France: Le bras de fer sur les retraites se poursuit
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FranceLe bras de fer sur les retraites se poursuit

Samedi, les manifestations se poursuivaient dans l'Hexagone, entre la protestation contre le régime des retraites et le mouvement des «gilets jaunes».

La grève contre la réforme des retraites est reconduite.

La mobilisation en France sur une réforme des retraites s'installe dans la durée pour tenter de faire plier le gouvernement, avec des transports publics encore très perturbés ce week-end. Des milliers de manifestants ont défilé dans plusieurs villes du pays.

Réunis samedi, les trois premiers syndicats de cheminots ont appelé à amplifier la mobilisation contre le projet de «système universel» de retraite par points, qui doit sonner la fin des 42 dispositifs actuels, dont le régime spécial de la compagnie ferroviaire nationale SNCF.

«Nous appelons [...] au renforcement du mouvement à partir de lundi pour bien matérialiser auprès du gouvernement que nous voulons le retrait de son projet par points», a déclaré Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots.

L'exécutif français est sous pression après une mobilisation massive dans la rue jeudi (plus de 800'000 manifestants selon le ministère de l'intérieur), un nouvel appel à une journée de grèves et de manifestations mardi, et alors que le trafic ferroviaire et dans les transports parisiens est très réduit depuis jeudi.

Un TGV sur six

Les opposants les plus virulents espèrent faire durer le mouvement et mettre le pays à l'arrêt comme en décembre 1995. La mobilisation d'alors, notamment contre une réforme des retraites, avait paralysé les transports en commun durant trois semaines et forcé le gouvernement de l'époque à reculer.

Pour le président français Emmanuel Macron, qui a fait de la «transformation» de la France la raison d'être de son quinquennat, les jours à venir s'annoncent déterminants. Le contexte social en France est déjà tendu, avec la mobilisation depuis plus d'un an dans le pays du mouvement social des «gilets jaunes», mais aussi des mécontentements exacerbés dans les hôpitaux, parmi les étudiants, les cheminots, les policiers, les sapeurs-pompiers, les enseignants, les agriculteurs...

Samedi, seuls 15% des trains de banlieue en région parisienne, un train à grande vitesse (TGV) sur six et un train régional sur dix étaient assurés à travers la France. Neuf lignes du métro parisien sur quatorze (RATP) étaient fermées. Conséquence directe pour la Suisse: un seul TGV Paris-Bâle était prévu ce samedi. Tous les autres TGV entre la Suisse et la France ont été supprimés, selon les CFF.

Des «gilets jaunes» à Paris

Un millier de «gilets jaunes» a manifesté samedi à Paris dans une ambiance émaillée de quelques tensions et sous haute surveillance policière, a constaté un journaliste de l'AFP. Peu après 14 heures, des incidents entre manifestants et policiers ont perturbé le cortège.

Non loin de l'endroit où ils ont voulu dévier du parcours prévu, se tenait au même moment une manifestation contre le chômage et la précarité, traditionnellement organisée chaque premier samedi de décembre. Un groupe de manifestants a tenté de forcer un barrage des gendarmes mobiles français, qui les ont repoussés avec leurs boucliers et des grenades lacrymogènes.

Quelques autres tirs de gaz lacrymogènes se sont ensuite produits en tête de cortège. Une personne a été évacuée sur une civière par des «street medics», sans que l'on connaisse dans l'immédiat la gravité de sa blessure, a constaté un journaliste de l'AFP.

Rejoints par des étudiants, des militants antifascistes et des syndicalistes de la CGT, les manifestants avaient progressé jusque-là dans le calme depuis leur départ de Bercy en fin de matinée, criant les slogans habituels de ce mouvement social né le 17 novembre 2018: «Macron démission» ou encore «Tout le monde déteste la police».

Plusieurs foyers à éteindre

Le gouvernement a plusieurs foyers à éteindre, et pas seulement sur les régimes spéciaux, pour lesquels Edouard Philippe a promis des «transitions progressives» vers le futur système. Il doit notamment répondre aux inquiétudes des enseignants, qui craignent que leurs pensions ne baissent avec les nouvelles règles de calcul. Pour l'éviter, le premier ministre s'est engagé à une «revalorisation progressive» de leur traitement.

De leur côté, les professionnels du commerce et du tourisme en France commencent à faire part de leur inquiétude sur les conséquences d'un mouvement social potentiellement durable.

A Lyon, les hôtels sont loin de faire le plein, alors qu'il est habituellement impossible de trouver une chambre en ville pendant le week-end de la réputée fête des lumières.

(ats)

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