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PlurilinguismeL'allemand reste encore trop fort

Le délégué Vasco Dumartheray confie la difficulté de parler français au sein de l'Administration fédérale.

par
Lise Bailat
Le délégué au plurilinguisme Vasco Dumartheray estime que sa fonction sert, mais dérange aussi parfois.

Le délégué au plurilinguisme Vasco Dumartheray estime que sa fonction sert, mais dérange aussi parfois.

Laurent Crottet

Quelque 22% des emplois de l'Administration fédérale sont dévolus à des francophones, 7% à des italophones, 1% à des Romanches, le reste aux germanophones. Et chacun travaille dans sa langue. C'est l'image de luxe que peint l'ordonnance sur les langues nationales. On en est loin en réalité. «Passer à trois langues de travail suscite des résistances. Cela signifie, pour beaucoup de cadres, consacrer du temps à l'acquisition d'une langue alors que l'agenda est déjà chargé», remarque Vasco Dumartheray. A peine deux ans après son entrée en fonction, le Genevois, délégué au plurilinguisme de l'Administration fédérale, s'est confié au «Matin», tandis que son rôle et ses missions sont en discussion au Parlement fédéral. «Ma fonction sert, elle dérange parfois. Avec la loi sur les langues et ma nomination, j'avais l'impression d'une prise de conscience, que nous allions plus facilement mettre en œuvre les principes de la loi, qui prévoit que chaque employé de la Confédération travaille dans la langue nationale de son choix. Et je me rends compte qu'il faut donner une impulsion quotidienne. Sinon, on fait du surplace.»

Berne satisfaite sans raison

On n'est pas à une contradiction près. Hier encore, le Conseil fédéral s'est félicité de la politique du personnel menée au sein de l'administration. Le rapport 2011 dit que la représentation des langues nationales s'est rapprochée des valeurs cibles. Il suffit d'ouvrir ce fameux rapport et tout s'écroule: les proportions des minorités linguistiques n'ont presque pas changé d'un iota. Les Grecs de la Suisse, comme la Weltwoche aime surnommer les Romands, ont de quoi être amers. Pourtant, il y a des améliorations possibles à court terme. «Cette année, l'institut du plurilinguisme à Fribourg, le centre de compétences national, va se pencher sur la formation linguistique. Aujourd'hui, nous n'avons aucune vue globale. Il y a 70 offices et pas une politique unique. Sur la base des conclusions de l'étude, nous aurons l'occasion de remodeler l'offre linguistique et de l'accorder aux cadres», se réjouit Vasco Dumartheray.

Vers un Monsieur Langues?

Reste que le délégué ne peut agir que sur une base volontaire, alors que les scientifiques du Programme national de recherche ont recommandé en 2010 déjà la mise en place de mesures contraignantes. Et, pour nombre d'élus latins, son rôle n'est pas assez poussé. «Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu, ni reçu des informations de sa part», note le sénateur Robert Cramer (Verts/GE). «Il devrait avoir plus de marge de manœuvre, être plus indépendant en étant rattaché à la Chancellerie fédérale», affirme Didier Berberat (PS/NE). «Nous aimerions qu'il soit nommé par le Conseil fédéral et non plus subordonné à la cheffe de l'Office du personnel», explique Filippo Lombardi (PDC/TI). Et mettre sur pied une sorte de Monsieur Langues, comme on connaît Monsieur Prix? «Mais pourquoi pas! Cela lui donnerait le poids suffisant», glisse le citoyen de Melide. Vasco Dumartheray réagit à la proposition: «Je n'ai pas d'influence sur la question. C'est le monde politique qui doit faire des choix. Pour moi, il est essentiel que l'Administration fédérale puisse penser et communiquer dans les trois langues. Il ne s'agit rien de moins que d'offrir l'égalité de traitement aux citoyens, que l'administration soit le miroir du pays et que chacun ait les mêmes chances!» En attendant, Vasco Dumartheray poursuit ses actions de sensibilisation auprès des germanophones. Comme un inlassable recommencement. Pas sûr que ce grand connaisseur de l'administration, 25?ans de carrière au service des institutions publiques, a écrit la dernière ligne de son CV.

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