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JusticeLe Bernois qui a abattu un cambrioleur à Nice de retour en Suisse?

Werner *, 68 ans, qui a abattu un voleur surpris en flagrant délit de violation de domicile, dans sa luxueuse résidence secondaire, a été autorisé à quitter la France.

par
Benjamin Pillard
Le jeune retraité a acquis sa villa cossue des hauteurs de Tourrettes-sur-Loup (F) il y a deux ans.

Le jeune retraité a acquis sa villa cossue des hauteurs de Tourrettes-sur-Loup (F) il y a deux ans.

Stocklib

Pour la justice française, Werner* (68 ans) n’est juridiquement pas un meurtrier. En tout cas pas pour l’instant. C’est ce qu’a décidé un juge d’instruction de Grasse (F) à l’issue de la garde à vue de cet architecte bernois à la retraite. Dans la nuit de mercredi à jeudi pourtant, le sexagénaire a tué par balle un cambrioleur encagoulé qui tentait de s’introduire dans sa propriété de Tourrettes-sur-Loup (bourgade à 25 km au nord-ouest de Nice). Une villa cossue avec piscine perchée à 470 m au-dessus du niveau de la mer, acquise il y a deux ans par le jeune retraité et son épouse.

Le Parquet de Grasse avait pourtant requis sa mise en examen pour homicide volontaire, assortie d’une interdiction de quitter le territoire français. Cette dernière mesure n’a pas non plus été suivie par le juge chargé du dossier, si bien que le Bernois a été autorisé à rentrer en Suisse, a appris «Le Matin». Selon nos informations, le tueur – tireur sportif d’élite à ses heures – aurait déjà passé la frontière, bien que placé sous contrôle judiciaire. «Cet homme a des intérêts dans les deux pays; il reviendra sans doute», commente la procureure Fabienne Atzori, à la tête du Parquet de Grasse. Une garantie financière de plusieurs dizaines de milliers d’euros aurait en outre été versée par Werner.

Le fait que la qualification juridique de meurtre n’ait pas été retenue à ce stade de l’instruction «ne préjuge en rien de l’issue», estime la magistrate, pour qui la légitime défense avancée par le Bernois n’était pas recevable. «Rien ne permet toutefois de dire que l’intéressé a menti.» En l’occurrence, le retraité avait justifié son tir par un bras levé du cambrioleur, surpris deux heures avant l’aube sur la terrasse de la propriété. Aucune arme autre que celle du propriétaire n’a cependant été retrouvée, à l’exception d’une bombe lacrymogène.

Détenu légalement en Suisse, le pistolet du tueur n’aurait pas été autorisé sur le territoire français.

* Prénom d’emprunt

LA VICTIME

Karim B. S., ex-tôlard de 26 ans

«Toujours souriant malgré tout. Un homme avant tout, d’une grande simplicité, avec un grand cœur, fidèle à ses valeurs. Qu’Allah lui ouvre les portes du paradis.» Ces lignes d’hommage ont été publiées sur Facebook par un «frère» de Karim B. S., au lendemain de la mort de ce jeune cambrioleur d’origine maghrébine, tué d’une balle par le retraité bernois.

«J’ai supprimé la page, je ne pensais pas que ça allait prendre une telle ampleur», a déclaré à nos confrères de Nice-Matin cet ami qui avait l’intention d’organiser il y a deux jours une «marche d’hommage» en mémoire de cet ex-tôlard de 26 ans, dans les rues de «sa» ville de Cagnes-sur-Mer (à une douzaine de km de Tourrettes-sur-Loup). Avant d’y renoncer à la dernière minute, faute d’autorisation préfectorale. Et peut-être aussi faute de soutien populaire; la page Facebook de la manifestation ayant généré plusieurs centaines de commentaires défavorables au défunt.

En 2013, un bijoutier niçois qui avait abattu un braqueur avait été applaudi par 1,6 million de personnes sous la forme d’une pétition en ligne. Mais pas par la justice, qui l’a renvoyé il y a cinq mois devant une Cour d’assises pour meurtre.

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