Espagne: Le Catalan Artur Mas jugé pour désobéissance
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EspagneLe Catalan Artur Mas jugé pour désobéissance

Le premier grand procès lié à l’organisation en 2014 d’une consultation «illégale» sur l’indépendance de la Catalogne s’ouvre ce lundi.

Artur Mas et deux autres anciens responsables du gouvernement catalan sont poursuivis pour avoir organisé une consultation sans effets juridiques.

Des dizaines de milliers de séparatistes catalans ont manifesté aux cris de «A bas la justice espagnole» à l'ouverture à Barcelone du procès de l'ex-président Artur Mas. Il est poursuivi pour avoir organisé en 2014 une consultation sur l'indépendance de la Catalogne.

Les manifestants, au nombre de 40'000 selon la police locale, ont accompagné Artur Mas et deux membres de son gouvernement inculpés avec lui dans une longue marche vers la Cour d'appel de Catalogne, où le procès doit se dérouler jusqu'à vendredi. «Indépendance, indépendance», «A bas la justice espagnole», «Nous voulons voter», criaient les manifestants. Artur Mas a pénétré lundi avec près d'une demi-heure de retard, à 9h26, dans la Cour d'appel de Catalogne.

C'est la démocratie qui est en procès ici, pas l'indépendance «a déclaré Artur Mas à l'AFP pendant une pause de l'audience.» C'est la première fois qu'un gouvernement démocratique est jugé pour avoir laissé le peuple voter. C'est un moment historique sans précédent.

Artur Mas et deux autres anciens responsables de la Generalitat (le gouvernement catalan), la vice-présidente Joana Ortega et la conseillère pour l'Education Irene Rigau, sont poursuivis pour avoir organisé une consultation sans effets juridiques à laquelle avaient participé 2,3 millions de personnes, le 9 novembre 2014.

Droits bafoués

Artur Mas, président de Catalogne de 2010 à 2016, avait décidé d'organiser ce vote, où 80% des participants s'étaient prononcés pour l'indépendance, faute d'avoir obtenu de Madrid l'autorisation de mettre en place un véritable référendum d'autodétermination dans sa riche région de 7,5 millions d'habitants.

L'ancien président avait passé outre l'interdiction de cette consultation alternative par la Cour constitutionnelle. Celle-ci estimait qu'elle portait sur un sujet, l'unité de l'Espagne, qui ne pouvait être débattu que par l'ensemble des Espagnols. Il risque dix ans d'interdiction d'exercer une fonction publique ou élective.

Le procès prévu jusqu'à vendredi montre selon son camp que le gouvernement bafoue les droits fondamentaux des Catalans. Ils sont une majorité à souhaiter un référendum, même s'ils sont partagés sur l'indépendance.

Il sera suivi d'autres procès, notamment celui de la présidente du parlement régional Carme Forcadell, mise en examen pour avoir autorisé un débat et un vote sur l'indépendance dans cette assemblée.

Dialogue tenté

Les indépendantistes sont majoritaires au parlement régional depuis septembre 2015. Dénonçant le »harcèlement judiciaire« de Madrid, ils promettent la tenue d'un »véritable« référendum au plus tard en septembre, avec ou sans l'aval du gouvernement central. Si le »oui« l'emportait, ils lanceraient alors le processus de sécession.

Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy assure pour sa part que ce référendum ne se tiendra pas. Sans abattre ses cartes, il promet qu'il prendra les mesures nécessaires pour l'empêcher et tente une »opération dialogue", qui à ce stade n'a pas porté ses fruits.

(AFP)

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