22.12.2017 à 15:09

BoissonsLe champagne bousculé par des hausses de prix

À l'approche des Fêtes, le secteur est secoué par une hausse sans précédent du prix du raisin, conséquence probable d'une offensive du groupe LVMH.

(Image d'illustration) Avec ses marques Moët & Chandon, Veuve Clicquot ou Ruinart, le groupe LVMH domine le marché. (Vendredi 22 décembre 2017)

(Image d'illustration) Avec ses marques Moët & Chandon, Veuve Clicquot ou Ruinart, le groupe LVMH domine le marché. (Vendredi 22 décembre 2017)

Keystone

Les ventes de champagne devraient atteindre un niveau record en 2017, malgré une nouvelle chute au Royaume-Uni. Et la filière ne devrait pas souffrir de la forte hausse du prix du raisin.

«Offensive sans précédent»

L'augmentation est intervenue en fin d'année. Elle a été d'une ampleur inédite dans les vignobles les plus prisés, ont déclaré plusieurs professionnels du secteur, qui y voient l'émergence d'une bataille pour les approvisionnements en raisins de qualité.

«Un grand groupe a proposé des prix très élevés, avec des hausses qui ont pu atteindre 8% à 9% pour les meilleurs crus. C'est inédit en Champagne», a déclaré Maxime Toubart, président du Syndicat général des vignerons de Champagne (SGV).

Plus explicite, le dirigeant d'une maison de négoce indépendante évoque une «offensive sans précédent du groupe français LVMH», dont les moyens sont considérables et qui risque d'affecter la rentabilité de certains négociants. «Les hausses payées par LVMH pour les meilleurs crus ont marqué les esprits et créé l'anxiété», renchérit le responsable d'une autre grande maison, sous couvert d'anonymat.

Largement dominant avec ses marques Moët & Chandon, Veuve Clicquot ou Ruinart, LVMH pèse pour 20% des expéditions de champagne en volume et pour environ 30% des ventes en valeur. Vranken-Pommery et Lanson, respectivement deuxième et troisième acteurs du marché, viennent loin derrière.

Interrogé, Stéphane Baschiera, le patron de Moët & Chandon, champagne le plus vendu dans le monde, a répondu que les hausses de prix n'avaient été «que de quelques pourcents», sans vouloir être plus précis.

Aux yeux de nombreux professionnels, le numéro un mondial du luxe cherche - en amont des négociations sur le renouvellement des contrats avec les vignerons - à sécuriser ses approvisionnements dans les crus les plus prisés, compte tenu de ses besoins de croissance et de valorisation de ses marques.

Véritable bataille

«Nous ne réfutons pas totalement l'argument des approvisionnements. Mais nous ne sommes pas obnubilés par la quantité. La qualité pour nous est primordiale», a plaidé le responsable de Moët & Chandon, disant aussi vouloir aider à financer les vignerons qui optent pour une viticulture durable.

En Suisse, LVMH contrôle les marques horlogères TAG Heuer, à La Chaux-de-Fonds (NE), Zenith, au Locle (NE), Hublot, à Nyon (VD) et le joaillier Bulgari, entreprise italienne, mais dont le pôle horloger est basé à Neuchâtel.

Si la hausse moyenne des prix n'a pas été spectaculaire, oscillant autour de 2%, elle a pu atteindre 8% dans les vignobles les plus prestigieux, ceux des 17 communes classées «grand cru» et des 44 «premiers crus».

Compte tenu des limites géographiques de l'appellation, qui compte au total plus de 300 communes, ces hausses de prix risquent de bousculer les équilibres existants entre vignerons et négociants. Car en rémunérant davantage les vignerons, elles risquent de les détourner de la production de champagne, une évolution que combat Maxime Toubart, qui ne veut pas les voir cantonnés à la livraison de matière première.

Les vignerons pèsent pour environ 27% des ventes totales de champagne, le solde étant écoulé par les négociants. «Le relèvement des prix peut les décourager de commercialiser en direct et les rendre dépendants des maisons», observe le président du SGV qui plaide pour «la préservation des équilibres entre vignerons et négociants pour permettre un partage de la valeur ajoutée».

Prosecco en embuscade

Pour le directeur d'une grande marque, «les hausses de prix auront pour conséquence de faire gagner ceux qui auront les capacités à acheter la matière première et à augmenter leurs prix». L'écart qui se creuse ainsi depuis près de 10 ans entre les grandes marques exportatrices et les petites très exposées au marché français risque encore de s'amplifier.

«Les volumes étant limités par l'appellation géographique, à environ 340 ou 350 millions de bouteilles par an, la Champagne n'a guère d'autre option que de gagner en qualité et en valeur», commente un autre négociant. Ne serait-ce que pour se différencier des vins mousseux, Prosecco et Cava en tête, dont le succès ne se dément pas.

Grâce à de solides performances au «grand export» et à une stabilisation en France, leur premier marché, les expéditions totales de champagne devraient progresser de plus de 2% cette année par rapport aux 306 millions de bouteilles vendues en 2016, selon les estimations des professionnels. En valeur, les ventes devraient dépasser le précédent record de 4,74 milliards d'euros (5,5 milliards de francs au cours actuel) atteint en 2015.

Le champagne devrait une nouvelle fois être tiré par le «grand export», Etats-Unis et Japon en tête, tandis qu'outre-Manche, les effets du Brexit continuent de se faire durement sentir, avec le ralentissement de la croissance économique, la baisse de la livre et du pouvoir d'achat.

(ats)

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