Plainte pour attouchements en Valais: Laude-Camille Chanton voulait négocier, Yannick Buttet refuse
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Plainte pour attouchements en ValaisLaude-Camille Chanton voulait négocier, Yannick Buttet refuse

La politicienne de Monthey, qui a dénoncé publiquement le démocrate-chrétien, a proposé une conciliation. «Pas question», réplique l’accusé.

par
Evelyne Emeri
La plaignante: Laude-Camille Chanton (PLR), 34 ans, ancienne présidente du Conseil général de Monthey (VS) durant quatre ans et candidate malheureuse à la Municipalité (18 octobre) et au législatif (15 novembre).  L’accusé: Yannick Buttet (PDC), 43 ans, futur ex-président de la commune de Collombey-Muraz (VS).

La plaignante: Laude-Camille Chanton (PLR), 34 ans, ancienne présidente du Conseil général de Monthey (VS) durant quatre ans et candidate malheureuse à la Municipalité (18 octobre) et au législatif (15 novembre). L’accusé: Yannick Buttet (PDC), 43 ans, futur ex-président de la commune de Collombey-Muraz (VS).

PLR Monthey-Choëx/Le Matin-Darrin Vanselow

Une plaignante, qui propose un arrangement à son présumé harceleur, est-ce dans l’ordre des choses? Qui plus est, après avoir elle-même largement médiatisé ce que Yannick Buttet (PDC) lui aurait fait subir lors d’une soirée arrosée le 28 juillet et prétendu publiquement qu’elle a trébuché aux récentes élections (ndlr. Municipalité et législatif) pour avoir osé parler?

LeMatin.ch blacklisté

Les réponses de Laude-Camille Chanton (PLR), nous ne les obtiendrons plus. C’est son avocat Me Pierre-Xavier Luciani qui nous éclaire par email: «Ma mandante ne souhaite pas s’exprimer dans le «Matin». C’est tout et cela m’a l’air d’être clair». Notre sujet du 19 octobre sur l’échec de sa cliente à l’exécutif de Monthey et la révélation du dépôt d’une plainte pénale pour attouchements à caractère sexuel et paroles grossières à l’encontre du futur ex-président de Collombey-Muraz a dérangé.

Déjà condamné en 2018

Le passif du démocrate-chrétien de 43 ans n’est un secret pour personne. Ses dérapages du passé - surconsommation d’alcool et comportements inadéquats avec la gent féminine - pèsent encore lourd. Ils ont stoppé net son ascension en politique. Fin 2017, le politicien doit quitter le Conseil national et la vice-présidence du PDC suisse à la suite de la plainte de son ex-maîtresse. En août 2018, il est même condamné pour contrainte (ndlr. pour le «stalking» par message) à 30 jours-amende à 220 francs avec sursis pendant deux ans et à une amende de 1320 francs. Il assume. Et ne fait pas appel.

Le pétard du 1er août

Début août 2020, il annonce qu’il ne se représentera pas à sa propre succession à la présidence de Collombey-Muraz (ndlr. passée en mains socialistes – fait historique – le 15 novembre). Le pourquoi de son retrait n’est autre que le récit de sa nouvelle accusatrice, Laude-Camille Chanton. Cette dernière dénonce Yannick Buttet le 1er août sur le site du «Nouvelliste». Le témoignage de la présidente sortante du législatif fait l’effet d’une bombe quelques jours après la soirée festive du 28 juillet. Yannick Buttet serait retombé dans ses travers.

«Ses mains sur mes cuisses»

La Valaisanne de 34 ans l’accuse d’avoir eu une attitude inadaptée à son égard alors qu’ils boivent des verres avec d’autres à «La Taverne» à Monthey durant plusieurs heures. L’ancienne première citoyenne de la Ville parle «d’agissements graves» - «à plusieurs reprises et malgré mes remontrances, il a passé ses mains sur mon dos, mon cou et mes cuisses» -, «de gestes et de propos déplacés». Elle va jusqu’à le traiter de «prédateur». Et se dit «choquée». La plainte sera déposée fin septembre, discrètement et sans médiatisation cette fois-ci, les élections à la Municipalité approchent.

Evincée par sa parole libérée?

Très investie dans ses mandats politiques, appréciée et travailleuse, la responsable en communication et relations publiques avait pourtant mené une campagne intense. Ceci, malgré une santé fragilisée (ndlr. elle est en arrêt maladie depuis début août) par les événements du 28 juillet. Ce double échec cuisant, Laude-Camille Chanton, le met sur le compte de sa parole libérée. La médiatisation de ses accusations cet été et sa dénonciation pénale n’ont visiblement pas plu aux électeurs, y compris dans les rangs de son propre parti.

En pleine négociation

Le 17 novembre, Laude-Camille Chanton s’épanche à nouveau sur le site du «Nouvelliste» après avoir trébuché au Conseil général. L’ennui, c’est que les deux parties sont précisément sur le point de trouver un terrain d’entente, proposé par la plaignante elle-même. En jargon juridique, elles s’apprêtaient à signer une convention transactionnelle et, partant, le retrait de la plainte. Il n’était dès lors pas le moment de s’exprimer publiquement en pleine négociation. Yannick Buttet, également contacté par nos soins la semaine passée, ne commentait pas. Son avocat, Me Jacques Evéquoz, faisait preuve de la même réserve: «On ne dit rien. Pas de commentaires. Il y aura des nouvelles bientôt».

«Ça revient à une condamnation!»

Yannick Buttet

«Des nouvelles bientôt» signifie en réalité que cette conciliation prévoyait notamment la diffusion d’un communiqué de presse. «Le contenu du communiqué de presse revient à une condamnation pour moi! Je ne peux pas signer cela. Je refuse. Pas question de plier», nous lâche aujourd’hui Yannick Buttet après plusieurs jours de réflexion. Pour sa défense, il ne conteste pas son comportement inadéquat du 28 juillet. Et le répète: «J’ai fait une erreur. J’ai peut-être été trop proche d’elle, c’est quelqu’un que je ne connais pas. Je regrette cette situation pour tout le monde».

10 000 francs et des excuses

«Mme Chanton exigeait 10 000 francs pour tort moral, pour ses frais médicaux et d’avocat. Et des excuses publiques par le biais du communiqué de presse. Je devais aussi assurer les éventuels frais de la procédure», ajoute l’accusé. Le dossier pénal va donc suivre son cours. C’est le ministère public central à Sion qui instruit et non celui du Bas-Valais, comme cela avait déjà été le cas lors la première affaire Buttet. Une nouvelle conciliation sera certainement tentée à la faveur d’un retrait de plainte de Laude-Camille Chanton, mais par et devant un procureur.

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