Actualisé 08.12.2019 à 08:06

Le cerveau du rapt d'un avocat vaudois arrêté avec une mineure dans son lit

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Fils adoptif d'un ancien conseiller d'État vaudois, C., 46 ans, a été interpellé en flagrant délit avec une jeune de 15 ans à Vercorin (VS). Depuis le 1er décembre, il dort en prison, accusé d'avoir abusé de proies vulnérables.

par
LeMatin.ch
C., 46 ans, est domicilié dans la station valaisanne de Vercorin. Il vit dans ce chalet cossu. C'est là que se déroulaient depuis des mois des soirées festives avec alcool et drogue et où des très jeunes gens étaient incités à la dépravation.

C., 46 ans, est domicilié dans la station valaisanne de Vercorin. Il vit dans ce chalet cossu. C'est là que se déroulaient depuis des mois des soirées festives avec alcool et drogue et où des très jeunes gens étaient incités à la dépravation.

Le Matin

En décembre 1998, le Vaudois au célèbre casier judiciaire enlevait un avocat stagiaire de la place lausannoise, fils d'une riche famille, espérant extorquer à cette dernière 5 millions de francs. Aidé de deux complices, il sera reconnu comme le commanditaire de ce rapt et écopera de la plus lourde peine: 7 ans et demi. Depuis sa dernière sortie de prison il y a une dizaine d'années pour des infractions moindres, C. n'avait quasi plus fait parler de lui.

Aujourd'hui, le voilà à nouveau incarcéré pour des faits gravissimes ayant trait, cette fois-ci, à l'intégrité sexuelle de jeunes gens n'ayant même pas atteint la majorité sexuelle, fixée à 16 ans. Il est poursuivi pour actes d'ordre sexuel avec des enfants et/ou avec des personnes dépendantes, ainsi que pour remise à des enfants de substances pouvant mettre en danger leur santé.

Sa cible: des jeunes en rupture

Le 4 décembre, le Tribunal des mesures de contrainte (TMC), sur préavis du Ministère public, a ordonné la détention provisoire de C. pour une première durée de trois mois (ndlr. renouvelable). «Le Matin» s'est procuré cette ordonnance rendue par le TMC. Les faits sont accablants, les témoignages concordants et les allégations très partiellement admises par le présumé coupable.

À la lecture de ce document, l'on découvre que c'est le Service de protection de la Jeunesse (SPJ) vaudois qui a dénoncé C. aux autorités judiciaires le 20 janvier 2019. Ce sont des professionnels des institutions (foyers d'accueil) qui ont signalé au SPJ les cas de jeunes en rupture psycho-parentale et/ou en fugue, garçons et filles mineurs, précisément entendus lors de l'enquête. Le Parquet évoque que C. a exposé clairement un intérêt sexuel pour les jeunes filles et a entretenu des relations sexuelles complètes avec certaines.

Alcool et drogue contre «faveurs»

Fort d'une série d'auditions similaires, le Tribunal vaudois dresse un récit choc de ce qu'il se passait dans le chalet du prévenu, dans le val d'Anniviers. Selon la Cour, l'accusé proposait en libre accès, lors de soirées festives, de l'alcool et des substances psychotropes à de très jeunes gens, majoritairement des filles. En échange de sa générosité, il attendait des «faveurs». Une première perquisition a eu lieu en avril 2019.

La police a découvert de la cocaïne et du cannabis sous diverses formes. À ce moment-là, C. avait été mis en garde de veiller à ses fréquentations et tout particulièrement à leur âge. Finalement, après dix mois, le procureur a décerné un mandat de perquisition et un mandat d'amener le 25 novembre dernier à son encontre. Le 1er décembre à 9h, le Vaudois de 46 ans a été appréhendé dans son logement. Une jeune fille de 15 ans se trouvait dans son lit.

Risque de récidive important

La veille au soir de son interpellation, quatre mineurs, dont trois filles, étaient à son domicile et avaient manifestement consommé drogue et alcool. Le Ministère public a estimé qu'il était à craindre que C. récidive s'il venait à être libéré, ceci d'autant qu'une autre enquête pendante faisait également craindre une réitération. Lors de son audition d'arrestation, il a contesté tout comportement répréhensible à caractère sexuel envers des mineurs de moins de 16 ans.

Pour les stupéfiants, il a affirmé qu'il n'en proposait plus à ses invités et qu'il était prêt à être soumis à des contrôles d'abstinence. Son défenseur a conclu à la libération immédiate de son client. Au vu de la gravité des charges qui pèsent contre lui, le TMC a refusé d'entrer en matière, y compris sur d'éventuelles mesures de substitution. Les témoins confirment tous que C. appâtait les jeunes âmes.

