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Interview«Le burn-out n’est pas une maladie!»

Coach et formateur à Lausanne, Thierry Balthasar signe un livre inspiré de son expérience sur le burn-out. L’objectif: dépoussiérer ce terme fourre-tout autour duquel persiste une incompréhension délétère.

par
Laura Juliano
Laura Juliano

Après deux burn-out foudroyants dont le dernier l’a laissé à terre, inconscient, Thierry Balthasar a choisi de transcender cette douloureuse expérience pour en préserver les personnes à risque. Les exigeants, les perfectionnistes, ceux qui ont peur de décevoir au point de s’oublier jusqu’à ce que leur corps leur dise «stop!»

Dans son livre «Le burn-out, un signe de bonne santé» paru aux Éditions Favre, ce coach et formateur spécialisé dans l’insertion professionnelle espère délester ceux qui en souffrent de leur image de victime. Et associer le burn-out non pas à une maladie, mais à un signal d’alarme naturel qui se déclenche lorsque l’environnement est dysfonctionnel. Une invitation forte aux chefs d’entreprise à prendre le bien-être de leurs équipes très au sérieux. Par humanité, mais aussi pour s’assurer une productivité efficace et durable.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre?

J’ai fait moi-même deux burn-out et j’en avais marre de voir autant de proches tomber les uns après les autres. J’avais envie de témoigner, de dire qu’on s’en remet, qu’on n’est pas mal finis. Ce n’est pas une fin en soi, c’est plutôt le début d’autre chose!

Pourquoi définissez-vous le burn-out comme «un signe de bonne santé»?

Le burn-out, finalement, est là pour nous apprendre quelque chose. Voir ce qu’il apporte de constructif, c’est sortir de la peur et du tabou qui l’entourent. Si on le considère comme une maladie, on va se considérer comme une victime. De même, si l’employeur y voit un signe de faiblesse, il ne se posera pas plus de questions. Y voir un signe de bonne santé permet d’oublier la notion de coupable, de le prendre comme une situation à résoudre, d’en tirer des leçons. Tant qu’on apparente l’employeur à un bourreau et l’employé une victime, on n’avancera pas.

Que dire à ceux qui le comprennent comme une faiblesse?

Penser que le fait de ne pas pouvoir tenir le coup dans un environnement organisationnel inadéquat est une faiblesse, c’est absurde. Au contraire, c’est plutôt une bonne nouvelle! C’est comme un fusible dans une maison. Lorsqu’il pète, ce n’est pas qu’il était défectueux, c’est qu’il a joué son rôle.

Les personnes en burn-out ont-elles conscience de leur état?

Souvent, on associe le burn-out à «la grosse casse»: on ne peut plus se lever, on finit sur un brancard, à l’hôpital. Certes, ça peut être spectaculaire. Mais lorsqu’on est sur le chemin qui mène à ce point de rupture, on est déjà en burn-out. Ceux qui ne l’ont pas encore atteint ont l’impression d’avoir échappé au pire. C’est avec eux que le travail va être le plus difficile, car ils peuvent être dans le déni. Il va falloir mettre le doigt sur tous les signes de stress et de fatigue auxquels le corps s’est accoutumé au fil du temps au point de ne plus pouvoir tirer la sonnette d’alarme. Le stress chronique est dangereux car le corps s’habitue, mais il s’use. Et un jour, il casse.

Que ressent-on, une fois arrivé au point de rupture?

J’ai vu des personnes en salle de fitness, bloquées sous leur barre. D’un coup, elles n’avaient plus aucune force, c’était terminé. Mon deuxième burn-out m’a amené à ce point de rupture où j’ai perdu connaissance. On ne peut plus rien faire, on est à plat. Certains se réveillent un matin, incapables de bouger et croient qu’ils sont paralysés. Mais lorsqu’on atteint ce point-là, c’est qu’on est allés beaucoup trop loin. On peut en garder des séquelles à vie.

Comment s’en sortir à temps?

Il est capital de reconnaître les premiers signes (je les mentionne dans mon livre). L’entourage peut aussi servir d’observateur et agir d’une main de fer dans un gant de velours, en donnant des ultimatums avec amour. Quand on sort du déni, pour guérir, il n’y a pas de secret: il faut se reposer. Ce que j’en ai appris, c’est que d’être égoïste est la seule manière d’être altruiste de manière durable. Il faut prendre soin de soi en premier pour aider les autres ensuite, comme on nous le dit si bien dans les avions avec les masques de dépressurisation. Dans le cadre du travail, il faut s’adresser à son responsable pour trouver un compromis qui permettra à l’employé de souffler.

Pas évident dans une société qui valorise la suractivité…

Oui, mais le jour où on arrive au bout, on ne sert à plus rien, on est une loque, on est inutile, on ne sait plus réfléchir, plus parler, plus bouger. Donc, on a le choix. Au lieu de tenir à tout prix pour finir par tout perdre, mieux vaut ralentir lorsqu’il en est encore temps. Ravaler sa fierté, mettre un peu son ego de côté est finalement moins difficile que d’endurer cet état. Je peux vous le dire, ça n’a rien de drôle!

Le Covid-19 affecte-t-il la situation?

Je voulais sortir ce livre il y a un an. Le Covid-19 est venu mettre son grain de virus dans la machine. Mais je suis ravi qu’il sorte maintenant. Finalement, c’est le bon moment. Avec le confinement, le télétravail et toutes ces mesures qui nous sont tombées dessus du jour au lendemain, s’adapter pour garder un lien social et un rythme de vie n’est pas facile pour tout le monde. Il y a trois risques liés au télétravail. Premièrement, ceux qui avaient coutume de faire du présentéisme se retrouvent dans une situation où les autres ne peuvent pas voir ce qu’ils font de visu. Ils risquent d’en faire encore plus pour être sûrs que leurs efforts se voient, même à distance. Deuxièmement, certains surinvestissent le travail pour s’occuper puisqu’ils n’ont plus rien à faire. Enfin, on n’a plus de repères horaires. La limite entre vie privée et travail devient plus floue, ce qui peut affecter l’hygiène de vie.

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48 commentaires
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Troubles de l attention

10.12.2020 à 10:59

On s en remet très mal comme un virus surtout en pré AVC des séquelles a vie !

MAERKLIN

10.12.2020 à 10:22

Toute souffrance, mentale ou physique, imposée par un "dirigeant" quelqu'il soit, constitue déjà en soi un crime

PSY

10.12.2020 à 05:23

Dans un burmout, rien ne vas plus...on se culpabilise, on vous culpabilise... on perd pied et beaucoup de choses qui nous tenaient a coeur! L'important c'est de dure STOP. vous avez le droit de dire stop. En être responsable et pour vôtre bien être et celui des autres vous devez dire stop. Vous avez le droit de dire non, vous avez le droit de dire non a un systeme que ne se contente plus de vous demander, mais qui vous oblige et vous oppresse chaque jour a en faire plus. Vous avez le droit de refuser de ne pas être le citron que l'on presse quotidiennement. dites stop et faites vous du bien, des choses qui vous plaisent et surtout prenez le temps quil faut.