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Répression en SyrieL’armée tire sur des milliers de manifestants à Damas

Les forces de sécurité syriennes ont tiré samedi sur des milliers de personnes participant à des funérailles dans le quartier de Mazzé, à Damas.

Après la prière du vendredi à Idlib, des manifestants en colère réclament le départ du président syrien.

Après la prière du vendredi à Idlib, des manifestants en colère réclament le départ du président syrien.

AFP

«Liberté pour toujours, que tu le veuilles ou pas, Bachar!», ont crié les manifestants sous les tirs nourris des services de sécurité qui ont fait un mort et plusieurs blessés, selon des vidéos de militants.

Ils participaient aux funérailles de manifestants tués la veille à Mazzé, grand quartier stratégique du centre-ouest de Damas, une cérémonie qui s’est transformée en manifestation contre le régime de Bachar al-Assad. «C’est le rassemblement massif le plus proche de la Place des Omeyyades», célèbre place du centre-ville, a affirmé Rami Abdel Rahmane, chef de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Selon lui, les funérailles ont rassemblé «entre 15’000 et 20’000 personnes», malgré la menace des services de sécurité et la neige qui tombait samedi. «Nous espérons que le martyr d’aujourd’hui alimentera la révolte à Damas, comme l’a fait un an plus tôt le premier martyr à Deraa», berceau de la contestation dans le sud, a-t- il indiqué.

«Mur de la peur tombé»

«C’est la première fois que des manifestations revêtent une telle ampleur dans le centre de Damas», a de son côté déclaré Mohammad Chami, porte-parole des militants dans la province de Damas.

Surplombé par le palais présidentiel, Mazzé abrite de nombreuses ambassades, des bâtiments gouvernementaux et des services de sécurité.

«On se dit depuis le début que le jour où il y aura de grandes manifestations à Damas et Alep (deuxième ville du pays), ce sera le début de la fin du régime», affirme Agnès Levallois, spécialiste du Moyen-Orient basée à Paris.

«Le mur de la peur est vraiment tombé», même à Damas, «l’endroit le plus protégé de Syrie», ajoute-t-elle, estimant que la poursuite de l’offensive meurtrière sur la ville rebelle de Homs (centre) a décidé «beaucoup de Syriens qui hésitaient à rejoindre la contestation».

Vendredi, des manifestations inédites avaient secoué le quartier de Mazzé avant d’être réprimées par les forces de sécurité, faisant au moins quatre morts, dont deux adolescents, selon l’OSDH.

La capitale était jusqu’à présent plus habituée aux rassemblements massifs de partisans du régime du président Bachar al-Assad. Cinq civils auraient été tués au total samedi dans la répression, selon l’OSDH.

Chine médiatrice

Face à cette contestation qui prend de l’ampleur et à la poursuite de l’offensive contre les villes rebelles, le vice- ministre chinois des Affaires étrangères Zhai Jun, en visite à Damas, a appelé «le gouvernement, l’opposition et les hommes armés à arrêter immédiatement les actes de violences».

L’émissaire de Pékin a dit qu’il s’emploierait à «jouer un rôle constructif» et à «fournir une contribution» à la recherche d’une «solution appropriée au problème syrien», a rapporté l’agence officielle de presse Chine nouvelle.

Avec Moscou, alliée de Damas, Pékin a bloqué à deux reprises des résolutions à l’ONU condamnant la répression en Syrie, qui a fait des milliers de morts depuis mars 2011, selon des militants des droits de l’Homme.

Ignorant les condamnations de la communauté internationale, Bachar al-Assad a répété samedi que la crise en Syrie visait «à diviser ce pays, à porter un coup à sa position géopolitique et à son rôle historique dans la région».

Drones américains

Par ailleurs, selon la chaîne américaine NBC, qui cite des responsables américains de la Défense, un «bon nombre» de drones de l’armée et des services de renseignement américains opèrent au-dessus de la Syrie. Ils suivent les attaques des militaires contre l’opposition et les civils.

La situation est particulièrement critique à Homs, qui a connu vendredi le plus violent pilonnage depuis deux semaines, aggravant la crise humanitaire dans plusieurs quartiers qui, selon les militants, manquent de vivres ou de matériel médical et peinent à communiquer avec le monde extérieur.

(ATS/AFP/Reuters)

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