Football - Le bonus potentiel du but à l’extérieur a disparu
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FootballLe bonus potentiel du but à l’extérieur a disparu

Petite révolution pour les compétitions européennes. Avant le Molde – Servette de ce jeudi soir en Conférence League, le point sur la nouveauté.

par
Renaud Tschoumy
Le capitaine Anthony Sauthier et le Servette FC devront s’habituer à la nouvelle règle dès ce jeudi soir à Molde.

Le capitaine Anthony Sauthier et le Servette FC devront s’habituer à la nouvelle règle dès ce jeudi soir à Molde.

Eric Lafargue

Imaginez seulement. Le huitième de finale de la Ligue des champions entre Barcelone et le PSG de 2017 sans la règle du but à l’extérieur. Les Catalans, étrillés 4-0 à l’aller à Paris, sont condamnés à un exploit insensé. Le Barça mène 3-0 à la 50e, mais une réussite de Cavani à la 62e rend la mission impossible: ce but inscrit à l’extérieur vaut double en cas d’égalité, les Barcelonais sont obligés de marquer encore trois buts (sans en encaisser) pour se qualifier.

Et le miracle, l’incroyable «remontada» a lieu. Deux buts de Neymar d’abord (88e et 91e): mais à 5-1, le PSG est toujours qualifié pour avoir marqué justement ce but à l’extérieur qui vaut alors double. Et puis le moment de grâce au bout des arrêts de jeu (95e), cette ouverture de Neymar pour Sergi Roberto et le 6-1 qui transporte le Camp Nou dans une autre dimension.

Une fin de match différente…

Cette saison, le bonus du but à l’extérieur a disparu des règlements de l’UEFA, où il existait depuis 1965. Dans ce match fou de 2017, il y a fort à parier que Barcelone, après avoir inscrit le 5-1 à la 91e minute, revenant ainsi à égalité 5-5 au total des deux matches à ce moment, n’aurait pas pris tous les risques, obligé qu’il l’était pour éviter l’élimination, afin d’inscrire le but indispensable de plus avant la fin du temps réglementaire. Avec la nouvelle règle, la dramaturgie des derniers instants se serait très probablement diluée dans les prolongations, voire dans les tirs au but, puisque c’est ce qui est désormais en vigueur en cas d’égalité au total du score après 180 minutes. C’est cette magie de la survie sans échappatoire qui s’éteint avec l’abolition du «but à l’extérieur».

Pour être honnête, il faut aussi reconnaître que s’éteint aussi une forme d’injustice, peut-être. Que l’histoire des compétitions européennes de clubs est constellée de ces matches qui ont propulsé au tour suivant des équipes qui ne le méritaient pas sur cette seule réussite à l’extérieur et que ce tribut payé à ce point de règlement, pour historique et romantique qu’il fût, était indu. Pourquoi pas.

Conséquences sur le jeu?

Il n’empêche: cela peut avoir des conséquences sur le jeu, sur l’approche d’un entraîneur avant un match. Marquer un but à l’extérieur n’est plus potentiellement aussi déterminant. Idem pour le match retour à domicile par exemple: après un 0-0 à l’aller, la crainte d’encaisser une réussite adverse qui obligerait à marquer deux fois se dissipe sans doute. On verra bien cette saison.

Geiger et Sauthier pas d’accord

Cette saison, c’est aujourd’hui pour Servette, engagé ce jeudi soir en Conférence League à Molde, en Norvège. Alain Geiger est donc confronté à ce nouveau règlement. «Je n’ai pas de problème avec ce changement, explique-t-il. Je trouve ça plutôt bien. Cela raccourcit la distance entre les équipes. Les matches seront plus serrés, je pense. Est-ce que cela va influencer la manière d’aborder un match? Peut-être, cela dépend. Il faudra faire la différence davantage encore sur les deux matches, aller et retour, sans bénéficier ou subir ce bonus du but à l’extérieur. Cela me va.»

«Il faudra faire la différence davantage encore sur les deux matches, aller et retour, sans bénéficier ou subir ce bonus du but à l’extérieur»

Alain Geiger, entraîneur du Servette FC.

À quelques heures de ce match européen à Molde, Anthony Sauthier ne partage pas le même avis que son entraîneur. «Disons qu’on enlève quelque chose qui faisait partie du foot, dit le capitaine grenat. J’étais plutôt contre l’abolition de cette règle, mais on ne m’a pas demandé mon avis…»

Dans ces deux positions opposées, les deux manières d’accueillir la réforme. Il faudra s’y habituer et voir plus tard si elle a eu des effets bénéfiques ou pervers.

L’expérience des Norvégiens de Molde

Ce jeudi soir, à 18 heures, Servette commence sa saison par un match européen. C’est au deuxième tour qualificatif de la Conference League, la nouvelle compétition de l’UEFA, que l’aventure débute pour les Grenat. S’ils veulent intégrer la phase des poules, il leur faudra donc éliminer Molde, passer le troisième tour contre les Turcs de Trabzonspor (un autre très gros morceau) et s’imposer encore ensuite, dans un match de barrage qui suivra. Très compliqué.

Que penser de cette Conference League: troisième division européenne derrière l’immense Ligue des champions et l’Europa League, donc forcément parent pauvre des joutes internationales?

À 25 ans, Fredrik Aursnes est un milieu de terrain de Molde. Il a cinq matches qualificatifs de Ligue des champions à son actif et dix en Europa League, dont le superbe parcours la saison dernière, avec un Molde qui est arrivé jusqu’en 8es de finale.

Il se retrouve aujourd’hui en Conference League. Alors? «Alors le parcours en Europa League était fabuleux, dit-il avec le sourire. Si je pouvais choisir, j’aimerais le revivre en Europa League… Mais la Conference League est une nouvelle compétition et à Molde, nous voulons réaliser un gros parcours encore une fois. Financièrement, cela peut aider le club.»

C’est cette volonté et cette expérience qui seront des atouts pour les Norvégiens, en plus du fait qu’ils sont déjà en plein championnat (14 journées, Molde est en tête du classement). «Notre parcours européen de la saison passée nous a donné de la confiance dans nos moyens», lance Aursnes. Servette est averti. D.V.

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