«Devant ses enfants»

Un autre jeune raconte que l'accusé publiait des photos sur les réseaux sociaux «avec des bouteilles, des voitures, une grande maison, des plaquettes de shit, et cela faisait rêver [...] il peut faire entrer des mineurs en boîte [...] il paie tout [...] on est avec lui seulement parce qu'il nous paie plein de choses. Ce gars n'a pas de vrais amis». Deux autres relatent la tendance lubrique de C.: «Je l'ai déjà vu avec sa copine (ndlr. âgée de 17 ans) en train de la peloter au niveau des seins, par-dessous les habits. Il faisait cela devant toutes les personnes présentes notamment devant ses enfants [...] Il est porté sur le sexe. Ses seuls sujets de conversation sont le sexe, l'alcool et la drogue [...] il essaie souvent avec les filles. Il leur met la main aux fesses. Il fait la même chose avec les mineurs et les majeurs.»

Une autre encore prétend que le prévenu «a régulièrement des relations sexuelles avec des filles de moins de 16 ans et qu'il organise des gages, impliquant de se dévêtir». La justice détient même une liste des jeunes filles avec qui C. aurait commis des actes d'ordre sexuel.

C. se contredit

Entendu le jour de son interpellation par la police, le détenu a reconnu avoir entretenu une relation avec une jeune fille de 16 ans. S'agissant de la mineure de 15 ans qui se trouvait chez lui le matin du flagrant délit, s'il admet qu'elle a passé la nuit dans son lit, il est resté très évasif sur son âge. Il a admis en outre les gages tout en se retranchant derrière le fait qu'il ne forçait personne à faire quoi que ce soit. Devant le procureur, le quadragénaire a confirmé qu'il interdirait à toute personne mineure de venir chez lui.

Concernant les stupéfiants, il concède en avoir mis à disposition des jeunes qui fréquentaient ses soirées, mais jamais de drogues dures. Quant aux atteintes à l'intégrité sexuelle, C. déclare: «À ma connaissance, je n'ai pas eu de relations sexuelles avec une fille de moins de 16 ans». Avant de concéder des attouchements «à même la peau, sur les seins et sur le sexe» de la jeune de 15 ans retrouvée dans ses draps au moment de la descente du 1er décembre. En revanche, l'intéressé conteste avoir eu connaissance de son âge.

Proies faciles

Le Tribunal des mesures de contrainte (TMC) prend acte à ce stade du recoupement des témoignages qui mettent en cause C. pour avoir entretenu des relations sexuelles, respectivement des attouchements à caractère sexuel avec des mineurs - entre 15 et 18 ans - très probablement en les appâtant par le biais d'un environnement festif, exempt de règles et de surveillance, agrémenté de breuvages éthyliques et de substances psychoactives.

Pour le TMC, la simple découverte de la jeune de 15 ans sous l'emprise de l'alcool et de THC dans le lit du prévenu lors de la perquisition du 1er décembre laisse songeur. De même, il met en évidence les caractéristiques communes des proies de C., en particulier qu'elles sont en rupture avec leur milieu, donc plus vulnérables et plus influençables. En clair, le président du tribunal se rallie intégralement à l'argumentation du Ministère public, se refusant à toute libération jusqu'au 1er mars 2020.

Evelyne Emeri / Jonathan Zalts

evelyne.emeri@lematin.ch

Chronologie d'un rapt fou

21 décembre 1998: Un avocat stagiaire de 26 ans est enlevé à Lausanne par des individus armés et cagoulés. Il passe la nuit dans une grange en Valais.

22 décembre 1998: 5 millions de rançon sont réclamés aux parents de la victime, dont 500 000 francs à verser le soir-même. La police est avisée. La somme est déposée dans une poubelle à Epalinges (VD). Personne ne vient chercher le magot.

23 décembre 1998: De nouvelles instructions sont données. La rançon doit être livrée à Rivaz (VD). C. s’en empare et prend la fuite à pied. Quelques heures plus tard, la police file plusieurs voitures. L’une prend en charge l’avocat près de Lonay (VD). Les patrouilles interviennent et le libèrent.

25 décembre 1998: L’une des complices de C. appelle une connaissance en Suisse. Elle explique être retenue par des hommes armés à Nice. Un mandat d’arrêt international est lancé.

14 janvier 1999: C. et ses deux plus proches complices sont localisés au Brésil par Interpol. Deux enquêteurs vaudois y sont envoyés.

18 janvier 1999: L’une des deux complices se rend, C. et son deuxième acolyte sont arrêtés, puis extradés vers la Suisse.

27 mars 2001: C. est condamné à 9 ans de prison par le Tribunal de Lausanne. Il est reconnu comme commanditaire du rapt.

24 décembre 2002: C. obtient gain de cause au Tribunal fédéral. Sa peine de prison est réduite à 7 ans et demi en Cour de cassation le 3 mars 2003.

13 Juillet 2004: Aux deux tiers de sa peine, C. bénéficie de la liberté conditionnelle. Il deviendra cafetier-restaurateur à Mézières (VD).

24 Janvier 2008: C. est condamné à un mois de prison pour d’autres infractions. A cela s’ajoutent 35 mois pour la révocation de sa liberté conditionnelle.

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