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Nagorny KarabakhL’Azerbaïdjan reprend un 3e district à l’Arménie

Les forces de Bakou sont entrées mardi dans le district de Latchin, troisième et dernier district rétrocédé par l’Arménie dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu.

Un engin militaire arménien détruit près de Hadrut et Khojavend, le 30 novembre 2020.

Un engin militaire arménien détruit près de Hadrut et Khojavend, le 30 novembre 2020.

AFP

Les forces azerbaïdjanaises ont annoncé leur entrée mardi dans le district de Latchin, troisième et dernier district rétrocédé par l’Arménie, près du Nagorny Karabakh, conformément à l’accord de fin des hostilités signé le 9 novembre sous patronage russe. «Des unités de l’armée azerbaïdjanaise sont entrées dans le district de Latchin le 1er décembre», a indiqué le ministère azerbaïdjanais de la Défense dans un communiqué.

Il s’agit du dernier des trois districts que l’Arménie s’est engagée à rendre à l’Azerbaïdjan conformément à l’accord de cessez-le-feu du 9 novembre. Le district de Latchin, comme celui d’Aghdam rendu le 20 novembre et celui de Kalbajar rétrocédé le 25 novembre, constituait une zone tampon qui entourait la république autoproclamée, en majorité peuplée d’Arméniens, du Nagorny Karabakh depuis la fin d’une première guerre en 1994.

Quatre autres districts ayant le même rôle ont été repris par Bakou au cours des six semaines d’intenses combats ayant opposé les deux camps depuis fin septembre, qui ont fait plusieurs milliers de morts.

Montagneux et actuellement enneigé, le district de Latchin, qui court du nord au sud jusqu’à l’Iran, le long de la frontière est de l’Arménie, est surtout connu grâce au corridor du même nom. Contrôlé par les forces russes de la paix, ce corridor est désormais l’unique route reliant le Nagorny Karabakh à l’Arménie.

Peu après l’annonce de Bakou, une colonne de camions militaires azerbaïdjanais, encadrée par des véhicules des forces russes, traversait la ville de Latchin (Berdzor en arménien), selon un journaliste de l’AFP. Les habitants n’ont pas attendu pour quitter les lieux, en détruisant et désossant les maisons et les infrastructures des terres qu’ils quittent. Ce week-end, des hommes abattaient des sapins à la tronçonneuse, emportant le bois pour se chauffer.

«Nous avons notifié à tous les habitants du district qu’ils devaient partir avant 18 h 00 ce lundi. C’est valable aussi pour les villages de Sus et Aghavno», a affirmé lundi à l’AFP Davit Davtian, membre du personnel dans l’administration du district. Dimanche pourtant, le chef de l’administration du district avait indiqué à l’AFP que ces deux villages n’étaient pas concernés par la rétrocession.

«Pour la ville de Berdzor (Latchin), 200 personnes utiles à l’administration (gaz, électricité, routes…) peuvent rester. On va donner leurs noms aux soldats russes (de la paix) et ces personnes auront un laissez-passer», ajoute Davit Davtian. Mais il y a aussi des habitants qui restent car ils n’ont nulle part d’autre où aller. Ceux-là «nous ont dit qu’ils restaient et qu’ils verraient ce qui se passera mardi», a expliqué Davit Davtian.

‹Je ne sais pas où aller›

Dans le village d’Aghavno, situé au bord de la route du corridor, des habitants quittaient leurs maisons lundi, chargeant leurs meubles et du bois dans des camions et des voitures. Araksia Gyokchakian, 60 ans, fait partie de ceux qui vont rester: «je ne sais pas où aller. Je suis restée ici pendant la guerre. C’est ma maison», dit-elle à l’AFP.

À la fin de la première guerre en 1994, l’exode inverse s’était produit, la population azerbaïdjanaise fuyant ces régions repeuplées ensuite par des Arméniens.

Le cessez-le-feu du 9 novembre, signé alors que la situation militaire était catastrophique pour l’Arménie, consacre la victoire de l’Azerbaïdjan et lui accorde d’importants gains territoriaux. Il permet néanmoins la survie du Nagorny Karabakh, amoindri, et voit le déploiement de 2000 soldats russes de maintien de la paix.

Signé sous patronage russe, le cessez-le-feu a rappelé le rôle déterminant de Moscou dans son pré carré caucasien mais aussi l’influence grandissante de la Turquie, soutien sans faille de Bakou. À l’inverse, les pays occidentaux semblent en perte de vitesse et ni la France, ni les États-Unis, médiateurs en tant que membres du «groupe de Minsk», chargé dans les années 1990 de trouver une issue durable à la crise, n’ont obtenu de résultats probants.

(AFP/NXP)

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