Rapport: L’antisémitisme est en hausse en Suisse romande
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RapportL’antisémitisme est en hausse en Suisse romande

La Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad) a enregistré l’an dernier 147 actes antisémites, contre 114 en 2019. La progression est très forte sur Internet.

Un paquet de lardons et un cochon en peluche avaient été déposés devant la synagogue de Lausanne, en février.

Un paquet de lardons et un cochon en peluche avaient été déposés devant la synagogue de Lausanne, en février.

Cicad

L’antisémitisme est toujours présent en Suisse romande. La Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad) enregistre ainsi dans son dernier rapport 147 actes contre 114 en 2019, fait-elle savoir via un rapport publié mardi. Quelque 140 de ces actes sont considérés comme préoccupants (100 en 2019). Ils sont commis la plupart du temps sur Internet et les réseaux sociaux. Ces actes sont en forte progression (+41%), s’inquiète la Cicad.

Bonne nouvelle quand même: les actes «graves» et les actes «sérieux» (6 en 2020 au lieu de 14 en 2019) sont en diminution. Même si l’antisémitisme est moins présent que dans d’autres pays, ses expressions se manifestent aussi quotidiennement chez nous, souligne la Cicad. «Nous constatons qu’en Suisse également des personnes peuvent être agressées, discriminées ou subir des menaces parce qu’elles sont juives», souligne-t-elle.

La Cicad souligne ainsi que des actes de vandalisme ont été perpétrés en Suisse, ou encore que des enfants et des étudiants juifs ont subi des insultes antisémites dans leur école et leur université, sans parler des insultes et autres saluts nazis.

Boulanger à Genève et Hitler chez des étudiants

La Cicad cite d’ailleurs trois exemples de cas dits «graves». En premier lieu, celui de ce boulanger en train de livrer son pain dans une épicerie aux abords de la synagogue de Genève. Un individu qui le fixait s’était tenu debout devant lui en effectuant un salut nazi et en criant à trois reprises dans sa direction «Heil Hitler».

Autre exemple: une famille romande juive avait découvert à plusieurs reprises dans son jardin des emballages de poulet kasher et de charcuterie à base de porc et même une kippa pour enfant. Enfin, dernier exemple, un enfant avait chanté à une camarade juive dans une école genevoise «Lalalala la youde grosse vache». Et ça continue en 2021. Ainsi la Cicad a annoncé, le 5 février dernier, qu’un paquet de lardons et un cochon en peluche avaient été déposés devant la synagogue de Lausanne. A Genève, l’auteure des faits a voulu souiller les portes de la Communauté juive libérale de Genève avec des tranches de porc avant de les jeter vers l’édifice.

Plusieurs actes dits «sérieux» portant atteinte à la sensibilité des personnes ont été également recensés en Suisse romande, l’an dernier. À l’image de cette enseignante genevoise qui a décidé, pour faire respecter le calme en classe, de hurler «Heil Hitler» tout en effectuant le salut nazi. Ou de cette étudiante d’une Haute École romande qui découvre à sa grande stupéfaction, dans un groupe WhatsApp dédié aux étudiants, des «mèmes1» et des photos d’Adolf Hitler.

Les théories sur un complot juif explosent

La Cicad souligne aussi que le Covid-19 et le confinement ont fait exploser les théories du complot et de l’antisémitisme dans le monde. Et la Suisse n’y échappe pas. Ainsi 36% des actes recensés en 2020 concernent les théories d’un complot juif. Avec une obsession récurrente: «Trouver des juifs «à la manœuvre», qui dirigent en secret le monde, afin de nuire à l’humanité, et qui seraient aux commandes de la crise sanitaire…

«Cette vision complotiste du monde sert plus que jamais d’alibi pour déverser de l’antisémitisme, principalement à l’extrême droite et au sein des mouvements dits de «dissidence», antivaccins ou anarchistes», souligne la Cicad. Ainsi des groupuscules liés à cette mouvance ont très souvent diffusé ce type de théories, à l’image du PNS (Parti nationaliste suisse) ou Résistance helvétique. Des acteurs de la mouvance complotistes ont également fait leur apparition en marge de la crise du Covid-19, à l’image de AGORA TV, Ema Krusi ou encore Chloé Frammery.

L’extrême droite est de loin la première source d’antisémitisme en Suisse romande, précise le rapport. Les groupuscules liés à cette mouvance ont en effet été au cœur de l’actualité en 2020. Ainsi, si le PNS a annoncé sa dissolution en tant que parti politique, il a toutefois maintenu ses activités militantes. Et son leader en Suisse romande a continué à alimenter quotidiennement la page Facebook du PNS de contenus orduriers.

47 incidents en Suisse alémanique

En Suisse alémanique, quelque 47 incidents antisémites hors ligne ont été enregistrés, dont 11 insultes, 15 graffitis et une déprédation. Aucune voie de fait n’a été signalée. Le nombre d’incidents reste donc à un faible niveau, semblable à ce qu’il était l’année précédente, excepté que les graffitis se sont multipliés, souligne la Fédération suisse des communautés israélites FSCI. Comme les relevés se fondent sur des signalements volontaires, il pourrait y avoir un nombre bien plus élevé de cas n’ayant fait l’objet ni d’aucun signalement, précise-t-elle.

Il en va de même pour Internet où 485 incidents ont été enregistrés en 2020, soit le même nombre qu’en 2019, ce qui correspond à un niveau élevé persistant, remarque la FSCI. En Suisse alémanique aussi, on observe un regain des théories du complot antisémites en ligne qui sont étroitement liées à la pandémie du coronavirus.

(cht/comm)

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