BD - Le 11-Septembre vu depuis les camps des talibans
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BDLe 11-Septembre vu depuis les camps des talibans

«Le jour où j’ai rencontré Ben Laden» est l’histoire vraie de deux jeunes des banlieues françaises partis en Afghanistan en 2001: 20 ans après, tout recommence.

par
Michel Pralong
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Mourad et Nizar vivaient aux Minguettes, dans la banlieue de Lyon.

Mourad et Nizar vivaient aux Minguettes, dans la banlieue de Lyon.

Jérémie Dres/Éd. Delcourt
Le père de Mourad, imam, est devenu de plus en plus conservateur.

Le père de Mourad, imam, est devenu de plus en plus conservateur.

Jérémie Dres/Éd. Delcourt
Pour certains, à l’époque, l’Afghanistan pouvait faire rêver.

Pour certains, à l’époque, l’Afghanistan pouvait faire rêver.

Jérémie Dres/Éd. Delcourt

Ils sont deux, Mourad et Nizar, vivant aux Minguettes, le quartier de HLM de la banlieue sur de Lyon. En 2001, «à l’époque, c’était la jungle, on était livrés à nous-mêmes», dit Nizar. Lui est fan de la série «Deux flics à Miami» et du film «Bad Boys»: il est attiré par les armes, le banditisme mais aussi par la police. Il rêvait même d’être flic, mais personne ne l’a pris au sérieux. Mourad lui, est plus rangé. Fils d’imam, il est impressionné par son grand frère, qui se radicalise à Londres. Pour des raisons différentes, Mourad et Nizar vont se retrouver à partir ensemble pour un pays qui les fait rêver: l’Afghanistan où les talibans sont au pouvoir depuis 3 ans.

20 ans après, Jérémie Dres a retrouvé les deux hommes, revenus en France. Il avait entendu leur témoignage à la radio et a décidé de les rencontrer. Pour Mourad, c’était facile il est maintenant engagé notamment dans les écoles pour lutter contre la radicalisation. Nizar, lui, a décidé de tirer un trait sur son passé et tient aujourd’hui une boucherie aux Minguettes. Mais les deux ont finalement accepté de raconter leur histoire, que l’on découvre dans cette formidable BD.

Ils croisent l’un des assassins de Massoud

On y voit deux jeunes hommes, partis davantage pour «se la péter» que pour devenir djihadistes. On suit leur parcours organisé pour atteindre l’Afghanistan et découvrir la réalité des camps d’entraînement des talibans. Et là, ça ne rigole plus. Ils comprennent qu’on forme non seulement des soldats, mais aussi des terroristes. Ils croisent d’ailleurs un Belge qui, quelque temps plus tard, sera l’un des deux faux journalistes qui se feront exploser pour tuer le commandant Massoud et permettre les attentats du 11-Septembre.

Car oui, on est à deux mois de cette date fatidique et, dans les camps, les deux jeunes rencontrent un homme qu’ils ne connaissaient pas, un certain Oussama ben Laden, cerveau des attentats. Et ils sont toujours en Afghanistan lorsque le World Trade Center s’effondre et que l’Amérique attaque les talibans: changement d’ambiance total dans le pays.

Très bien raconté, avec également le témoignage et l’éclairage d’un ancien du FBI qui a enquêté sur Al Qaïda, ce récit nous fait revivre le 11-Septembre sous un tout autre angle. Et 20 ans après, c’est évidemment non seulement la date anniversaire des attentats, mais c’est aussi le retour des talibans au pouvoir. Cette BD a donc des échos angoissants, qui peuvent laisser penser que l’Afghanistan pourrait bien redevenir un pays rêvé pour les jeunes radicalisés et que des camps pour les former sont prêts à les accueillir.

La suite à Guantánamo

Un deuxième tome va suivre, qui racontera la suite du voyage de Mourad et Nizar, car les deux jeunes qui ont rechigné à devenir des djihadistes n'en ont pas moins fini à Guantánamo, aux mains des Américains.

«Le jour où j’ai rencontré Ben Laden», de Jérémie Dres, Éd. Delcourt, coll. Encrages, 192 pages.

«Le jour où j’ai rencontré Ben Laden», de Jérémie Dres, Éd. Delcourt, coll. Encrages, 192 pages.

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