pour les empêcher de dormir.

Évacuation pour leur propre bien

Dans son propre communiqué du 21 octobre, Autostadt explique qu’«afin de ne pas mettre en danger la santé des militants, notamment après l’annonce d’une grève de la faim et les premiers troubles de santé, et parce que la protection et la sécurité de nos hôtes sont notre priorité, la police a vidé aujourd’hui le pavillon», ceci après 42 heures d’occupation.

Le professeur Grimalda prétend de son côté que la santé des militants n’importait pas tant que cela au directeur, des demandes de soins ayant été ignorées pendant des heures. «Encore une fois, je ne me plains pas du traitement subi, je voulais juste montrer que le communiqué d’Autostadt était faux». Il finit par rappeler pourquoi l’action a été menée dans ces lieux: «VW, le plus grand fabricant de voitures en Europe, dépense plus de 6,5 millions d’euros à Berlin et 3 millions à Bruxelles pour empêcher des mesures telles que le 100 km/h sur autoroute et le billet général pour les transports publics à 9 euros».

De son côté, Autostadt précise que l’occupation a «entraîné des dégâts matériels. C’est une autre raison pour laquelle nous pensons que cette forme de protestation est mauvaise».

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