Royaume-Uni - Le 1er tueur au monde confondu par son ADN est libérable
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Royaume-UniLe 1er tueur au monde confondu par son ADN est libérable

Un Anglais qui avait violé et assassiné deux adolescentes pourrait être libéré. Il a une place à part dans l’histoire des sciences criminelles.

par
Renaud Michiels
Colin Pitchfork lorsqu’il a commis ses deux crimes, dans les années 80.

Colin Pitchfork lorsqu’il a commis ses deux crimes, dans les années 80.

Police du Leicestershire.

Colin Pitchfork peut être libéré de prison, il ne représente plus un danger pour la société. Telle est en substance la décision rendue publique lundi par le «Parole board» britannique, la Commission indépendante des libérations conditionnelles. Cet Anglais qui avait tué deux adolescentes est donc libérable.

Le tueur est connu en Grande-Bretagne pour deux terribles meurtres. Mais son affaire est également dans les livres d’histoire des sciences criminelles car trois premières mondiales avaient eu lieu lors de l’enquête menant à son arrestation.

Tout débute en 1983. Le corps sans vie de la jeune Lynda Mann est alors retrouvé à Narborough, dans le Leicestershire, au centre de l’Angleterre. L’adolescente de 15 ans a été violée puis étranglée. Des échantillons de sperme du tueur sont récoltés mais l’enquête n’aboutit pas.

Un premier suspect avoue

Trois ans plus tard, un autre cadavre est retrouvé à quelques centaines de mètres à peine du premier. Il s’agit cette fois du corps de Dawn Ashworth. Elle avait également 15 ans et elle a aussi été violée puis étranglée. Là aussi des échantillons de sperme sont collectés.

La similitude entre les deux crimes est évidente et les agents remontent jusqu’à un jeune homme de 17 ans de la région. Il passe aux aveux et confesse le second meurtre. Mais les sciences ont évolué et les spécialistes vont vérifier ses dires grâce à l’ADN, qui a prouvé que les deux crimes avaient été commis par la même personne. Et à leur grande surprise ça ne colle pas: ce jeune homme n’est pas le tueur. Pour la première fois de l’histoire, l’ADN a innocenté une personne.

Seconde première: les policiers décident d’un test de masse et récoltent puis analysent l’ADN de quelque 5000 hommes de la région. Mais ça ne donne rien: ils font chou blanc.

C’est finalement un homme trop bavard qui va permettre de résoudre l’affaire. Ce dernier indique à des amis qu’il a donné un échantillon de son sang à un certain Colin Pitchfork durant la vague de tests. Les policiers l’apprennent et interpellent cet individu. Et, là, pour la première fois dans le monde, l’ADN parle et confond le tueur. Colin Pitchfork, alors marié avec deux enfants, confesse les viols et les meurtres de Lynda Mann et Dawn Ashworth. Il est condamné à la perpétuité avec une peine incompressible de 30 ans.

«Consterné»

Premier homme confondu grâce à son ADN, premier homme innocenté, premier test de masse auprès d’une population. Voilà pour l’histoire des sciences criminelles. Mais pour revenir à l’actualité, la libération d’un tel meurtrier suscite évidemment un certain émoi en Angleterre. Des médias rappellent que lors de la précédente demande de libération de Colin Pitchfork, la mère de sa première victime avait lâché qu’«il ne devrait même pas respirer et, au moins, être enfermé pour toujours.»
Député du sud du Leicestershire, Alberto Costa, s’est de son côté dit «consterné» par la nouvelle, rapporte la BBC. «Même si quelque 30 ans se sont écoulés, ce nest pas le genre de crime quon peut jamais oublier», a-t-il déclaré. Et de trancher: «Cest immoral, mal et dangereux de libérer ce meurtrier de deux enfants.»

S’il est libéré, Colin Pitchfork, aujourd’hui 61 ans, devra respecter toute une série de conditions, précise la presse britannique. Il devra vivre à une adresse désignée, porter un bracelet électronique, se soumettre à des détecteurs de mensonges, indiquer quels véhicules il utilise comme dire à qui il parle avec également des restrictions dans ses contacts avec des enfants. Il sera en outre soumis à un couvre-feu, aura des restrictions sur lutilisation des technologies et des limites géographiques sur les endroits où il peut se rendre.

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