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RADIO-TVLe banquet de trop

La fête de départ du président de la SSR a coûté des dizaines de milliers de francs. Indignation de gauche à droite.

par
Ludovic Rocchi
La fête pour le départ à la retraite de Jean-Bernard Münch s'est déroulée au Kornhauskeller, un des restaurants chics de la capitale.

La fête pour le départ à la retraite de Jean-Bernard Münch s'est déroulée au Kornhauskeller, un des restaurants chics de la capitale.

Yvain Genevay

Après l'affaire de la Porsche Cayenne de l'ex-directeur général de la SSR, voilà l'histoire du luxueux banquet d'adieux du président de l'organe qui chapeaute le service public radio-TV en Suisse. Pour fêter le départ à la retraite de Jean-Bernard Münch et de deux autres administrateurs, les rois de la redevance ont fait les choses en grand, au début de ce mois à Berne.

145 invités ont partagé un repas au Kornhauskeller, un des restaurants chics de la capitale. Et ceux qui n'avaient plus de train pour rentrer se voyaient offrir la nuitée au Bellevue, le palace le plus cher de Berne. Un sacré pot de départ qui a obligé Doris Leuthard, ministre de tutelle de la SSR, à rendre des comptes devant le Conseil national.

Nuitées à l'Hôtel Bellevue

Elle a défendu ce luxe en indiquant qu'il s'agissait d'un «repas d'adieux en rapport avec la grosseur de l'entreprise». Pas tout à fait à l'aise, elle a refusé de dévoiler le prix de la fête, prétextant que la SSR est «autonome» pour ce genre de dépenses. Le service de presse de l'entreprise publique n'est pas plus bavard sur la facture, mais précise que seule une dizaine d'hôtes ont choisi de passer la nuit au Bellevue (environ 300 fr. au prix d'ami) et qu'une quinzaine ont choisi l'Hôtel Bern, un peu moins cher. Au total, on peut estimer qu'il en a coûté plusieurs dizaines de milliers de francs.

Ces explications ne satisfont pas du tout la conseillère nationale Natalie Rickli (UDC/ZH), infatigable pourfendeuse de la gourmandise du service public. «C'est scandaleux, dit-elle. M. Münch aurait au moins pu payer le banquet de sa poche, sachant qu'il a été grassement payé avec l'argent de la redevance pendant des années.» L'élue UDC n'est pas la seule à s'énerver. «Le Matin» a contacté une dizaine de membres des commissions s'occupant de la SSR aux Chambres fédérales: aucun n'a défendu la dépense. Et tous ont indiqué ne pas avoir honoré l'invitation. «C'est de l'arrogance, alors qu'on parle d'économies», lâche par exemple Géraldine Savary (PS/VD). «C'est à l'image des excès dans les frais de lobbying du service public à Berne», ajoute Filippo Lombardi (PDC/TI). «Franchement pas malin», ironise Olivier Français (PLR/VD).

Pris à partie dans un journal alémanique, Jean-Bernard Münch s'est défendu d'avoir donné dans le luxe et a indiqué qui s'il avait par exemple travaillé pour Novartis, la fête aurait été bien plus grandiose. Malheureusement pour lui, le géant pharmaceutique affirme le contraire. «Il est faux d'affirmer que nous pratiquons des fêtes de départ comme celle décrite à la SSR, déclare Satoshi Sugimoto, porte-parole de Novartis. Les départs du conseil d'administration sont généralement fêtés dans un cadre restreint.»

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