En bobsleigh, le «Bobteam Moulinier» vise un premier podium
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BobsleighLe «Bobteam Moulinier» vise un premier podium

L’unique équipe romande de bobsleigh vient de réaliser ses meilleurs résultats en Coupe d’Europe. Un top 3, puis la Coupe du monde, sont les prochaines étapes dans sa route vers les Jeux olympiques de 2026.

par
Sylvain Bolt
Yann Moulinier (à gauche) et ses pousseurs se rapprochent de leur premier podium en Coupe d’Europe.

Yann Moulinier (à gauche) et ses pousseurs se rapprochent de leur premier podium en Coupe d’Europe.

Bobteam Moulinier 

En coupant la ligne d’arrivée avec le 5e chrono final, l’équipage du Chaux-de-Fonnier Yann Moulinier a écrasé son meilleur résultat (10e) dès l’épreuve d’ouverture de la Coupe d’Europe de bobsleigh à quatre. C’était mi-novembre à Lillehammer, en Norvège.

«On voit que ça commence à rentrer, sourit le pilote de 28 ans, qui vient d’entamer sa quatrième saison dans l’antichambre de la Coupe du monde. Et puis nous avons décroché la 7e place droit derrière, donc c’est très encourageant.»

«Avec notre niveau, on serait probablement déjà en Coupe du monde si on concourait pour une autre nation. Et peut-être même en lice pour une sélection aux Jeux olympiques»

Yann Moulinier, pilote suisse de bobsleigh

L’ancien pousseur de Beat Hefti, qui a réalisé pour lui une dizaine de départs en Coupe du monde, avait racheté le bob à quatre du pilote appenzellois lors de son départ à la retraite. «Mais l’engin avait sept ans et le nouveau bob à quatre, acheté à l’été 2020, est clairement plus rapide, se réjouit le Neuchâtelois. Mes pousseurs ont pris du muscle et on a gagné de précieux centièmes au départ. J’ai un ancien footballeur qui ne «savait pas courir». Là, il réalise 11’’00 sur 100 mètres. Et moi, je suis de plus en plus à l’aise au niveau du pilotage.»

Bobteam Moulinier 

Les arguments du «Bobteam Moulinier» semblent solides. Mais malgré ces deux bons premiers résultats, l’unique équipage romand ne pointe qu’au quatrième et dernier rang au niveau de la hiérarchie suisse en Coupe d’Europe. «On se tire la bourre, mais la concurrence est extrêmement forte dans notre pays, souligne Yann Moulinier, dont l’équipe a terminé chaque fois derrière les trois autres pilotes helvètes lors des deux premières manches. Avec notre niveau, on serait probablement déjà en Coupe du monde si on concourait pour une autre nation. Et peut-être même en lice pour une sélection aux Jeux olympiques.»

Les JO 2026 dans le viseur

En évoquant les JO, la voix calme et posée du Neuchâtelois s’emballe. «C’est le rêve de tout bobeur et si les Jeux de Pékin 2022 sont dans un coin de notre tête, ceux de Milan-Cortina 2026 sont clairement dans notre viseur, explique le boss du «Bobteam Moulinier». Cette saison, on sent plus d’engouement pour notre discipline et c’est clairement lié au fait que cet hiver est olympique.»

Bobteam Moulinier 

Concrètement, deux bobs suisses devraient se qualifier pour les JO en Chine cet hiver. Comme un cadeau de Noël, un troisième ticket olympique devrait revenir à la Suisse en qualité d’une des trois meilleures nations du monde.

«La prochaine étape, c’est un podium en Coupe d’Europe et surtout de la constance au niveau des résultats afin de bien figurer au général»

Yann Moulinier, pilote suisse de bobsleigh

«Il faudra voir si on arrive à réaliser un exploit lors de ces trois prochains week-ends mais la place ne devrait pas nous revenir, explique avec lucidité le Romand. On ne doit pas non plus se stresser et faire les choses dans l’ordre. C’est aussi rassurant d’avoir cet objectif à plus long terme. Et on va tout faire pour y aller avec ce team avec lequel on construit quelque chose depuis plusieurs années.»

Michael Kuonen

Avant de réaliser son rêve olympique, le pilote neuchâtelois profite de ces kilomètres accumulés sur les mêmes toboggans glacés que ceux de la Coupe du monde pour accumuler une précieuse expérience aux manettes de son bolide. «La prochaine étape, c’est un podium en Coupe d’Europe et surtout de la constance au niveau des résultats afin de bien figurer au général. Le but serait de décrocher une place en Coupe du monde prochainement», avance le Suisse, qui s’aligne aussi en bob à deux. Ce week-end, à Altenberg (Allemagne), Yann Moulinier aura deux nouvelles occasions (bob à 2 vendredi à 9h et bob à 4 samedi à 9h) de glisser un patin de plus vers son prochain objectif.

Pilote et CEO

Yann Moulinier est un colosse (190 centimètres, 115 kg) qui est à la tête d’une véritable petite entreprise. En dehors des pistes de bobsleigh, il s’occupe de chercher des sponsors qui vont lui permettre de poursuivre son rêve sur la glace.

«Cela m’occupe du printemps jusqu’au début de l’hiver afin de boucler le budget d’une saison qui est de 250’000 francs», précise le pilote de La Chaux-de-Fonds.

En 2020, il a dû débourser 60 000 francs pour acquérir son nouveau bob autrichien. Mais il faut aussi payer un salaire à ses employés, qui sont ses trois pousseurs (Quentin Julliard, Julien Matthys et Mathieu Hersperger).

«Ce sont des étudiants et ceux qui bossent prennent des vacances pour les compétitions, explique Yann Moulinier. Ils baissent aussi leur temps de travail à 70 ou 80% l’hiver pour pouvoir être disponibles.» En dehors des compétitions, le «Bobteam Moulinier» est aidé par un technicien de la fédération mais gère à 95% l’entretien du matériel et les réglages pour être le plus compétitif possible.

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