Saveurs: Le bar à vin en fût qui casse les codes
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SaveursLe bar à vin en fût qui casse les codes

Deux jeunes Romands projettent d’ouvrir «Street Cellar», un bar qui mêle culture du vin et art urbain dans le quartier du Flon à Lausanne. Ils restent optimistes malgré un contexte peu propice au secteur de la restauration.

par
Laura Juliano
Laura Juliano

Pour Arthur Stehli et Julien Caure, deux Romands de 32 ans diplômés de l’École hôtelière de Lausanne, le vin est un art qui se décline à toutes les échelles: du verre jusqu’aux murs. Dans l’optique d’innover et d’en mettre plein la vue et les palais, ils ont eu une idée qui claque!

D’ici quelques semaines, ils ouvriront «Street Cellar», un bar qui se veut urbain et chaleureux, où le vin sera servi à même le fût dans un décor sublimé par des artistes de la région.

«On ne voulait pas d’un bar à vin habituel avec ses planchettes, son jazz et son ambiance feutrée, précise Julien Caure. On a voulu reprendre les codes de la culture urbaine, son atmosphère et son art, en passant par sa cuisine en revisitant avec notre chef des classiques de la street-food à base de produits locaux.»

Du vin servi à la tireuse

Le challenge, pour les deux associés, se trouve surtout dans la manière de présenter le vin qui pourrait bien en surprendre certains. Chaque verre sera rempli à la tireuse du fût qu’ils seront allés chercher directement chez les vignerons de la région.

Une méthode encore peu répandue en Suisse qui risque de faire sourciller les œnophiles les plus conservateurs. Pourtant, en plus d’être économique et écologique, elle permet de préserver la fraîcheur du vin et de garantir sa température de service.

«L’idée nous est venue il y a sept ans, lorsqu’on était à Shanghai et qu’on nous a proposé d’importer des fûts de vin suisse en Chine. On a alors découvert tous les atouts de ce conditionnement et on a voulu le proposer en Suisse en mettant en avant les producteurs locaux, poursuit le cofondateur. Pour nous, le vin, c’est bien plus qu’une bouteille ou une étiquette: c’est l’homme qu’il y a derrière et dont on veut raconter l’histoire.»

Optimistes, malgré la crise

Situé dans le quartier du Flon, à Lausanne, Street Cellar qui a déjà levé près de 10 000 francs via une plateforme de financement participatif devrait ouvrir ses portes en janvier 2021. Du moins, c’est ce que les fondateurs espèrent. Sur la devanture en chantier, une affiche annonce le décompte en reprenant les mots d’Alain Berset: «J — aussi vite que possible mais aussi lentement que nécessaire.»

«Ce n’est clairement pas la période idéale pour se lancer dans la restauration, conçoit Julien Caure. Mais on est des optimistes depuis le début et on le reste. Ce projet, on l’a embrayé bien avant la pandémie. On se dit qu’il faut continuer à avancer, à faire sourire les gens, leur donner une perspective d’avenir.»

Optimistes, mais prudents. L’aménagement répondra aux exigences des mesures sanitaires actuelles dans le cas où elles perdureraient. Pas de tabourets au bar, donc, et des tables espacées pouvant accueillir seulement quatre personnes. De quoi être paré pour une ouverture en douceur et augmenter l’assise lorsque les circonstances le permettront.

Des saveurs qui se lisent dans les murs

Pour célébrer ce breuvage au cœur de leur concept, les deux amis ont donné carte blanche à «Dahflo», une artiste lausannoise de 29 ans spécialisée en peinture urbaine.

Transportée par sa musique aux teintes électro, elle imprègne depuis plusieurs jours les murs immaculés du local de volutes aux nuances ardentes évoquant les saveurs du vin et le plaisir des sens.

«Je suis fascinée par le travail du terroir et l’artisanat: il y avait tout un univers derrière leur projet qui me parlait beaucoup, confie l’artiste, architecte de formation. J’avais envie d’interpréter le côté sensoriel que m’inspirent les effluves du vin, les tonneaux et tout le processus de fabrication. Je vais donc jouer avec une gamme couleur qui se rapporte au vin, à la nature, à la terre.»

Des entrelacements pourpres que chacun pourra interpréter à sa manière. «Ce sont des mouvements qui proposent suffisamment de détails pour interpeller, mais dont l’évanescence laisse imaginer toutes sortes de paysages à différentes échelles: aussi bien macro que micro, précise Dahflo. Pour moi c’est une invitation à la rêverie, à la contemplation.»

Quant aux portes de l’établissement, elles seront signées LPVDA (Les pinceaux verts d’Antoine), un artiste vaudois qui s’est fait connaître en magnifiant de nombreux chalets à travers la Suisse de ses habiles coups de ponceuse.

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