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ProphétieLe bunker est toujours prêt

A vingt jours de la fin du monde, la Berne fédérale vit au rythme d'une session calme. En cas d'urgence, les conseillers fédéraux pourront toujours se réfugier, mais pas les parlementaires.

par
Eric Felley
Le fameux bunker K20, près de Kandersteg, est toujours opérationnel.

Le fameux bunker K20, près de Kandersteg, est toujours opérationnel.

Alessandro Della Valle/Keystone

«Ce sera à qui court le plus vite!» La conseillère nationale Isabelle Moret (PLR/VD) sourit à la question de savoir comment se sauveront ses collègues si un danger apocalyptique frappait le Palais fédéral. Comme elle, tout le monde au Parlement prend la date du 21.12.2012 à la légère: «J'avoue que nous avons hésité à élire Maya Graf, plaisante-t-elle, à cause de son prénom!»

Mais, lorsqu'on évoque une menace plus réelle, la Berne fédérale retrouve son sérieux et son goût du secret. Le bunker du Conseil fédéral est-il toujours opérationnel pour la fin du monde? Le vice-chancelier de la Confédération, André Simonazzi, connaît la réponse: «Les installations dites de sécurité sont classées confidentielles. Bien évidemment, elles sont régulièrement mises à jour et d'ailleurs utilisées par les personnes autorisées. Mais rien n'a été entrepris pour adapter les infrastructures en raison du 21.12.2012.»

Secret de Polichinelle

Confidentiel? En 2004, un journaliste alémanique a payé une amende de 400 francs pour avoir révélé dans la Weltwoche où se trouvait le fameux bunker. Nommé «K20», dans la région de Kandersteg, ce lieu est devenu un secret de Polichinelle. En deux clics sur le Web, on trouve ses coordonnées. Deux clics plus loin, on le situe sur Google Maps. Les secrets militaires ne sont plus ce qu'ils étaient.

La forteresse de l'Oberland bernois a été commencée dans les années 1980. Les conseillers fédéraux ainsi que tous les parlementaires auraient dû s'y réfugier pour poursuivre la marche des affaires, selon une stratégie intitulée «Business Continuity Plannung (BCP)». Après la chute du mur de Berlin en 1989, le Parlement décidait de poursuivre la construction, mais de réduire l'objet. Puis il fut projeté un autre bunker: «En 1997-1998, on en a construit un sous l'aile ouest du Palais fédéral», se souvient Didier Berberat (PS/NE).

Pendant ce temps, le sort des parlementaires devenait moins important. En 2004, le Conseil fédéral précisa qu'il restait 30 places pour le Parlement et que celui-ci devait s'organiser pour désigner les personnes. Deux ans plus tard, la conseillère nationale Pia Hollen­stein s'inquiétait: «Les 30 membres du Parlement ou de ses services ont-ils été désignés et informés?» Eh bien, non, ce n'était pas une priorité. Depuis, plus rien. Même le très pointu Yvan Perrin (UDC/NE) se dit surpris: «Un plan d'urgence? Jamais entendu parler… Les parlementaires préféreront rester en famille.» Même un proche de l'armée comme Jean-René Fournier (PDC/VS) met en doute l'idée de se cacher dans un bunker: «Cela n'a pas de sens par rapport à une guerre conventionnelle. Par rapport à la menace terroriste, j'en doute aussi.» Pour son jeune collègue Jean Christophe Schwaab (PS/VD): «Ce qu'il faut craindre aujourd'hui, c'est plutôt une cyberguerre. Toutes les protections physiques ne serviront à rien si le système électronique est anéanti.»

La seule menace vraiment ressentie par les parlementaires est toute proche: la centrale de Mühleberg. Aura-t-elle la mauvaise idée d'exploser le 21.12.2012? Auquel cas Carlo Sommaruga rentrera chez lui: «En cas de problème, je préfère être aux côtés de mes électeurs, qui, eux, ne seraient pas protégés.» Le sens politique jusqu'au bout.

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