Suisse: Le banquier suspect a déménagé en Allemagne

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SuisseLe banquier suspect a déménagé en Allemagne

Soupçonné d'avoir vendu des données au fisc allemand, un cadre d'UBS vit en Allemagne. Il doit être jugé à Bellinzone en septembre. Pas sûr qu'il vienne.

par
Pascal Schmuck
Zurich
L'ancien cadre d'UBS a déménagé seul en Allemagne, laissant sa famille à Bâle.

L'ancien cadre d'UBS a déménagé seul en Allemagne, laissant sa famille à Bâle.

Keystone

Le Tribunal pénal fédéral (TPF) doit se pencher en septembre sur le cas de René S., un ancien cadre d'UBS à Bâle accusé d'avoir vendu au fisc allemand des données de riches clients. Plusieurs centaines en ont fait les frais, comme le rappelle le Tages-Anzeigerdans son édition du 22 juin.

Le collaborateur indélicat a pioché ses renseignements entre 2005 et 2012 lorsqu'il travaillait dans la section Trusts and Foundations chez UBS, explique le TPF. Mais la tenue du procès est liée à la venue du suspect à Bellinzone. Or l'homme, de nationalité suisse, est désormais retraité et vit à proximité de Bâle, mais de l'autre côté de la frontière, en Allemagne.

Rétribué plus de 1,1 million d'euros

Il n'a pas voulu dévoiler sa nouvelle adresse tandis que son épouse et ses enfants continuent de vivre dans la cité rhénane. S'il se refuse à paraître à son procès, René S. pourrait donc bien être arrêté lorsqu'il rendra visite à sa famille.

Le suspect est en tout cas à l'abri du besoin puisque selon le TPF, il a reçu 1,147 million d'euros pour ses activités illégales. Cette somme serait en sécurité dans une banque allemande et Berlin s'oppose à l'entraide judiciaire en l'absence de nouvelles données ou de transactions.

L'échange automatique d'informations est toutefois entré en vigueur mais si René S. a déménagé à temps, il n'est pas concerné. L'équipe du procureur fédéral Carlo Bulletti a néanmoins pu prouver que l'ex-cadre d'UBS s'était offert un bien immobilier à Majorque en Espagne de plus d'un million d'euros. Les soupçons de blanchiment d'argent se sont donc ajoutés à ceux d'espionnage économique et de violation du secret bancaire et du secret professionnel.

Espagne et Rhénanie du Nord-Westphalie

René S. a été arrêté le 17 septembre 2013, alors qu'il se rendait à l'aéroport pour s'envoler vers les Baléares. A bord de sa BMW Coupé 325i, les enquêteurs ont trouvé, caché dans le coffre, un numéro de compte de la Deutsche Bank à Majorque. L'ex-cadre y a détenu beaucoup d'argent, qui a été transféré dans un établissement de Rhénanie du Nord-Westphalie.

Or les autorités fiscales de ce Land allemand se sont longtemps montrées très intéressées par le rachat de données volées dans les banques suisses. Elles avaient annoncé en août 2012 qu'elles avaient mis la main sur un grand nombre d'informations des clients allemands chez UBS. Ces derniers faisaient l'objet trois mois plus tard de descentes de la part des enquêteurs fiscaux.

Un dossier difficile

UBS a soupçonné dès le printemps 2013 que la fuite venait de René S. Elle a déposé plainte auprès du Ministère public de la Confédération (MPC) contre son collaborateur de longue date.

La culpabilité du suspect a été difficile à établir, malgré quatre écoutes téléphoniques. D'autant plus que l'ex-cadre venait de démissionner. La Police judiciaire fédérale a fait appel au Service de renseignement de la Confédération (SRC), qui a engagé un espion pour trouver des preuves. Ce sera Daniel M., dont l'arrestation en Allemagne mettra plus tard la Confédération en position très inconfortable.

La chaîne de preuves contre René S. n'est donc pas complète. Le suspect a été interrogé à six reprises par le Ministère public et la Police judiciaire fédérale mais il a toujours nié les accusations.

Jugé par contumace

L'ex-banquier, dont le dernier domicile est inconnu, pourrait être jugé par défaut par le Tribunal pénal fédéral s'il ne comparaît pas à l'ouverture de son procès. Celle-ci a été fixée au 4 septembre prochain.

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